Librairie : sur Internet, seul un projet fédérateur peut rivaliser avec les géants

Auteur invité - 18.12.2017

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Dans la vallée des livres, les libraires O’Timmins (à gros nez rouge) et O’Hara (à grandes oreilles) se font la guerre. Ils croient, les uns comme les autres, que leur bataille interne au sein de la librairie est plus importante et salutaire que tout le reste. Vous n’avez pas suivi le feuilleton de ces derniers jours ?

 

par Renny Aupetit, libraire
(Comptoir des mots, Comptoir des lettres)

 

Librairie Le Comptoir des Lettres - Paris 13e
Renny Aupetit - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Les rivaux de la vallée des livres...


D’un côté, une demi-douzaine de patrons qui dénoncent une inégalité de traitement fiscal pour les librairies et qui, pour y remédier, réalisent une tentative de passage en force au Sénat avec un texte élaboré sans concertation préalable, finalement rejeté par l’Assemblée nationale.

De l’autre, des centaines de libraires récipiendaires du label LIR permettant l’accès à ladite exonération, hostiles à tout élargissement au prétexte d’une menace qui pèserait sur la pérennité de la mesure si elle était élargie à tous.


Alors que la question purement technique aurait justifié un débat entre professionnels et législateurs, le combat s’est déroulé en public : communiqués de presse, tribunes, pétition en ligne. Discorde médiatisée chez les libraires où chacun érige sa survie sur le dos des autres. Bonjour l’image !

 

Et s’ils se trompaient de combat ?

 

Les grandes librairies contre les moyennes, les enseignes contre les indépendants, qu’importe la segmentation, c’est la librairie française qui se déchire. Croire que les uns iront mieux grâce à des avantages acquis par les autres est tout aussi naïf que croire que pour aller mieux, il faudrait pouvoir garder des privilèges rien que pour soi.

Les enjeux sont au-delà de l’exonération en question (environ 0,15 % du CA) et la compétition se mène ailleurs : la librairie qui vendait 1 livre sur 2 il y a 40 ans, n’en vend désormais plus qu’un sur quatre.

D’où vient cette érosion ? Du comportement d’achat des consommateurs qui privilégient les centres commerciaux et Internet. Désormais 3 achats sur 4  échappent à la librairie « traditionnelle », peu présente dans les centres commerciaux et quasi inexistante sur le segment le plus dynamique, l’e-commerce, dominé à 75 % par Amazon.

Le marché du livre n’a pas baissé, la librairie a été dépassée par de nouvelles formes de distribution, modernes, technologiques, efficaces. 

 

La librairie a plus que jamais besoin d’un projet collectif 
 

Elle regarde dans le rétroviseur alors que nos compétiteurs regardent loin devant. Stratégie multicanal, pour bon nombre d’entre nous, c’est encore du chinois. Sur Internet, seul un projet unique, mutualiste, fédérateur pourrait dignement rivaliser avec les géants du Web.
 


Et pourtant les batailles d’ego, les stratégies individualistes priment. Notre profession patine dans ses tentatives de concrétiser des projets ambitieux malgré une habile politique de lobbying qui nous a, certes, prémunis du pire, mais qui n’ouvre aucune piste pour nous permettre de rebondir, de nous réinventer, notamment collectivement.

 

Nous devons assumer son rôle de gestionnaire
 

Par ailleurs, et cette récente querelle le montre, rentabiliser nos commerces devient un impératif. Si les performances d’exploitation des librairies s’érodent année après année avec un résultat net qui se rapproche de 0 %, nous ne pouvons nous contenter d’espérer des conditions commerciales plus favorables de la part des fournisseurs. Il faut envisager de remettre en question certaines de nos pratiques professionnelles : gestion des flux, organisation...

Aujourd’hui, peu importe la taille du fonds, chaque commerçant est jugé sur sa capacité à répondre à tout type de demande en quelques heures. Aussi qualitatif soit-il, le service rendu par le libraire apparaît dépassé, lent, contournable. Nous gérions un fonds, nous devons désormais gérer des flux. 

 

Ces mutations, l’entrée dans le commerce connecté, l’urgence imposée par nos clients, la nécessaire mutualisation de nos stocks, les solutions mises en place sont lacunaires et ce qui reste à accomplir est donc immense. 

 

Alors, on fait appel à Lucky Luke ou on retrousse nos manches ?



 

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