La FIAC ou le viol des foules, par le collectif Apostasis

La rédaction - 26.10.2014

Tribune - art contemporain - FIAC - manifestation Paris


 Le collectif Apostasis, dans le cadre de la tribune que nous reproduisons, souhaite attirer l'attention du public. 

 

En ce dernier jour de la Foire Internationale d'Art Contemporain, le collectif Apostasis interpelle tant les organisateurs que le public – et plus encore, les acheteurs. Cette année, la manifestation s'est tenue du 23 au 26 octobre, au Grand Palais, mais également au travers d'une présence hors les murs, dans différents espaces parisiens. 

 

1450 artistes étaient conviés pour l'occasion, et les organisateurs attendaient 70.000 visiteurs. 191 galeries venues de 26 pays se retrouvent durant la manifestation dédiée à l'art contemporain. Un regard sur les créations nouvelles, qui attire l'attention.

 

Nous reproduisons  ici en intégralité la tribune signée par le collectif Apostasis.

 

 

 

La FIAC ou le viol des foules

 

Les évènements sont des jugements sur le monde qui résonnent dans l'indifférence de la technique (Masci). La FIAC en est une illustration.

 

Les cris de lumière se font partout entendre. Là voilà, divine étoile d'or qui rend l'âme dans un tableau noir sur fond vide. Les avant-gardes et leur fuite en avant toujours plus rapide ont fini par accoucher d'un temps de vie toujours plus bref, tellement bref qu'il a perdu toute existence – n'évoquons même pas l'aura, chère à Walter Benjamin.

 

L'œuvre d'art participe de la moralisation de l'argent, de sa désincarnation. Le milliardaire, qui ne peut tout de même pas montrer sa piscine de billets – ni son phallus –, la morale le lui interdit encore, expose son pouvoir de dépenser, la seule définition valable du pouvoir, par l'achat, bénéfique pour son image, d'objets qu'il a décidé de considérer comme des œuvres d'art.

 

Dans ce gigantesque blanchiment d'argent – au « propre » comme au figuré –, dans cette nasse à engouffrer du fric, le porc-bourgeois actionne la machine à moraliser du billet. Cette moralisation a fini par lui donner le rôle le plus important.

 

Le critique a dû rendre son éminent tablier, qu'il portait jusqu'à ce que le monde du « Mot peint » (Tom Wolfe), époque où la critique faisait radicalement l'œuvre, s'effondre devant la technique qui a enfanté la spéculation.

 

À chaque nouvelle édition de la FIAC, sous la bénédiction de l'État qui défiscalise, le bourgeois fête sa réconciliation momentanée avec la société. L'intouchable-désincarné, accompagné de lolita, trinque les yeux dans les yeux avec ses conseillers en patrimoine, plus nombreux ici que les collectionneurs.

 

Dans ce scénario digne d'un mauvais film de porno-kitsch, et parmi les foires périphériques, l'on trouve des témoignages poignants. Exemple d'un tableau : une langue coupée, placée verticalement, piquée par un bâtonnet de glace. Comprendre : la mort du goût, nous la tenons !

 

À l'ère de l'immédiat institutionnalisé, le blanc est partout, comme s'il tentait d'épurer le dégueulis qui s'affiche sur les murs. La différence entre le minimum et le minimal ? Le minimum c'est une bite, le minimal un godemichet (Ricciotti). Dorénavant, même le viol des foules est minimal. Il s'effectue avec un plug anal, place Vendôme. Mais les foules ne sentent plus rien, quand on les viole.

 

 

Apostasis