Le métier d’écrivain, en voie de disparition ?

Auteur invité - 26.11.2018

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L’Union des écrivaines et écrivains du Québec ne déroge pas à la règle : alors que le combat en France pour un statut de l’auteur et une reconnaissance de son métier s’installe durablement, l’UNEQ pose une série de constats. Et de lorgner vers le gouvernement, en attendant que des mesures réelles soient prises. Dans un courrier communiqué à ActuaLitté, l'UNEQ détaille ses revendications.


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ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Le document est ici reproduit dans son intégralité.

 

Le métier d’écrivain en voie de disparition


Les écrivains québécois ont beau se démener pour écrire des livres, les faire publier et les promouvoir, participer à des événements tels que des lectures publiques et des conférences, le revenu qu’ils tirent de ces activités n’atteint que 9 169 $, en moyenne. Et le revenu littéraire médian est inférieur à 3 000 $.

Ces données proviennent d’un sondage mené l’été dernier auprès des membres de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), à partir de leurs déclarations de revenus de 2017.
 

Vivre de sa plume, un exploit


La majorité des répondants (90 %) n’atteignent pas un revenu annuel de 25 000 $ tiré exclusivement de leurs activités littéraires.

Les revenus des écrivains membres de l’UNEQ sont essentiellement constitués des redevances sur la vente de leurs livres neufs (environ 10 % du prix de vente d’un livre est versé à l’auteur). Des activités connexes telles que des ateliers, des conférences ou des lectures publiques représentent la part non négligeable de 22 % des revenus des répondants.

Le Programme du Droit de prêt public (redevances pour la présence de livres en bibliothèque) et les droits de reproduction (redevances versées par les sociétés collectives de gestion de droits Copibec et Access Copyright) constituent presque 12 % des revenus totaux.
 

Une Loi sur le droit d’auteur pleine de trous


Plus du quart (27 %) des répondants ont d’ailleurs subi une perte de revenus provenant de Copibec et d’Access Copyright depuis 2014.

Cette érosion des droits de reproduction a été provoquée par les modifications à la loi fédérale sur le droit d’auteur en 2012 par le gouvernement de Stephen Harper. De nombreuses exceptions introduites dans la loi ont rendu gratuits plusieurs usages qui, jusqu’en 2012, étaient gérés par des sociétés de gestion collective, notamment dans le secteur de l’éducation.

De 2012 à 2014, les ayants droit représentés par Copibec ont perdu 4 millions $ en redevances. La redevance payée aux auteurs, créateurs et éditeurs a diminué de 23 % pour chaque page copiée par les universités, précisait récemment Copibec, qui redoute une décroissance constante des redevances, voire leur disparition, si la Loi sur le droit d’auteur n’est pas revue.

« Mon dernier livre, qui connaît un bon succès et une bonne reconnaissance, m’a coûté cinq ans de travail. Si j’en vends 1 000 exemplaires (j’aurais de la chance, c’est un sacré bon chiffre au Québec), j’obtiendrai un revenu de moins de 2 500 $ pour cinq ans de travail », illustre l’écrivaine Mélikah Abdelmoumen, membre de l’UNEQ.

« Mon seul espoir d’en tirer assez de revenus pour trouver le temps d’en écrire un autre est qu’il se retrouve au sein de programmes d’enseignement, en tout ou en partie, et diffusé au maximum... Mais justement, le fait qu’il soit propice à l’enseignement sera précisément la raison qui fera que je n’en tirerai aucun revenu. »
 

Partout au Canada


Le sondage de l’UNEQ reproduit mot pour mot les questions du sondage mené annuellement par The Writers' Union of Canada (TWUC, à Toronto). En comparant les réponses d’environ 2 000 répondants, le portrait d’ensemble démontre que le métier d’écrivain est en péril dans l’ensemble du pays.

Le revenu annuel moyen tiré des activités littéraires est de 9 169 $ au Québec et de 9 380 $ ailleurs au Canada.
Le revenu médian au Québec est légèrement inférieur à 3 000 $. Dans le sondage de TWUC, il atteint 4 000 $.
30 % des répondants au sondage de TWUC et 27 % chez les membres de l’UNEQ déclarent devoir faire davantage d’activités qu’il y a trois ans pour essayer de vivre de leur plume.
 

Voulons-nous vivre dans un pays sans écrivaines et écrivains de métier ?


« La créativité de nos auteurs est menacée, car trop souvent mal rémunérée. Des écrivains professionnels qui vivent dans la précarité, c’est un risque majeur pour notre culture », déplore la présidente de l’UNEQ, Suzanne Aubry. « Il est certain que les nombreuses exceptions introduites en 2012 dans la loi fédérale sur le droit d’auteur ont aggravé considérablement la situation », poursuit-elle.

« L’UNEQ a plaidé toute l’année auprès du gouvernement Trudeau pour que l’examen en cours de la Loi sur le droit d’auteur prenne la mesure du risque encouru. Voulons-nous vivre dans un pays sans écrivaines et écrivains de métier ? De plus, l’impact du numérique sur les créateurs est bien plus important qu’on ne l’imagine. C’est ce que nous irons démontrer le 29 novembre prochain à Ottawa devant le Comité permanent du patrimoine canadien lors de notre comparution sur les modèles de rémunérations pour les artistes et les créateurs. »

Sur la scène provinciale, l’UNEQ réclame du gouvernement du Québec une réforme de la Loi sur le statut professionnel des artistes des arts visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs, S-32.01.

« Cette loi, sans dents, prive les écrivaines et écrivains du droit fondamental à la négociation collective. Aucune entente-cadre n’existe dans notre secteur, ce qui nuit à la professionnalisation des écrivains et à leurs conditions d’écriture », déclare le directeur général de l’UNEQ, Laurent Dubois. « Il est de l’intérêt des éditeurs comme des écrivains que les meilleures pratiques soient mises de l’avant. »

« Les mois et les années qui viennent seront déterminants pour l’avenir de la littérature au Québec, comme au Canada », conclut-il.


Commentaires
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