Livres du lundi #4 : Les Lettres en musique

Xavier S. Thomann - 20.05.2013

Tribune - Stéphane Michaka - Yves Montand - Elvis Presley


Cette semaine, on fait un petit tour du côté de la musique et ses grandes icônes. Tout d'abord avec le très bon polar de Stéphane Michaka, Elvis sur Seine (Pocket), et ensuite avec un recueil de poésie un peu particulier puisqu'il ne s'agit que de textes qui ont été mis en musique par de célèbres chanteurs. 

 

Elvis sur Seine n'est pas à strictement parler une nouveauté. Le livre est paru pour la première fois en janvier 2011 chez La Tengo Éditions, et c'est avec plaisir qu'on le retrouve en format poche (chez Pocket). Il s'agit d'une enquête de Mona Cabriole, jeune journaliste chez Parisnews qui a le don de se retrouver dans des situations loufoques. La collection donne la parole à différents auteurs, toujours autour du thème du Rock. 

 

Elvis était donc tout indiqué. Car Mona se retrouve, sous la plume de Michaka, sur les traces du King, et ce, de façon très littérale. En effet, l'affaire commence avec un meurtre maquillé par la police. Mais très vite, notre journaliste intrépide se retrouve à enquêter sur un certain Monsieur Aron qui pourrait bien être Elvis Presley. Face à un tel scoop, inutile de dire que Mademoiselle Cabriole utilise toute son énergie pour aller au fond des choses. Bien sûr, les choses en tardent pas se compliquer en cours de route.

  

La grande réussite de ce livre tient à deux choses. L'auteur respecte les codes du polar, il ne cherche pas à faire dans le méta-polar. Du coup, on retrouve tous les ingrédients nécessaires, et la lecture est des plus plaisantes ; on tombe vite sous le charme de l'écriture sobre et efficace de Michaka. En revanche, et c'est là la vraie réussite du livre, la personne du King est traitée avec sérieux. 

 

 

Elvis Presley

Brett Jordan, CC BY 2.0

 

 

Le livre regorge d'informations sur le personnage mythique, et au fil des pages, le lecteur est invité à parcourir les grands morceaux du répertoire d'Elvis. Avec citations à l'appui. Ainsi, à la fin du livre, on entend résonner les paroles de "Devil in Disguise" : « You look like an angel / Walk like an angel / Talk like an angel / But I got wise... ».

 

 

 

 

Qu'on soit fan du King ou pas, un livre qui vaut assurément le détour. 

 

Dans un autre genre, mais toujours sous le signe des grands musiciens et interprètes, Gallimard vient de publier une anthologie de poésie fort utile. Sophie Nauleau a réuni une belle collection des poèmes français mis en chansons. Personne n'ignorait que la littérature « classique » a servi au fil des années comme un formidable réservoir pour les chanteurs français. 

 

On pense immédiatement à Gainsbourg, Ferré ou encore Montand, qui ont tous donné un nouveau souffle à des poèmes trop souvent confinés aux salles de classe. D'ailleurs, le chanteur a parfois éclipsé le compositeur original de la chanson. Il est clair que le grand public est plus sensible au nom de Georges Brassens qu'à celui de Francis Jammes. 

 

Mais il n'est pas seulement question de rendre à César ce qui appartient à César. Cette anthologie est autant une célébration de la rencontre entre deux artistes qu'invitation à prendre la mesure de la force de la parole poétique. Une manière aussi de rappeler que la chanson est un genre noble et pas uniquement des paroles en l'air destinées à saturer la bande FM. 

 

C'est en somme ce que dit Sophe Nauleau dans son avant-propos : « Car les chansons ne sont pas des sornettes, balivernes et autres bagatelles. Elles coupent à coeur et mettent droit dans le mille. Au centre de l'être. Elles soufflent les sentiments, par ciels radieux ou sombres. » On ne saurait mieux dire. 

 

Et voici un peu d'Yves Montand/Jacques Prévert pour finir. 

 

 

 

Elvis sur Seine, Une enquête de Mona Cabriole, de Stéphane Michaka, Pocket, 221 pages, 3,90 euros. 

 

Je voudrais tant que tu te souviennes, Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian, Edition de Sophie Nauleau, Poésie/Gallimard, 272 pages, 6,90 euros.