“La représentativité du Maroc au Salon du Livre de Paris doit être réétudiée“

La rédaction - 06.01.2017

Tribune - Livre Paris Maroc - auteurs invités littérature - Paris salon livre


La trêve des confiseurs à peine achevée, certains reprennent les sujets laissés en suspens fin 2016. Ainsi, et de façon assez prévisible, c’est le salon Livre Paris qui essuie les premiers tirs. En cause, la sélection d’auteurs invités pour représenter la diversité de la littérature marocaine.

 

Livre Paris 2016

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Dans le discours prononcé par Vincent Montagne, président du SNE, à l’occasion des vœux du Syndicat, était rappelé que pour la première fois, un pays arabe était mis en valeur. Ainsi, le Maroc, « avec la présence de figures importantes de la littérature marocaine actuelle [viendra] témoigner de la diversité et de la vitalité de la création littéraire contemporaine ».

 

Or, fin décembre, des professionnels avaient pointé que la sélection des 34 auteurs marocains montrait « des oublis inouïs qui démontrent que l’on n’a pas recherché l’honnêteté, ni la vérité ou la déontologie ».

 

Les auteurs du Maroc invités à Livre Paris « véritable scandale » ou vraie diversité ?

 

Dans une lettre ouverte, plusieurs signataires reviennent sur différents points, considérant qu’il y a lieu à ce que « la représentativité du Maroc au Salon du Livre de Paris [soit] réétudiée ». Nous publions ici le texte des signataires dans son intégralité.

 

 

Le Maroc est l’invité d’honneur du Salon du livre de Paris du 24 au 27 mars : ceci est certes une bonne occasion pour faire connaître la littérature marocaine dans tous ses états et ses diversités.

 

Toutefois quelques anomalies et irrégularités se doivent d’être dénoncées et corrigées. Le choix du commissaire et sa légitimité à s’occuper d’un stand d’honneur au salon du livre de Paris sont discutables, d’autant plus qu’on ne lui connaît aucune activité particulière dans le domaine du livre.

 

On ne comprend pas pourquoi il n’a pas été fait un Appel d’Offres ou au moins une consultation restreinte pour la sélection d’un commissaire ou plutôt d’une société qui aurait mieux assuré une qualité de services pour des objectifs précis, avec, peut-être, un meilleur prix. La procédure existe au Maroc à l’instar des autres pays avancés et cela protège mieux les intérêts du citoyen.

 

On peut dire la même chose du choix du libraire. Un cahier des charges avec une consultation restreinte aurait donné certainement un autre résultat dans l’intérêt des éditeurs et des auteurs qui ne savent rien aujourd’hui des obligations du libraire retenu.

 

C’est dans ce sens que tout cela est antidémocratique et s’est fait en dépit du bon sens.

 

Quant à la programmation culturelle, on ne sait toujours pas où et avec qui, elle a été discutée. C’est tout simplement scandaleux que les principaux concernés (écrivains, éditeurs, penseurs, philosophes, etc. …) ne soient pas conviés à cette réflexion-action autour du livre marocain à l’étranger.

 

Enfin, dans l’histoire culturelle contemporaine du Maroc, on ne peut pas omettre la littérature en langue arabe, principale production du pays, et la jeune littérature en langues amazighes. D’autre part, la littérature carcérale, récente, témoigne toujours : ses écrits sont très recherchés et très lus, hier comme aujourd’hui et ici comme ailleurs. N’oublions pas que si, aujourd’hui, certains peuvent parler, c’est parce que d’autres se sont battus au prix de leur santé, voire de leur vie, pour la liberté et la dignité.

 

Aussi la représentativité du Maroc au Salon du Livre de Paris, doit être réétudiée en conséquence.

 

Signataires

Bichr BENNANI (Tarik éditions)

Driss Bouissef Rekab (Auteur et Kalimat éditions)

Ghita El Khayat (Auteur et Editions AÏNI BENNAÏ)

Omar Salim (Auteur et Journaliste)

Souad Balafrej (Libraire et éditeur)

Abdelhak SERHANE (Auteur et Professeur Emérite université).

 

 

NdlR : Le programmateur de Livre Paris, Younès Ajarraï, avait déjà apporté une réponse à ActuaLitté : « J’ai l’habitude de programmer dans un certain nombre de pays, et jamais personne n’a osé me poser cette question. Mais on ose lorsque c’est le Maroc. Je vous laisse réfléchir sur le pourquoi. »