La lecture, "vecteur d’une société plus juste"

La rédaction - 09.10.2015

Tribune - Belgique francophone - lecture classement PIRLS - ministre Joëlle Milquet


Les résultats dévoilés par le classement PIRLS (Programme international de recherche en lecture) de 2011 il y a quelques semaines ont relancé le débat en Belgique francophone sur les meilleurs moyens d'inculquer la lecture, et d'en faire une habitude pour les citoyens. Entre 1985 et 2007, la part de la population qui déclare n’avoir aucun livre dans son domicile est passée de 9 % à 21 % : l'urgence de la situation fait réagir plusieurs organisations de l'édition, qui signent cette tribune.

 

« Chacune de nos lectures laisse une graine qui germe »
Jules Renard

 

Vous êtes en train de lire le journal. Sous vos yeux, les lettres s’alignent, les mots se forment, les phrases s’enchainent pour créer du sens. Force est malheureusement de constater que dans la population et au sein même de nos écoles, tous n’ont pas cette chance, cette aptitude. La question de la capacité pour tous, dans notre société, à donner du sens aux textes rencontrés mérite d’être soulevée, au vu des résultats alarmants des dernières études en matière de lecture dans l’enseignement belge francophone : parmi nos élèves de 10 ans, 6% ne savent pas lire et 30% ne sont que des lecteurs précaires ne dépassant pas un niveau élémentaire. Ce qui place la Fédération Wallonie-Bruxelles à une triste avant-dernière position – seule la Roumanie fait moins bien – dans le dernier classement PIRLS (Programme international de recherche en lecture) de 2011. 

 

Waiting and Reading at Bryant Park (读书)

(Jens Schott Knudsen, CC BY-NC 2.0)

 

 

Face à ce constat dramatique, la Ministre de l’Education, de la Petite enfance, des Crèches et de la Culture Joëlle Milquet a mis sur pied un plan visant à développer et promouvoir la lecture. 

 

Les déficiences en lecture de nos élèves francophones constituent un enjeu sociétal colossal puisque les écoliers d’aujourd’hui composeront la société civile de demain. Il est dès lors de notre devoir démocratique de veiller à ce qu’ils reçoivent, dès la prime enfance, une formation à la hauteur de nos ambitions pour le futur.

 

Développer la compréhension à la lecture parmi les jeunes d’aujourd’hui, c’est développer l’esprit critique des citoyens de demain. La lecture joue un rôle capital à ne pas perdre de vue dans l’éducation de nos jeunes. Elle est un outil indéniable d’ouverture à la réflexion, de démocratisation, d’intégration. 

 

L’apprentissage de la lecture doit commencer dès le plus jeune âge. Un nourrisson a besoin qu’on lui lise des histoires : l’initier dès le berceau permet de développer son langage, son imaginaire et sa créativité. Lui donner le goût de la lecture, c’est l’ouvrir au monde. 

 

Si l’on désire un impact durable, c’est donc sur la petite enfance qu’il faut concentrer nos efforts, puis nos jeunes qu’il faut accompagner dans toutes les formes de lecture. 

 

Nous, éditeurs de livres, de bandes dessinées, de journaux et de magazines, soutenons l’ambitieux « Plan lecture » qui vient d’être mis sur les rails. Nous applaudissons la volonté de la Ministre Joëlle Milquet de profiter de la transversalité de ses portefeuilles ministériels (Éducation, Petite enfance, Crèches et Culture) pour faire de la lecture l’une de ses priorités. 

 

Henri Fantin-Latour, 1836-1904, La Lecture, dét., 1877, Musée des beaux-arts de Lyon

Détail de La Lecture (1877), par Henri Fantin-Latour (1836-1904)

(Quentin Verwaerde, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

En tant qu’éditeurs, nous croyons bien sûr au « super pouvoir » de la lecture, vecteur d’une société plus juste, plus humaine, plus équitable, plus démocratique dans le partage des savoirs. Nous agissons en ce sens à travers des opérations de grande envergure comme la « Fureur de Lire » qui rend la lecture festive à travers des animations nombreuses et variées et « Ouvrir mon quotidien » dont l’efficacité en termes d’apprentissage et de compréhension à la lecture est appréciée depuis plus de dix ans par des centaines d’enseignants et a été mise en évidence en 2013 par une étude qualitative du Conseil supérieur de l’Éducation aux médias. 

 

Parce que l’enjeu de la lecture nous concerne tous, les éditeurs désirent s’investir encore davantage, afin de faire profiter tout un chacun des bienfaits procurés par l’écrit. 

 

Ensemble, nous pensons qu’il est possible de faire « bouger les lignes ». C’est pourquoi nous avons décidé de nous retrousser les manches et d’agir de façon coordonnée. 

 

Un Plan lecture est une excellente initiative, mais encore faut-il se donner les moyens de son exécution, en visant le long terme, si nous ne voulons plus avoir à rougir des résultats de la prochaine étude internationale en la matière. En tant qu’éditeurs de livres, de bandes dessinées, de journaux et de périodiques belges francophones, il est de notre devoir de nous montrer vigilants.

 

Benoît Dubois, président de l’Association des Editeurs Belges  (ADEB)
Margaret Boribon, Secrétaire générale des Journaux Francophones Belges (JFB)
Alain Lambrechts, General Manager de la fédération professionnelle des éditeurs de la presse périodique belge (The PPress)
Luc De Potter, General Manager de l’Union des éditeurs de la Presse Périodique (UPP)