L'édition indépendante en France : un maillon négligé de la chaîne du livre ?

La rédaction - 08.09.2015

Tribune - édition indépendante - Gérard Charbonnier - éthique travail


Gérard Cherbonnier, président de l’Association des Éditeurs indépendants L’Autre Livre, fait le point sur la place de ces acteurs économiques dans le monde de l’édition. Une place significative, mais ignorée des pouvoirs publics. Depuis sa création en 2003, l’autre LIVRE recense au-delà de ses adhérents (plus de 180) une série d’indicateurs économiques de l’édition indépendante en croisant plusieurs sources professionnelles, en particulier les enquêtes du SNE et des CRL.

 

 

 

Bien sûr, il est difficile d’avoir les chiffres d’un secteur éditorial comme la poésie, constitué souvent d’associations n’ayant que des comptabilités « probantes » et non analytiques, ou d’éditeurs de sciences humaines et de critique sociale dont la raison d’être est le refus de marchandisation de leur production.

 

Néanmoins, en étant au cœur de l’édition indépendante, cela permet à l’autre LIVRE de dresser un portrait le plus proche possible des réalités.

 

Artisanat ou industrie ?

 

Sur la base du « fichier exhaustif de l’édition » de Dilicom, croisé avec nos propres enquêtes, il y aurait environ 3000 éditeurs indépendants et qui représenteraient 25 % des titres publiés en France.

 

Sur ces 3000 éditeurs recensés, 208 ont un chiffre d’affaires dépassant 500.000 € (seuil utilisé par l’administration fiscale pour distinguer les petites des moyennes entreprises). 2800 étant donc des petites entreprises de taille et de sorte différentes. Leur forme juridique varie (association, SARL, coopérative, etc.) Leur localisation géographique varie, avec une vraie différence de moyens entre Paris et la province (médiatisation, subvention, lectorat régional, etc.) avec ou sans salarié, familiale ou professionnelle, petit ou gros catalogue...

 

Si on se réfère au numéro de Télérama du 22 août sur la rentrée littéraire, actuellement l’essentiel des ventes se concentre sur quelques best-sellers, mais pour la plupart des écrivains reconnus ils « survivent » avec 500 exemplaires vendus par les majors de l’édition. Sachant que la très grosse majorité des éditeurs indépendants vendent aussi leurs titres à 500 exemplaires et au-delà, ces éditeurs représentent une part qui ne peut être désormais négligée de la production française, et pas seulement en terme de choix éditoriaux, mais aussi en terme économique :

 

Si 80 % des maisons d’édition indépendantes réalisent un chiffre d’affaires inférieur à 1 million d’€, si 30 % ont un chiffre inférieur à 100.000 €, il y a 50 % dont le chiffre d’affaires se situe entre 100.000 et 1 million d’€.

 

Rien qu’en île de France, le chiffre d’affaires cumulé des éditeurs indépendants de cette région avoisine les 350 millions d’€ (source Le Motif). Le C.A. médian d’une maison d’édition indépendante peut être estimé à 200.000 €, chiffre à croiser avec les 3000 maisons d’édition indépendantes recensées.

 

Employeur central

 

Sur le seul territoire francilien, l’édition indépendante emploie plus de 2500 personnes, ce qui représente plus de 15 % des 14 000 emplois dénombrés pour l’ensemble de l’édition francilienne où siègent tous les grands groupes industriels du livre.

 

Les éditeurs indépendants sont 45 % à employer entre 1 et 9 salariés, et moins de 10 % plus de 9 salariés, et donc un peu plus de 45 % sont des entreprises sans salarié dirigées par des gérants souvent non rémunérés, des présidents bénévoles, etc.

 

Tout en reconnaissant la diversité des intérêts économiques de ces maisons d’édition, la majorité revendique l’éthique d’une structure artisanale à taille humaine et elles sont nombreuses à aspirer à l’embauche de collaborateurs et à attendre pour cela des aides et conditions d’embauche particulières pour les entreprises à caractère culturel.

 

À cela, il faudrait ajouter les données sociales et économiques de la filière livre induite directement ou indirectement des quelque 25 % de la production du livre réalisés par l’édition indépendante, à savoir librairies et autres points de vente, bibliothèques, auteurs, illustrateurs, salons, structures de promotion, imprimeurs, etc.

 

En conclusion, à l’heure où se présentent toutes sortes de menaces pour le livre et la lecture, il était important que l’univers du livre qui, par essence, est immatériel, démontre matériellement la nécessité de conserver et protéger, à côté des majors de l’industrie du livre, une édition indépendante que l’on pourra rencontrer, interroger les 13, 14 et 15 novembre à l’occasion du salon de l’édition indépendante, aux Blancs Manteaux, Paris IV, et plus particulièrement le samedi à 16 h avec le débat sur le rôle et la place de l’édition indépendante aujourd’hui.

 

Gérard Cherbonnier

Président de l’autre LIVRE