Le livre numérique : un avenir en couleur ?

Clément Solym - 27.09.2011

Tribune - lecture - numerique - ebook


Si le livre numérique s’est spectaculairement développé aux USA par le roman et l’E. ink du Kindle ; en Europe, c’est aussi par l’illustré que passera la conquête de ce marché (cf l’étude de Bain & Company pour le forum d’Avignon 2010). Dans un pays comme la France où l’on entend encore régulièrement les lecteurs opposer sèchement numérique et papier, il est fondamental de pouvoir leur montrer que loin de s’opposer, numérique, et papier sont complémentaires.

Et si l’illustré était l’une des clefs de cette conversion du public européen ? Nous sommes, pour notre part, prêts à prendre ce pari.

Applicatif ou EPUB ?

Pour l’instant, la plupart des éditeurs ont laissé de côté l’illustré, le réservant, au mieux, à des applications. Et, sauf à voir éclore de rares succès (généralement des pure-player, comme so ouat ou mybook), ou à disposer de bandes vidéo et de jeux pour l’enrichissement, comme Disney, les applications s’avèrent très chères pour un éditeur et longues à rentabiliser. Impossible, dans ces conditions, de créer un véritable fonds, et cela vous condamne à tenter un ou deux coups par an, et à espérer que le bénéfice d’image que vous en tirerez vous console de l’investissement consenti…

En revanche, quand vous basculez dans le monde de l’ebook, l’EPUB offre de vraies opportunités. Ce format a le mérite d’être lisible sur tout support (portable, tablette ou ordinateur), texte et images s’adaptant à la taille de l’écran, et compatible avec tous les systèmes.

Le coût de fabrication d’un EPUB est, en outre, sans commune mesure avec le coût d’une application (entre 50 et 500 € pour un EPUB illustré, de 500 à 5000 € pour une application). Et sa création s’intègre plus facilement dans la chaîne du livre.

Et si l’illustré était la clef du livre numérique en Europe ?

Le livre illustré numérique demande cependant à être pensé pour s’adapter aux lectures numériques. Ce serait si simple de reproduire le livre papier à l’identique, avec une petite conversion technique, et hop le tour est joué ! Mais voilà, quand vous vous appelez Fleurus, que vos spécialités sont la jeunesse, le religieux, et le pratique, et que votre fonds (Fleurus, Mango, Rustica, Mame) se compose à 80% d’illustré, vous êtes bien obligés de vous poser la question : qu’est-ce qu’un lecteur attend d’un livre numérique illustré ? Et de vous demander comment le public va le lire, sur quels supports et dans quelles conditions, et de trouver les solutions pour répondre à ces demandes tout en respectant l’œuvre originale…

Quand nous avons commencé à travailler sur nos premières collections illustrées, des esprits chagrins nous affirmaient que cette numérisation était une sorte de Graal, impossible à atteindre, très cher à fabriquer et qui, surtout, n’intéressait personne. 6 mois et 350 livres numériques (dont 200 illustrés) plus tard, force est de constater que l’EPUB trouve son public et stimule notre créativité. Il nous a permis de proposer rapidement une offre variée, lisible sur tous supports. Les retours des utilisateurs, les volumes des téléchargements et l’engouement des libraires qui vendent nos livres sur leur site et des distributeurs confirment nos choix.
Le mythe de l’application-reine touche à sa fin, l’avenir du livre illustré numérique se dessine aussi dans l’EPUB, où tout reste à inventer.

Qui veut jouer avec nous ?

Nous pouvons désormais affirmer que les lecteurs numériques ne sont pas (ou plus) un public de geeks avant-gardistes. Comme les lecteurs de livres papier, ils ont des enfants, font de la cuisine, du jardinage, du bricolage et… ils aiment trouver des livres numériques illustrés dans tous ces domaines ! Pour leur parler, il suffit de leur proposer des livres faciles à trouver et à acheter (ce qui pour nous, veut dire : sans DRM et à petits prix) !

Les lecteurs sont là, les premiers ebooks illustrés aussi… Et nous ne sommes qu’au début de ce qu’auteurs, illustrateurs et éditeurs vont pouvoir inventer ! Les enrichissements audio et vidéo, qui accompagnent déjà les livres papier, trouvent naturellement leur place dans les ebooks. Il ne reste plus qu’à espérer que les applications de lecture pour l’EPUB s’améliorent très vite pour prendre vraiment en compte le livre illustré. iBook et quelques rares autres comme Kobo, sentant l’intérêt du public, se sont déjà mis à la page. L’arrivée de l’EPUB 3 devrait convertir les autres…

Les éditeurs français commencent à percevoir ce marché, certains libraires également. Qu’on ne s’y trompe pas, les premiers qui ont vraiment compris le potentiel que représente le livre numérique illustré et/ou enrichi en Euope, ce sont les Américains. Du Nook Color à l’Ibookstore d’Apple, le livre illustré sert de produit d’appel. Et ce n’est pas un hasard si Amazon choisit de lancer sa tablette couleur au moment où il se lance sur le marché européen…

L’édition illustrée (hors BD) représente 15-20% du chiffre d’affaires de l’édition en France ; ce pourcentage pourrait être bien plus fort en numérique, pour peu que l’offre soit à la hauteur des attentes des lecteurs.




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