"Les librairies occupent une place primordiale dans le tissu social"

La rédaction - 23.04.2015

Tribune - Hélène David - librairies Québec - industrie livre


Ce 23 avril, à l'initiative de l'UNESCO, est organisée la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Demain, dans la ville de Sherbrooke, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Hélène David, présentera le Plan du livre. Ce dernier doit principalement comprendre des mesures en faveur des librairies. Une décision assez compréhensible : elle avait mandaté Luc Fortin, son adjoint parlementaire et député Sherbrooke, pour prendre en charge une mission autour des aides à la librairie. 

 

Rappelons également qu'en juin 2014, la ministre avait balayé l'idée d'une législation instaurant un prix unique du livre. « Plutôt que d'opter pour une solution partielle comme la fixation du prix des nouveautés, dont les effets sur les pratiques de consommation et sur le lectorat sont incertains et qui n'agit pas sur l'ensemble des facteurs de fragilisation des librairies, M. Fortin devra recommander des actions ciblées dont les résultats concrets pourront être rapidement appréciés », affirmait-elle.

 

 

Anticipant cet événement, l'Association des Libraires du Québec a communiqué une tribune que nous produisons ici dans son intégralité. 

 

 

Des fleurs aux libraires

Québec doit reconnaître par des mesures solides la contribution essentielle des librairies

 

Opération Nos livres à juste prix, militant pour l'instauration d'un prix unique 

 

 

Le 23 avril a été déclaré Journée mondiale du livre et du droit d'auteur (JMLDA) par l'UNESCO en octobre 1995. Pour marquer le coup, il est de tradition qu'une rose soit offerte par votre libraire à l'achat d'un livre. Mais si, aujourd'hui, on lançait plutôt des fleurs aux libraires?

 

Par leur participation soutenue à la vie culturelle des régions, des villes et des quartiers, les librairies occupent une place primordiale dans le tissu social. Elles sont les partenaires privilégiées des bibliothèques, scolaires ou publiques, et jouent, à leurs côtés, un rôle d'animation considérable. Ce rôle est renforcé par la participation de nombreuses librairies aux manifestations littéraires organisées dans l'ensemble de la province, à longueur d'année et par un service-conseil remarquable.

 

Partout au Québec, des milliers de livres sont offerts dans les librairies indépendantes : elles proposent entre 6 000 et 50 000 titres et offrent un service de commandes spéciales parmi plus de 700 000 œuvres disponibles en français. Grands lecteurs, passionnés, curieux, à l'écoute, les libraires sont les gardiens de la bibliodiversité. En orientant leurs clients, ils créent ce rendez-vous capital entre un livre et son lecteur et jouent un rôle précieux sur le plan culturel, car ce sont eux qui défendent les auteurs et les livres dans la durée. La présence d'un réseau vivant de librairies est indispensable. Comme le disait Dany Laferrière : « Si une librairie ferme, c'est le cœur d'une ville qui s'arrête » (Commission parlementaire, septembre 2013).

 

Ces professionnels sont libraires par vocation. Ils le sont devenus pour aller à la rencontre des lecteurs et leur transmettre leur amour des livres, des idées et de l'imagination. Si le modèle d'affaires des librairies (et de l'industrie du livre en entier) est en mutation, les fondements du métier demeureront toujours les mêmes : conseiller et guider des lecteurs, nourrir la curiosité, ouvrir des horizons, bref, contribuer à la formation des esprits et à l'émancipation des sociétés. Et pour cela, ils doivent être soutenus et défendus. Pas seulement avec des appuis financiers, mais avec un soutien sous forme de forte valorisation publique du livre et de la lecture.

 

Pour ce faire, il faut entre autres :

  • Augmenter le budget d'acquisition de livres des bibliothèques publiques et scolaires;
  • Reconnaître l'expertise des libraires et des avantages liés à la fréquentation des librairies en attribuant un crédit d'impôt pour le maintien d'une main-d'œuvre compétente;
  • Encadrer via une loi, la vente de livres numériques, afin d'assurer les ventes aux  collectivités aux librairies agréées;
  • Augmenter le budget du Programme d'aide aux entreprises du livre et de l'édition spécialisée de la SODEC, volet Librairies agréées à 1,5M$, afin de stimuler la promotion, la modernisation, l'informatisation et la succession;
  • Maintenir et faire respecter la Loi 51 (Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre);
  • Mettre en place une réglementation du prix des livres.

Dans le plan de soutien aux librairies attendu ce printemps, souhaitons que le gouvernement actuel reconnaisse par des gestes concrets et des mesures solides leur contribution essentielle. Rappelez-vous, vous qui gouvernez, qu'une politique de la lecture et du livre au Québec a été instaurée et qu'elle devrait (apparemment) orienter toutes vos actions.

 

Vous vous êtes engagés à « faire de la lecture une véritable pratique culturelle et à en faciliter l'accès à l'ensemble des Québécoises et des Québécois. [Cette politique] présente une gamme de mesures visant enfants, jeunes et adultes, et propose d'investir chacun des lieux où la lecture est susceptible de les atteindre : famille, centres de la petite enfance, écoles, bibliothèques, librairies, etc. » (Voir Politique de la lecture et du livre, mcc.gouv.qc.ca).

 

Jusqu'à maintenant, nous n'avons pas le sentiment que vous allez dans cette direction, et nous attendons toujours… Pour que les roses aient moins d'épines.