Les écrivains auront-ils droit à l'allocation chômage universelle d'Emmanuel Macron ?

La rédaction - 27.04.2017

Tribune - Emmanuel Macron écrivains - Macron allocation chômage - allocation chômage universelle


L'entre-deux tours des élections présidentielles françaises bat son plein : les candidats multiplient les déplacements, mais, face à l'agitation médiatique, il est parfois bon de poser certaines questions pour nourrir les débats. L'écrivain Mathias de Breyne, auteur de La maison (Belfond, 2016) et de Quotidien heureux d'un père et de son bébé (Sciences Humaines, 2014) nous a fait parvenir un texte adressé à Emmanuel Macron, que nous reproduisons en intégralité.

 

Emmanuel Macron, candidat du mouvement En Marche !, lors de la conférence PlacedelaSante.fr du 21 février 2017

Emmanuel Macron en février 2017
(Mutualité Française, CC BY-NC 2.0)

 

Je pose une question simple à Emmanuel Macron. 

 

Dans son projet d'allocation chômage universelle, tous les travailleurs bénéficieraient des allocations et plus seulement les salariés. 

 

Un écrivain travaille-t-il ? 

Question philosophique. 

En tout cas il cotise comme les autres. 

Réponse technique. 

 

Pourquoi l'écriture ne serait-elle pas un métier ? 

 

Les écrits ne sont-ils pas vendus ensuite, n'y a-t-il pas une valeur économique suite à la valeur morale, créatrice ? Tous les métiers qui découlent de l'écriture et de la traduction n'existeraient pas sans les écrivains qui font travailler de nombreux salariés. Et l'on voudrait nous faire croire qu'écrire n'est pas un métier, que l'écrivain ne travaille pas et donc qu'il n'a pas droit au chômage. 

 

Mais laissons ces mièvres débats de niche à ceux qui les lancent, les écrivains eux savent qu'ils travaillent. 

Ce projet de loi inclut-il les écrivains, traducteurs littéraires, traducteurs techniques qui sont donc des travailleurs et des non salariés ? 

Sont inclus dans ce projet de loi les indépendants au sens large, dont les artisans, agriculteurs, commerçants... 

Dans le monde culturel qui donne beaucoup de vie à notre pays, la plupart des protagonistes sont indépendants et perçoivent des droits d'auteur. 

Le monde culturel, dont font partie les auteurs (cela inclut les écrivains, traducteurs, scénaristes, pigistes...), est un acteur économique crucial et apporte beaucoup économiquement et touristiquement. 

Ce projet de loi sera une avancée majeure, mais le sera d'autant plus s'il ne laisse personne en marge. 

J'ose espérer et croire qu'En marche ! ne laisse personne en marge ! 

 

Pourquoi, actuellement, les auteurs ne peuvent-ils pas ouvrir des droits à l'allocation chômage ? 

Pourquoi chaque mois dois-je mentir à Pôle Emploi, lorsque je déclare ne pas avoir travaillé ? Je ne suis pas obligé d'être inscrit puisque je ne suis pas salarié, mais par principe et pour aller au bout de mon raisonnement et telle une étude sociologique je le suis et sans doute également dans l'espoir d'avoir gain de cause. 

Lorsque j'écris et publie un roman, lorsque je traduis, lorsqu'en tant que conseiller littéraire je guide des éditeurs et lorsque j'écris des chroniques pour des journaux, on me rémunère en droits d'auteur : par exemple Le Monde diplomatique m'a rémunéré en droits d'auteur pour la commande d'une fiction. 

Mensuellement je travaille donc de nombreuses heures et je cotise. 

 

J'ai écrit au Service Auteurs de l'Agessa (Association pour la Gestion de la Sécurité Sociale des Auteurs), afin de leur poser la question suivante : 

 

Peut-on déclarer nos droits d'auteurs à Pôle emploi et déclarer que l'on a travaillé ? 

Je suis inscrit, mais déclare mensuellement que je n'ai pas travaillé, alors que je travaille. 

 

La réponse : 

 

Les droits d'auteur ne sont pas à déclarer à Pôle emploi. 

 

Je ne suis pas salarié, mais je cotise via l'Agessa. 

