Le syndrome totalitaire vietnamien : pire que le virus Covid-19 de Wu Han

Auteur invité - 09.10.2020

Tribune - Pham Doan Trang - editrice vietnam - centre pen suisse


Le Centre Pen Suisse Romand prend position suite à l'arrestation de Pham Doan Trang, dans une tribune que nous reproduisons dans son intégralité.


La brave écrivaine, journaliste et éditrice indépendante Pham Doan Trang a été arrêtée au Viêt Nam, la veille de la clôture de la 45e session du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies à Genève. 
Par Nguyên Hoàng Bao Viêt, 
Président du Centre PEN Suisse Romand



Pour rappel, dans un message d'alerte urgente diffusé depuis plusieurs mois, le Comité pour la Défense des Écrivains et des Écrivaines Persécutés et Emprisonnés du Centre PEN Suisse Romand, a écrit : « Nous nous insurgeons contre le fait que Pham Doan Trang, écrivaine et éditrice indépendante, 42 ans, pourchassée comme une criminelle, refusant l’exil, a été contrainte de vivre dans la clandestinité. »

Aujourd’hui, brutalement mise en prison, Pham Doan Trang sera inculpée en vertu de l'article 117 du Code pénal pour « propagande contre l'État socialiste ». Si elle est reconnue coupable, elle encourt une peine maximale de 20 ans de prison. Pham Doan Trang était co-fondatrice et la rédactrice de la Revue dissidente Luât Khoa Tap Chi (Journal du Droit) et du site d’information indépendante The Vietnamese. Elle était également connue comme l’auteure et co-éditrice de la Maison d’Édition Libérale bannie par les autorités communistes.

La République Socialiste du Viet Nam (RSV) n'a pas respecté ses engagements internationaux pris lors de son Examen Périodique Universel de 2019. Les autorités continuent à criminaliser les écrivains, les journalistes, les traducteurs, les défenseurs des droits humains et de l’environnement qui ont osé exercer leur droit à la liberté d’expression. La censure s’assortit d’intimidations, de harcèlements, d’attaques, de menaces, de disparitions forcées et d’enlèvements jusqu’à l’étranger. Dans les camps de travail forcé, les prisonniers et les prisonnières d’opinion et de conscience sont maltraités, mal nourris, privés de soins médicaux et agressés par des internés de droit commun. Certains ont été torturés et fréquemment placés en isolement disciplinaire. Plusieurs grèves de la faim ont été entamées contre les conditions inhumaines de détention.

Nous déplorons, avec tristesse et indignation, des morts en prison dont les deux cas les plus récents : Dao Quang Thuc, 60 ans, enseignant et défenseur des droits humains, arrêté en 2017, condamné en 2018 à 13 ans de prison, est décédé le 10 décembre 2019 « des suites d'hémorragie cérébrale et d'infection pulmonaire ». Doan Dinh Nam, 68 ans, religieux bouddhiste et défenseur des droits humains, arrêté en 2012 et condamné en 2013 à 16 ans de prison, est mort le 5 octobre 2019 « d’une insuffisance rénale ». Pourquoi ces morts injustes ? Dao Quang Thuc et Doan Dinh Nam n'auraient jamais dû passer un seul jour en prison ! 

Nous condamnons le recours à la psychiatrie punitive : jugés comme « malades mentaux », les dissidents sont enfermés dans des hôpitaux psychiatriques et soumis à l’administration forcée de médicaments. Deux des cas les plus connus : Nguyên Trung Linh, 53 ans, traducteur et journaliste, arrêté en mai 2018 pour « Propagande contre l’État » et Lê Anh Hung, 47 ans, traducteur et journaliste, arrêté en juillet 2018 pour « Abus des libertés démocratiques » et qui, refusant un traitement médical contre son gré et sans l’accord de sa famille, a été violemment battu et attaché à son lit depuis. 

