Livres du lundi #10 : relire Frédéric Berthet

Xavier S. Thomann - 01.07.2013

Tribune - Frédéric Berthet - Bernard Pivot - Table Ronde


On a récemment pu redécouvrir deux livres de Frédéric Berthet. Deux livres de cet écrivain disparu en 2003 à l'âge de 49 ans. Les éditions de la Table Ronde ont réédité en poche en début d'année  : Felicidad et Paris-Berry. Le premier est un recueil de nouvelles, le second, l'histoire d'un écrivain parisien qui part dans le Berry pour écrire. 

 

D'aucuns jugeront ces livres un peu courts, la forme un peu elliptique. Ce serait une erreur, car Frédéric Berthet n'avait pas besoin de beaucoup de pages pour montrer toute l'étendue de son talent. Au demeurant, l'ensemble de ses livres a été très bien reçu, et Philippe Sollers a rappelé qu'il était « considéré comme le meilleur écrivain et l'un des plus grands espoirs de sa génération. » 

 

Qu'il s'agisse de Felicidad ou de Paris-Berry, l'apparente simplicité de ces livres est en réalité la conséquence d'un style parfaitement maîtrisé, aussi épuré que fin. Dans Felicidad, on trouve un ensemble de nouvelles écrites par un écrivain qui savait jouer avec la langue tout en sachant parfaitement où il allait. Chacune d'entre elles plante un décor inattendu.

 

Dans la première, « Un père », le narrateur croit reconnaître son père à l'arrière d'un taxi à Paris, à trois heures du matin. Sauf que le père en question est dans un hôpital dans le sud de la France. 

 

 

 Frédéric Berthet dans l'émission de Bernard Pivot, en 1989

 

 

C'est alors l'occasion de quelques réminiscences et d'une conversation saugrenue avec un chauffeur de taxi. Dit comme ça, on ne voit pas très bien où cela peut mener, mais en quelques phrases tout s'enchaîne et prend sens. 

 

Dans Paris-Berry, l'apparente désinvolture cache une réflexion sur la condition d'écrivain. Cette réflexion, on la retrouve dans l'une des nouvelles de Felicidad, « L'écrivain », dans laquelle il est aussi question d'un auteur perdu à la campagne. Comme dans tous les écrits de Frédérci Berthet, c'est l'occasion de poser des questions graves et sérieuses, mais avec humour. 

 

Ainsi, quand l'écrivain n'écrit pas, il se pose tout un tas de questions : 

L'écrivain le sait pertinemment : entre le chat et le reste, la régression le guette. Il imagine qu'on le retrouvera assis par terre sous le tilleul, en train de chantonner Yellow Submarine et d'écrire des haïkus, et répondant qu'on dise de leur dire qu'il ne reviendrait à Paris que quand on lui aurait donné le prix Goncourt. »

 

Pour comprendre un peu mieux les motivations qui se cachent derrière ces textes, on peut se reporter au passage effectué par l'auteur dans Apostrophes, le 16 mai 1989. C'était pour parler avec Bernard Pivot du 26e numéro de la revue L'infini. En effet, pour ce numéro, Philippe Sollers avait donné « carte blanche » à Frédéric Berthet. 

 

Bernard Pivot a cette expression à propos du roman de Frédéric Berthet, Daimler s'en va, qui résume bien le travail de ce dernier : « un peu désespéré, mais en même temps assez drôle. » On l'aura compris, il y avait chez Berthet un désir d'aller à l'essentiel sans jamais sacrifier le style. Voilà, en somme, une définition de l'esprit français. 

 

Felicidad, de Frédéric Berthet, La Table Ronde, coll. La Petite Vermillon, 176 pages, 7,10 euros.

Paris-Berry, de Frédéric Berthet, La Table Ronde, coll. La Petite Vermillon, 112 pages, 5,90 euros.