Comme pour tous les salariés, sont déduites de mes droits d'auteur : 

Contribution Sociale Généralisée 

Contribution au remboursement de la dette sociale 

Cotisation destinée à la formation professionnelle 

 

Et je paie des impôts. 

 

Pourtant je n'ai droit à aucune allocation chômage lors d'une baisse d'activité, ou entre deux contrats de roman ou de traduction. Écrire un roman prend un an ou plus, traduire un roman prend entre trois et six mois, on pourrait considérer cela comme un CDD. En fin de CDD il se passe quoi si le salarié ne retrouve pas de travail immédiatement ? Si le prochain contrat de traduction vient un, deux ou trois mois après, que fait le traducteur, et si le prochain contrat pour la publication d'un roman vient trois ou six mois après, que fait l'écrivain ? Ils prennent un crédit renouvelable (trésorerie) à 14 ou 19 % pour combler ? C'est ça leur allocation chômage ? Un service qu'ils paient ? Et encore ils dont du mal à obtenir ce crédit, car ils n'ont pas de fiches de salaire ! Et en plus de cotiser comme tous les salariés, ils paient des intérêts pour vivre. 

 

C'est ça la réalité : en France on adore la culture, la littérature, mais on ne se préoccupe pas de savoir comment vivent les auteurs. Nous sommes le pays qui publie le plus au monde, c'est un marché énorme et tant mieux, et le pays qui traduit le plus au monde, nous découvrons des écrivains étrangers, nous apportons souvent des projets aux éditeurs, mais le traducteur littéraire continue d'être méconnu et malmené et avec l'écrivain ils ont souvent un « petit boulot » à côté, comme les étudiants, et ils n'ont pas de statut d'intermittent qui vient combler les mois creux. 

 

Un salarié travaille 35 heures semaine (ou 1607 heures par an). 

 

Lire, traduire, écrire pour des maisons d'édition qui me rémunèrent en droits d'auteur me prend largement le double, surtout si j'ajoute le temps à démarcher, correspondre avec les éditeurs, et autres tâches administratives liées au travail d'auteur. 

 

En détective amateur bien aguerri, j'ai appelé Pôle Emploi, pour connaître leur vision des choses. Une personne très attentive et intéressée par mon cas et ma question insolite, à qui en effet ma situation ne paraissait pas normale, s'est renseignée et a été très efficace et professionnelle, toute fière de m'annoncer que je peux déclarer mensuellement le nombre d'heures travaillées et le montant perçu, envoyer mes relevés de droits d'auteurs à Pôle Emploi, mais désolée d'ajouter que cela ne me permettra pas d'ouvrir des droits, encore moins de cotiser pour la retraite, puisque je suis non-salarié. 

 

En rigolant, elle m'a dit que c'est comme pour les personnes qui ont le statut VDI (vendeur à domicile indépendant) : « Vous savez, ceux qui vendent par exemple des Tupperware ! » 

 

D'une certaine façon, je suis un VDI ! 

 

Les auteurs et traducteurs n'ont pas droit à un statut du genre intermittent du spectacle et se retrouvent dans une sorte de no man's land social. Créer un statut d'intermittent pour les auteurs serait logique, mais sans doute pas la solution. 

 

L'idéal serait que ce projet de loi d'En marche ! inclue naturellement les écrivains et les traducteurs. 

 

Pour en parler et mettre cela en route, mettons-nous À table !


Mathias de Breyne, écrivain, traducteur littéraire

Dernier roman : La maison, Éditions Belfond, 2016
Dernière traduction: Kalpa Impérial, Angélica Gorodischer, Éditions La Volte, parution le 27 avril 2017

Pour approfondir

Editeur : Belfond
Genre :
Total pages : 237
Traducteur :
ISBN : 9782714474155

La maison

de Mathias de Breyne(Auteur)

Quand il ne voyage pas au bout du monde, Gab retape des maisons avec amour et passion grâce à ses talents d'ébéniste, y vit un ou deux ans et puis s'en va. Dans le Gers, les Alpes, les Cévennes, en Normandie, dans le Jura. Gab n'a pas eu six femmes dans sa vie, mais six maisons. La dernière en date située dans les Pyrénées, il l'aime de tout son coeur, mais le temps est venu pour lui de la laisser. Pour que, comme à chaque fois, un homme ou une femme, un couple peut-être, s'y installent et l'aiment à leur tour.

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