Nous sommes choqués par le manque d’humanité et de tolérance de la RSV et de son déni du droit à la liberté d’expression. En mars 2020, face à la pandémie de Covid-19, la Haute-Commissaire aux Droits de l’Homme de l’ONU a demandé aux gouvernements de « libérer toute personne détenue sans fondement juridique suffisant, y compris les prisonniers politiques et les personnes détenues simplement pour avoir exprimé des opinions critiques ou dissidentes ». La RSV ignore cette demande. Au lieu de les libérer, le régime a fait incarcérer de nouveaux condamnés à l’issue de procès inéquitables. Les victimes de la répression n'ont cessé d'augmenter depuis la modification du Code pénal et l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la cyber sécurité.

Nous nous inquiétons vivement des centaines d’arrestations arbitraires et des condamnations injustes à de lourdes peines de prison durant ces dernières années. Nous protestons contre la privation de liberté imposée au poète et écrivain Trân Duc Thach parmi d’autres gens de plume et de professionnels des médias indépendants :

- Trân Duc Thach, qui a reçu le Prix Human Rights Watch/Hellman Hammet en 2010, 69 ans, vétéran de l’Armée nord-vietnamienne, romancier et poète, membre (exclu) de l'Association des Écrivains de la province de Nghê An. Plume prolifique, témoin des massacres des civils en avril 1975, il a publié l’un de ses mémoires les plus lus, Hô Chôn Nguoi Am Anh (Le Charnier Obsédant), sans le soumettre à la censure. Condamné en 2008 à 3 ans de prison et 3 ans de détention probatoire pour « Propagande contre l’État socialiste ». Maltraité en prison, il souffre de multiples maux et sa santé est fortement altérée. Depuis sa sortie de prison, bravant les risques d’une nouvelle arrestation, Trân Duc Thach continue d’écrire sur les réseaux sociaux. Le 23 avril 2020, il a été à nouveau arrêté et accusé de « mener des activités contre l’État ». Il encourt une peine de 12 à 20 ans de prison, la réclusion à perpétuité ou la mort. 
 
À la lumière de ce qui précède, nous demandons instamment à la République Socialiste du Viet Nam (RSV) de : 

· Relâcher immédiatement et sans condition Pham Doan Trang, Trân Duc Thach, Nguyên Trung Linh, Lê Anh Hung, tous les gens de plume, les éditeurs, les traducteurs, les professionnels des médias indépendants et les défenseurs des droits humains actuellement en prison, en détention préventive ou probatoire pour avoir pacifiquement exercé leur droit à la liberté d'expression ; 

· Mettre fin à la politique de libération des prisonniers d’opinion et de conscience en contrepartie d’un exil forcé à l’étranger ;

· Cesser toute agression, tout harcèlement, toute menace d'arrestation arbitraire ou de détention contre toutes les personnes exprimant des opinions dissidentes ; 

· Améliorer les conditions de détention dans les prisons et les camps de travail forcé ; prohiber toute forme de torture et de mauvais traitements, y compris le confinement disciplinaire prolongé, et enquêter immédiatement et de façon impartiale sur tous les cas signalés, en jugeant les coupables ; s'assurer que chaque détenu reçoive tous les soins médicaux nécessaires ; 

· Garantir le droit à un procès équitable avec des juges et des avocats indépendants ;

· Faciliter les visites familiales aux prisonniers en veillant à ce que tous les prisonniers soient tenus dans des sites pénitentiaires plus proches du lieu de résidence de leur famille ;

· Abroger la loi sur la cyber sécurité et réviser ou supprimer les dispositions du Code pénal 2015 relatives à la « sécurité nationale », notamment les articles 109, 110, 115, 116, 117, 121 et 331 ; établir un moratoire sur la peine de mort avant son abolition ;

· Supprimer la censure et les restrictions à la liberté d'expression et d’opinion, la liberté de créer et de publier, la liberté d’association et de réunion pacifiques, et reconnaitre le droit à être informé par tous les moyens, conformément aux articles 19, 21 et 22 du PIDCP."
 
Nguyên Hoàng Bao Viêt
Président du Centre PEN Suisse Romand
Délégué du Comité pour la Défense des Écrivains et des Écrivaines Persécutés et Emprisonnés du Centre PEN Suisse Romand.



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