Livres du lundi #2 : Redécouvrir W. Somerset Maugham

Xavier S. Thomann - 06.05.2013

Tribune - W Somerset Maugham - Nice - Florence


Écrivain prolifique, mais qu'on aurait tendance à oublier, l'actualité éditoriale nous rappelle au bon souvenir de W. Somerset Maugham. Deux de ses romans refont surface en poche dans la collection « la petite vermillon », et une biographie sous la forme de graphic-novel, aux éditions de la Table Ronde, revient sur une vie pas comme les autres. 

 

En son temps, cet écrivain a conquis un très large public, et comptait parmi ses amis les grands de ce monde. Plusieurs acteurs mythiques ont donné vie à ses personnages. En 1934, Greta Garbo figurait sans l'adaptation de son roman le voile des illusions. 

 

Pourtant, force est de reconnaître qu'il fait désormais partie de ces écrivains qu'on qualifierait volontiers de « vieillis ». En France en tout cas. Dans l'imaginaire des lecteurs, son style précis et piquant, ainsi que son esprit acéré et ironique, a laissé la place aux écrivains plus expérimentaux et plus audacieux sur le plan formel. 

 

Dommage, car ses livres regorgent de qualités insoupçonnées. Prenons, au hasard (sic), il suffit d'une nuit, qui a tout d'une banale histoire d'amour, flirtant avec les romans à l'eau de rose. Tous les ingrédients y sont : une jeune veuve, Mary, une ville romantique, à savoir Florence, et une foule de prétendants. Ajoutons à cela un univers où l'oisiveté est le maître mot, et c'est bon, il n'y a plus qu'à enterrer le roman.

 

C'est d'ailleurs le sentiment qui nous prend en lisant les premières pages. Au début, tout paraît couru d'avance : Mary est demandée en mariage par Edgar, un homme de près de trente ans son aîné, mais dont la réputation de gentleman est connue de tous. Il fait figure de mari idéal, mais Mary hésite, et pour cause elle ne l'aime pas. Maugham non plus d'ailleurs : « C'est un grand homme posant au grand homme. (...). C'est comme si Charlie Chaplin incarnait Charlie Chaplin ».

 

W. SOMERSET MAUGHAM, SUCCESS DESPITE MANY OBSTACLES

W. Somerset Maugham,

roberthuffstutter, CC BY 2.0

 

 

Le soir même de cette demande, elle se rend à une fête dans la haute société locale. Un certain Rowley, à la réputation des plus douteuses (« Les gens qui ne l'aimaient pas disaient qu'il avait l'air faux. Ses meilleurs amis admettaient qu'on ne pouvait pas se fier à lui »), tente de la séduire... et la demande aussi en mariage. Elle refuse. Décidément. Mais voilà que sur le chemin du retour elle fait la rencontre d'un jeune réfugié autrichien. 

 

Et c'est là que le romancier prend un malin plaisir à détruire toutes les attentes du lecteur, en faisant preuve d'une ironie et d'une acuité psychologique des plus jouissives. Quand ce jeune homme finit par se suicider devant ses yeux, la belle Mary est bien obligée de prendre son destin en main. 

 

Une biographie sous forme de graphic-novel

 

L'ironie dont fait preuve le narrateur n'est pas sans rappeler celle de l'auteur lui-même, que l'on découvre en lisant la biographie réalisée par Floc'h et Rivière, intitulée Villa Mauresque. Sous la forme d'un graphic novel, la vie de Somerset Maugham nous est racontée par le prisme de la maison qu'il possédait entre Nice et Monaco, la Villa Mauresque. 

 

Un lieu que l'écrivain aimait par-dessus tout. C'est là d'ailleurs qu'il meurt en 1965, après y avoir passé de nombreuses années et composé de nombreux livres. Cette demeure offre donc la trame idéale pour une biographie. Et celle écrite par François Rivière et illustrée par Floc'h vaut largement le détour. Déjà, c'est une lecture des plus agréables, loin des biographies touffues et parfois, il faut le dire, assommante que l'on consacre d'habitude aux écrivains. 

 

Et puis parce que ce livre donne une bonne idée de l'état d'esprit du personnage, Rivière ayant fait le choix de lui donner la parole. On (re)découvre l'esprit mordant d'un homme qui savait s'entourer — la villa a vu passer Churchill et H.G. Wells, entre autres — sans pour autant renoncer à vivre comme bon lui semblait. C'est pour cette raison qu'il avait élu domicile sur la Côte d'Azur, loin de la très puritaine Albion. 

 

Deux lectures fortement recommandées alors que le beau temps revient. Rien de mieux qu'un roman de Maugham pour lire tranquillement à l'ombre d'un parc ensoleillé, comme l'auteur qui écrivait ses livres dans son bureau donnant sur la terrasse de sa « Villa mauresque ». 

 

Il suffit d'une nuit, de W. Somerset Maugham, la petite vermillion, 250 pages, 8,70 euros.

 

Villa Mauresque, de Floc'h & Rivière, La Table Ronde, 150 pages, 20 euros.