Les livres, “ce sont hommes”, on ne les marchandise pas

Auteur invité - 26.09.2018

Tribune - Salon L'autre livre - éditeurs indépendants salon - vraie bibliodiversité éditeurs


Du 16 au 18 novembre se déroulera le salon l’autre LIVRE, réunissant des éditeurs indépendants – depuis maintenant seize années. Un instant de partage qui « cultive la bibliodiversité » et une réflexion profonde sur la société. 

 

Alain Gorius, président de l’association des éditeurs indépendants, démontre, dans un texte diffusé par ActuaLitté, tout l’enjeu de cette manifestation.



 
 

Nous savons bien que l’union fait la force, et c’est pourquoi ce salon a fini par trouver sa place, toute sa place, sur la scène culturelle parisienne. Nous sommes aujourd’hui environ 250 éditeurs, et la Halle des Blancs Manteaux est devenue trop étroite pour nous permettre d’exposer tous en même temps. Nous avons donc lancé, au printemps dernier, un second salon, au Palais de la Femme, qui s’est tenu en même temps que celui de la Porte de Versailles et a été un franc succès.

Il est clair que l’an prochain tous ceux qui n’auront pu participer aux Blancs Manteaux seront prioritaires pour le Palais de la Femme, et qu’il y aura encore de la place pour ceux et celles qui souhaiteront participer aux deux salons. Notre objectif n’est pas, en la matière, de conserver un grand salon, celui-ci, qui serait accompagné d’un petit salon, accessoire et secondaire, mais bien d’installer dans la durée deux éditions de l’autre Livre, qui auront la même importance et fonctionneront dans les mêmes conditions, notamment tarifaires.
 

Nous avions placé la dernière édition de notre salon sous le signe de la résistance à la marchandisation de l’écrit, et notre slogan, « Contre la marchandisation de l’écrit », a parfois été mal interprété par certains d’entre nous, qui ont cru que nous considérions la vente des livres comme secondaire – ce qui bien sûr n’aurait aucun sens.

Nous sommes là pour publier des livres, et donc les vendre, pas pour enfiler des perles, et les bons Samaritains et tous ceux qui se désintéressent de la dimension commerciale de notre activité disparaissent bien vite. Mais nous n’oublions pas que les livres, « ce sont hommes », comme disait Rabelais, et c’est pourquoi nous ne voulons pas les « marchandiser », c'est-à-dire les traiter comme des « produits » de consommation courante, « marketés » comme il convient et vendus entre une paire de chaussettes et deux pizzas surgelées, comme il est fait sur les plateformes de télédistribution.
 

Cette édition est donc placée sous le signe de la bibliodiversité – une diversité exigeante : nous ne voulons pas multiplier les titres pour seulement « faire du commerce et vendre de la marchandise », nous voulons proposer aux lecteurs des livres qui soient le fruit d’une édition créative, qui innove, qui invite à la découverte – et pour cela nous prenons les risques que les grosses structures ne prennent pas souvent, obsédées qu’elles sont par le rendement, le chiffre, les dividendes…

 

Bien sûr nous sommes soutenus parfois par les pouvoirs publics – et par exemple si la mairie du IVe ne le faisait pas, en mettant à notre disposition cet espace, notre salon aurait bien du mal à exister. Et c’est pourquoi chaque année nous la remercions chaleureusement pour son soutien.
 

Mais à d’autres niveaux, ce n’est guère le cas ; il est clair par exemple, et cela nous a été dit explicitement au ministère de la Culture, où nous sommes allés pour attirer l’attention de l’État sur la situation catastrophique dans laquelle se retrouve bon nombre d’éditeurs indépendants du fait de la hausse des tarifs postaux, il est clair que l’État n’a aucunement l’intention, en ces temps de restrictions budgétaires tous azimuts, de prendre en charge le manque à gagner pour la Poste que représenterait un tarif spécial pour la diffusion du livre en France.
 


Ce n’est là qu’un des exemples des difficultés que nous rencontrons tous dans notre secteur d’activité.

Il en est d’autres, qui sont des signes assez inquiétants de ce qui risque de se produire, si personne ne réagit. Ainsi le Livre, pour la première fois, depuis la Libération, a été récemment détaché du ministère de la Culture – qui tout de même a su pendant toutes ces décennies protéger la notion d’exception culturelle et de prix unique du livre – et se retrouve rattaché à Matignon. Pour quoi faire ? Pour soulager la ministre, gênée paraît-il, par des conflits d’intérêts récurrents ?
 


Mais, dans des circonstances semblables, d’autres ministres ont été remerciés, sans que des pans essentiels de leur ministère partent ailleurs, on ne sait trop pourquoi… On peut donc légitimement se poser la question, et se demander si, justement, sous l’impulsion de Bruxelles, ce n’est pas ce caractère d’exception culturelle accordé au livre qui est visé. Auquel cas, bonjour les dégâts…

Alain Gorius

Président de l’Association des Éditeurs indépendants, L’Autre Livre



On trouvera ci-dessous le programme de la manifestation 2018. Le salon de l’autre livre 16, 17 et 18 novembre 2018 halle des Blancs-Manteaux 48, rue Vieille du Temple, 75004 Paris
 

 




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