Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

L'exigence d'une vision de la littérature, conçue comme partage

Nicolas Gary - 20.06.2013

Tribune - La part commune


Parmi les six éditeurs qui ont déjà donné leur accord à La Différence pour lui confier la diffusion de leurs ouvrages figurent les Éditions La Part Commune.

Après avoir donné la parole, le 16 mai dernier, à Alain Mala, gérant des Éditions Cénomane, La Différence a demandé à Mireille Lacour, gérante des Éditions La Part Commune, de présenter l'histoire, le catalogue, le futur espéré, la détermination de la maison d'édition où elle travaille au côté d'Irène Landrein (gérante associée), fille du fondateur Yves Landrein.

 

 

 

 

Comme souvent, quand il s'agit d'une aventure éditoriale, au départ, au fondement, il y a la passion, la vocation d'un homme, en l'occurrence Yves Landrein (1948-2012) qui, si on lui avait demandé pourquoi il créait une nouvelle maison d'édition après la fin d'Ubacs, en 1993, aurait pu faire sienne la célèbre réponse de Samuel Beckett : “Bon qu'à ça !” L'esprit et l'enthousiasme sont les mêmes que ceux qui, il y a trente ans, l'avaient amené à créer Ubacs en engloutissant un héritage dans le premier livre publié à cette enseigne, les lettres de Georges Perros à Michel Butor.

 

Le ton était donné. Celui d'une exigence, d'une vision de la littérature, conçue comme partage, comme échange, comme beauté dynamique du langage : “Ce qui m'intéresse avant tout, c'est la qualité littéraire et formelle du texte. Une bonne intrigue, portée par une langue médiocre, ne me passionne pas. Pour moi, un texte est vivant quand il est bon… Que son auteur soit mort ou pas”. C'est ce credo à la fois instinctif et nourri de ce goût insatiable de la lecture chez cet autodidacte issu d'une famille ouvrière et catholique quimpéroise, intime de Georges Perros, qui servira de ligne éditoriale à La Part Commune, dont le nom est emprunté à deux ouvrages de Maurice Blanchot, La Part du feu et La Communauté inavouable.

 

C'est cette “matière poétique” qui est le trait d'union, le point commun des plus de deux cents titres parus à La Part Commune en quinze ans d'existence. La disparition prématurée et brutale d'Yves Landrein, le 28 octobre dernier, aurait pu entraîner celle de cette maison d'édition qui s'identifiait tant à sa personnalité humaine et à son sens du texte, mais le flambeau a aussitôt été repris par sa compagne, Mireille Lacour, et sa fille cadette, Irène Landrein, auxquelles il avait su transmettre ce qui chez lui relevait de l'inné.

 

Dans un esprit collégial, elles sont assistées par quelques auteurs maisons – c'est ce qui fait l'âme de cette maison d'édition que d'avoir su créer autour d'elle une sorte de “famille” – parmi lesquels Jean-Louis Coatrieux, Thierry Gillybœuf, Jean Pierre Nedelec ou bien encore Pierre Tanguy.

 

Mireille et Irène ont su préserver et entretenir l'esprit initial de La Part Commune, tout en lui insufflant une dynamique nouvelle. Le rythme de publication sera plus modéré, une quinzaine de titres par an. Nombre d'auteurs “maison” sont restés fidèles à La Part Commune, qui devrait publier leurs prochains ouvrages : Pierre Tanguy, Jean-Pierre Boulic, Pierre Cendors ou bien encore Jean Pierre Nedelec, dont paraîtra à l'automne Hiroshima Cap-Sizun, son troisième livre à La Part Commune, récits crus, cocasses et tendres d'une enfance et d'une jeunesse dans ce “bout du monde” qu'est le Finistère.

 

De nouveaux venus vont les rejoindre, parmi lesquels un magnifique essai bachelardien de Valère-Marie Marchand sur le thème de l'eau décliné sous toutes ses formes pour 2014, et un premier livre, galerie inclassable de portraits libres d'écrivains dans les marges, qui se présente comme un portrait de l'auteur en lecture et comme un éloge de la liberté par l'exercice de la lecture amoureuse, Butins d'Olivier Pouzet.

 

La Part Commune continuera aussi de publier des auteurs bretons, non par esprit régionaliste ou identitaire, mais par sentiment d'appartenance et d'allégeance à une terre et une culture d'une richesse inépuisable. C'est dans cet esprit que les éditions viennent de publier deux ouvrages du grand poète irlandais William Butler Yeats, prix Nobel de littérature en 1923, Le Crépuscule celtique, ensemble de contes et légendes populaires d'Irlande que Yeats était allé recueillir comme l'avaient fait avant lui les frères Grimm, et Après un long silence, une anthologie de la poésie de Yeats dans une traduction nouvelle et inédite de Guy Chain, qui offre un accès privilégié à son œuvre.

 

 

 

{CARROUSEL}

 

 

Après l'Histoire des chats de Paradis de Moncrif et Plume de Claude Ansgari, La Part Commune s'apprête à rééditer en 2014 un autre classique de la littérature “ailoureuphile”, introuvable depuis cinquante ans. Les éditions relancent aussi la collection “Silhouettes littéraires”, avec à paraître celle de Joseph Joubert, pour commencer, et envisagent de publier un choix de lettres inédites de Georges Perros, figure tutélaire des éditions et de leur fondateur, et éventuellement son Gardavu, ainsi qu'un des derniers livres inédits de Herman Melville, les correspondances inédites de Guy de Maupassant avec Émile Zola et de Gustave Flaubert avec Ernest Feydeau.

 

Enfin, la part belle sera faite à la poésie avec, à l'automne, la parution du deuxième recueil de Cécile A. Holdban, Un nid dans les ronces, haïkus illustrés par l'auteur d'encres dans les règles de l'art du sumi-e, qui s'inscrit autant dans la tradition japonaise du genre que dans celle de la poésie féminine dans la lignée d'Emily Dickinson.