La créativité et la pensée créative seront le moteur de l'édition

Clément Solym - 19.04.2011

Tribune - milagros - corral - analyse


La chaîne de valeur traditionnelle de l'industrie de l'édition est le résultat des avancées de la révolution Gutenberg. Son modèle économique dérive des techniques d'impression qui, pour la première fois à la fin du XVe siècle, ont donné naissance au texte de référence et ont accordé à l’auteur une reconnaissance et une responsabilité sur le contenu littéraire.

Le même principe a été appliqué plus tard aux journaux imprimés. La technologie a depuis empêché toute altération ou modification du texte au cours du processus de distribution. Si l’on établit une comparaison avec ce qu’il s’est passé à l’époque des manuscrits, on peut dire qu’il s’agit d’une véritable révolution culturelle, économique, sociale et juridique.

Aujourd'hui, les technologies numériques permettent - et même encouragent – un mouvement inverse dans une sorte de flash-back au Moyen-Âge. Une fois qu’un texte numérique est rendu public sur l’Internet, n'importe qui peut le corriger, le compléter et le modifier à sa guise.

Quelles en sont les conséquences pour les écrivains et les journalistes à l'ère des blogueurs et des réseaux sociaux où le « partage » est la valeur principale ? Quel sera le rôle futur des éditeurs et des libraires une fois que leur valeur ajoutée apparaîtra dénuée de sens ? Les éditeurs devront-ils passer de la production de biens matériels à la promotion de services dématérialisés ? Quel rôle peut être envisagé pour les libraires ? Y a-t-il une limite à cette nouvelle prise de pouvoir des lecteurs ? Le lecteur est-il prêt à payer pour du contenu ? Si l'accès est gratuit, y a-t-il un modèle pour le retour sur investissement et la pérennité des entreprises ? Les nouveaux acteurs dans cette chaîne de valeur – fournisseurs d'accès, moteurs de recherche, opérateurs – ont-ils une responsabilité dans le développement harmonieux de la nouvelle économie de l’e-book ?

Quelle est la réponse du marché en termes de supports pour la lecture électronique ? Quelle taxation fiscale optimale (TVA) peut être mise en place et appliquée pour un même texte et ce, qu’il soit rendu public sous forme imprimée ou en formats numériques ? Les documents numériques et imprimés peuvent-ils coexister ? Les livres et les journaux imprimés seront-ils l’apanage de publics disposant d’un haut niveau d’éducation, à même de discerner la meilleure utilisation pour chacun de ces médias complémentaires ou resteront-ils le fait de populations défavorisées ne disposant pas des équipements électroniques nécessaires ?

Les matériaux numériques remplaceront-ils les manuels scolaires ? La pratique de la lecture électronique aura-t-elle un impact sur les capacités humaines de réflexion ou de concentration ? La fracture numérique restera-t-elle un clivage entre riches et pauvres, ou plutôt entre jeunes et vieux ? Pour combien de temps encore?