L'humain tient à la vie par l'art et n'existe pas sans rapport à l'histoire

Editions La Différence - 17.01.2013

Tribune - Editions L'Arachnéen - La Différence - maison d'édition


Les Éditions de la Différence donnent aujourd'hui la parole à Sandra Alvarez de Toledo, responsable de la maison d'édition L'Arachnéen, dont elles assureront la diffusion des ouvrages à partir du 1er mars 2013. En plus du rappel de l'historique de L'Arachnéen et des livres déjà publiés, Sandra Alvarez de Toledo annonce les trois premières publications qui seront mises en librairie, la première, le 22 mars 2013 et, les deux suivantes, le 11 avril 2013.

 

 

 

 

L'Arachnéen publie son premier livre en 2007 : les Œuvres de Fernand Deligny, 1848 pages, 557 images. Les lecteurs et la presse saluent la « réapparition » de Deligny (Gérard Bobilier, le fondateur des éditions Verdier, avait parlé de « réparation »). Le premier tirage (2500 exemplaires) est épuisé quatre mois après la parution. Nous réimprimons. L'Arachnéen se fait donc connaître par « le gros Deligny » : on salue notre patience et notre savoir-faire ; on nous sait gré, surtout, de remettre en circulation une œuvre oubliée, dispersée ou jusqu'alors biaisée par des approches trop corporatistes (l'éducation spécialisée) ou, au contraire (?), trop faciles (Deligny = Deleuze + Guattari).

 

La parution simultanée d'un DVD, Le Cinéma de Fernand Deligny, aux éditions Montparnasse, rappelle qu'il est question d'image dans cette œuvre qui, à partir des années 1960, s'est attachée à l'énigme de l'autisme (pour ne pas la résoudre). 

 

Un diffuseur-distributeur nous accueille immédiatement : Benoît Vaillant, Pollen. En mars 2013, nous quittons Pollen pour La Différence (diffusion), qui nous invite chez Volumen (distribution). C'est donc six années que nous avons passées chez Pollen, six années au cours desquelles nous avons publié dix livres dont nous sommes contentes et qui nous ont fait une petite place dans le monde de l'édition. « Contentes » : nous ne sommes que deux à L'Arachnéen, Anaïs Masson et moi. Mais nos livres ne seraient pas ce qu'ils sont sans deux graphistes, David Poullard et Filiep Tacq, un photograveur, Philippe Guilvard, une correctrice, Joëlle Hauzeur, et quelques autres, dont les exigences s'accordent aux nôtres.

 

Nos livres, en effet, sont de « beaux livres », si on entend cette formule non dans le sens des « coffee table books » mais, nous l'espérons, au sens de livres denses, qui tentent d'accorder la forme au fond. Durant l'époque Pollen, nous avons publié un autre Deligny, L'Arachnéen et autres textes, et sept livres de l'historien de l'art Jean-François Chevrier, dont le dernier, L'Hallucination artistique (688 pages, 189 images couleur), paru en septembre 2012, frise les 1000 exemplaires vendus, trois mois plus tard. Jean-François Chevrier est, comme Deligny, un de ces intellectuels pour qui les « disciplines » n'existent pas, qui circule à l'aise de l'art à la photographie, de la littérature à l'architecture et au cinéma, sans se départir d'une visée politique qui consiste à rappeler que l'humain tient à la vie par l'art et que l'art n'existe pas sans rapport à l'histoire.

 

Dans le même esprit L'Arachnéen publie Ritwik Ghatak. Des Films du Bengale, un livre sur un immense cinéaste, contemporain de Satyajit Ray et surtout de la Partition du Bengale qui fut le prix à payer pour l'Indépendance de l'Inde, en 1947, et qui inspira l'essentiel de son œuvre. La Cinémathèque française consacre à Ghatak une rétrospective au moment de la parution du livre, en juin 2011. 

 

 


 

 

Nous apprenons notre métier. Avec le temps nous aimerions en savoir plus, entrer de plus près et en meilleure connaissance de cause dans la lutte pour la (sur)vie du livre (prétentieusement : de la pensée). Avoir des alliés en ceux avec qui nous travaillons. Conjuguer des intérêts intellectuels et parler de nos livres à des interlocuteurs que ces livres intéressent (ceux dont le métier est de les « défendre »). Nous apprenons alors les changements qui ont lieu à La Différence, maison historique, parée à nos yeux de prestige et d'un véritable goût du risque.

 

Nous rencontrons Colette Lambrichs, Claude Mineraud et Parcidio Gonçalves. Pour faire revivre le fonds de La Différence, faire vivre les nouveautés et redonner une dignité intellectuelle et politique à ce métier, ils ont mobilisé une équipe de représentants pour leur seule maison d'édition : ils nous proposent de nous associer à leur projet et de nous diffuser. De quoi s'agit-il ? De participer à un véritable travail d'équipe, de miser sur un travail de fond et un engagement collectif, de renouer des liens étroits avec les libraires, de penser ensemble des stratégies de diffusion et de communication adaptées aux livres. 

 

Que demander de plus ? Que la réalité corrobore le pur bon sens ! Qui agira verra. Les trois premiers de nos livres que La Différence diffusera sont : Le Mur de Lisa Pomnenka (parution : 22 mars 2013), un témoignage fictionnalisé d'Otto B. Kraus (auteur tchèque encore méconnu en France), qui porte sur son expérience d'éducateur au Block des enfants du camp d'extermination de Birkenau ; le livre sera postfacé par Catherine Coquio, dont nous publierons par la suite deux recueils de textes (pour la plupart inédits) sur la « littérature de témoignage ».

 

Et deux livres liés à l'expérience de Deligny avec les enfants autistes (parution : 11 avril 2013) : Cartes et lignes d'erre, un album (420 pages, couleur) de la cartographie des déplacements des enfants tracée par les éducateurs non professionnels qui les avaient à charge (1969-1979). Et son complément, le Journal de Janmari, trace bouleversante des six derniers mois de la vie d'un enfant autiste devenu adulte et qui n'a jamais dit un mot ni tracé autre chose que des cercles et des vaguelettes.

 

En ces temps où il n'est question que de « performance », à propos de l'autisme dit « de haut niveau » (Asperger), et où la psychanalyse – c'est-à-dire l'art et l'esprit – est menacée de disparition, l'intérêt des psychanalystes justement, des artistes, des travailleurs sociaux, des philosophes, et de nombreux lecteurs pour la recherche de Deligny, ou encore l'enthousiasme suscité par l'Hallucination artistique, montrent que tout n'est pas perdu. C'est une conviction que nous partageons avec La Différence.  

 

Sandra Alvarez de Toledo