Livres du lundi #1 : Le crime dans tous ses états, de Michael Siefner à Denis Lehane

Xavier S. Thomann - 29.04.2013

Tribune - Micheal Siefner - Tueur en série - Denis Lehane


Voici deux livres qui explorent à leur façon les différentes dimensions que peuvent prendre le genre policier et le roman noir. Le premier est une fausse biographie, signée Michael Siefner (Serge Safran, 19 euros) et le second un recueil de nouvelles publié chez Rivages sous le haut patronage de Dennis Lehane. 

  

Dans un roman fort bien construit, mais qui n'en est pas moins déroutant, l'Allemand Michael Siefner, reconstitue la vie d'Albert Dunkel, écrivain dans le civil qui sombre dans la folie. N'allez pas chercher sur Internet pour savoir qui est ce Dunkel, vous ne trouverez rien, et pour cause, il est entièrement issu de l'imagination de l'auteur. 

 

L'auteur est donc libre de dire ce qu'il veut. Rien de très original en somme, si ce n'est que Siefner a composé son roman comme s'il s'agissait d'une personne réelle à laquelle il consacrerait une biographie dans les règles. Lettres, témoignages, extraits de l'oeuvre de cet écrivain imaginaire (on trouve même une bibliographie très précise à la fin de l'ouvrage), parsèment ce livre tout à fait étonnant. 

 

L'illusion fonctionne et on a bel et bien l'impression que l'écrivain Alert Dunkel (1958-1988) a réellement existé. Et heureusement pour nous, sa vie n'est pas des plus banales : personnage sombre et solitaire, il n'accède à la célébrité que lorsqu'il est reconnu coupable d'une série de meurtres. 

 

 

Boston à l'heure bleue

Vue de Boston la nuit,

Manu_H, CC BY 2.0

 

 

Au-delà de l'aspect sordide du personnage, c'est la relation entre folie et génie créateur qui est le véritable thème du livre et à ce compte Siefner s'en sort plutôt bien. 

 

Denis Lehane et la "nouvelle noire"

 

Dans un tout autre genre, on remarquera la parution d'un recueil de nouvelles introduit par Dennis Lehane, dont le dernier roman est sorti (Ils vivent la nuit, toujours chez Rivages) est sorti le mois dernier. Le recueil, qui s'intitule sobrement Boston Noir, rassemble des nouvelles autour de la ville américaine. 

 

C'est donc une petite anthologie qui regroupe des nouvelles de dix auteurs différents. En prime, on trouve également une nouvelle de Lehane, Sauve qui peut. Le format de ces récits est environ d'une trentaine de pages, et Lehane les a fait précéder d'une introduction qui traite du roman noir et de la ville de Boston. 

 

Cette mise au point de sa part est la bienvenue. En effet, dès le début, il prend soin de préciser que « le roman noir n'est pas un genre défini les borsalinos, les volutes de fumée bleutée, les femmes fatales à la beauté vénéneuse. »

 

Non, effectivement, le roman noir est plus que ça. C'est ce que confirment ces textes. On est loin de l'archétype du genre, avec le détective dur à cuire comme ceux que l'on trouve dans les romans de Dashiell Hammett. Ici, les personnages sont plutôt des gens ordinaires, dont le quotidien est perturbé par un événement inattendu : des contes de la vie urbaine en somme. 

 

Dans l'une des nouvelles, un artiste en mal de succès kidnappe un enfant ; dans une autre, c'est un homme blessé par balle qui fait irruption au milieu de la nuit. On est loin des clichés du genre. Il est moins question d'enquêtes policières que de récits où le quotidien prend un tour inattendu. 

 

Par ailleurs, Lehane rappelle la dimension sociale de ces romans, dimension que l'on retrouve dans plusieurs des nouvelles, ainsi que la dimension tragique de ce genre littéraire, trop souvent considéré avec mépris par certains. 

 

Enfin, en ce qui concerne la qualité des nouvelles retenues, rien à redire. Il faut dire que les Américains sont devenus les spécialistes de genre bref. Des exemples de concision et d'efficacité, les deux marques d'une nouvelle policière réussie. Et l'atmosphère noire, elle aussi, est toujours au rendez-vous.

 

Albert Dunkel, écrivain de génie, tueur en série, Michael Siefner, 240 pages, 19 euros.  

Boston Noir (présentation Denis Lehane), Rivages/Noir, 341 pages, 9,15 euros.