IFLA : les bibliothèques refusent de devenir des mouchards

La rédaction - 20.08.2015

Tribune - vie privée - bibliothèques - IFLA


L'IFLA, Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d'institutions, a réuni des bibliothécaires du monde entier au Cap, en Afrique du Sud, pour son congrès annuel. Quelques jours après la création du Registre des risques, pour la protection patrimoniale, et la publication de la Déclaration du Cap, pour rappeler l'importance des bibliothèques sur le continent africain, la Fédération insiste sur la vie privée dans les établissements. Largement malmenée, d'après elle...

 

Please!

(Josh Hallett, CC BY 2.0)

 

 

La Déclaration a été rédigée par le Comité sur la liberté de l’accès à l’information et la liberté d’expression, qui rappelle donc que la vie privée est l'un des fondements de ces deux droits. L'IFLA a profité de sa réunion du 14 août pour adopter le document, qui devient donc une référence pour la profession. Évidemment, la réduction de l'espace laissé à la vie privée est liée aux technologies, et aux connexions à Internet et à sa kyrielle de réseaux sociaux.

 

Mais ce n'est pas tout : l'IFLA s'inquiète de la surveillance organisée par le gouvernement, et de l'irruption de services commerciaux utilisés pour l'accès à certains contenus. Le prêt numérique est au centre de cette préoccupation : lorsqu'il n'est pas confié à un opérateur privé (OverDrive outre-Atlantique), il repose sur un système qui utilise des mesures de protection technique basées sur les données personnelles de l'utilisateur (comme le DRM Adobe, utilisé par PNB).

 

Si la Déclaration reconnaît que les bibliothécaires n'ont que peu de pouvoirs quant aux informations que les usagers partagent ou confient à des services, elle invite les professionnels à fournir tous les conseils et informations utiles. En ajoutant que les professionnels de l'information eux-mêmes doivent être formés au sujet, ce qui reste l'étape préalable.

 

Elle formule également une liste de recommandations qui suivent : 

 

• Les bibliothèques et les services d’information doivent respecter et faire progresser la protection de la vie privée à la fois dans les pratiques et en tant que principe.


• Les bibliothèques et les services d’information doivent soutenir les actions de plaidoyer au niveau national, régional et international (par exemple celles des organismes s’occupant des droits de l’homme et des droits numériques) entrepris pour protéger la vie privée des individus et leurs droits numériques, et encourager les professionnels des bibliothèques à réfléchir sur ces questions.


• Les bibliothèques et les services d’information doivent rejeter la surveillance électronique et toute espèce illégitime de supervision ou de collecte des données personnelle des usagers, ou d’informations sur leurs comportements qui risqueraient de compromettre leur vie privée et d’affecter leur droit à rechercher, à recevoir et à transmettre de l’information. Ils doivent prendre des mesures afin de limiter la collecte des informations personnelles relatives à leurs usagers et les services qu’ils utilisent.


• Même si l’accès des gouvernements aux données des utilisateurs et la surveillance des données ne peuvent être entièrement évités, les bibliothèques et les services d’information doivent s’assurer que l’intrusion des gouvernements en fait d’informations relatives aux usagers ou à leur communication est fondée sur des principes légitimes pour de telles pratiques, nécessaires et en rapport avec des fins légitimes (telles que par exemple décrites dans les « Principes internationaux relatifs à l’application des droits de l’homme à la surveillance des communications »). 

 

• Lorsque les bibliothèques et les services d’information doivent donner accès à des ressources, des services ou des technologies qui sont susceptibles de compromettre la vie privée des usagers, les bibliothèques doivent encourager les usagers à prendre connaissance de ces implications et à les conseiller en fait de protection des données et de protection de la vie privée.


• Les bibliothèques et les services d’information doivent soutenir la capacité de leurs usagers à faire des choix informés, à prendre des décisions légitimes, et à mesurer les risques et les avantages qui découlent de leurs pratiques de communication et de leur utilisation de services sur Internet.


• La protection des données et de la vie privée doit faire partie de la formation aux medias et aux sciences de l’information dispensée aux utilisateurs des bibliothèques et des services d’information doivent. Ceci doit comprendre une formation aux outils à adopter afin de protéger leur vie privée.


• La formation des professionnels des bibliothèques et les services d’information doit inclure des principes en matière de protection des données et de la vie privée, et couvrir les pratiques en vigueur dans un environnement interconnecté.