Livres du lundi #5: Patrick Modiano en dix romans

Xavier S. Thomann - 27.05.2013

Tribune - Patrick Modiano - Villa Triste - Autobiographie


Ce lundi, petite entorse à notre règle. Au lieu de vous présenter deux livres différents dans notre chronique, nous avons fait le choix de parler d'une anthologie, celle des romans de Patrick Modiano. Elle vient d'être publiée dans la belle collection « Quarto », chez Gallimard. Soit dix romans au lieu de deux. 

 

C'est bien connu, tout choix est arbitraire. Parmi les nombreux romans de Patrick Modiano (c'est un écrivain productif !), Gallimard a décidé de n'en retenir que dix. Les amateurs d'exhaustivité y trouveront peut-être à redire. En revanche, quand on prend la peine de regarder d'un peu plus près, le choix se révèle éminemment cohérent. Les ouvrages choisis concernent l'ensemble de la carrière de l'auteur : cela va de sa Villa triste (1997) à son avant-dernier opus, L'horizon, paru en 2010.

 

Loin de parcourir le corpus modianesque au pas de charge, cette édition nous fournit plutôt l'essence de l'univers autobiographique et romanesque de M. Modiano. Les romans n'ont pas été choisis au hasard, et leur lecture « dans l'ordre » permet de découvrir le fil qui anime l'oeuvre tout entière. C'est donc aussi l'introduction parfaite pour qui n'aurait pas lu du Modiano.

  

Et plutôt que de nous lancer dans nos propres considérations, laissons la parole à l'auteur qui décrit mieux que nous cette « sélection » dans un court avant-propos. 

 

 

Evian

Evian, lieu du tournage du "Parfum d'Yvonne", l'adaptation cinématographique de Villa triste.

Renzo Giusti, CC BY-SA 2.0

 

 

« Alors, que puis-je dire au sujet de ces “romans” réunis pour la première fois ? Pas grand-chose. Ils forment un seul ouvrage et ils sont l'épine dorsale des autres (...). Je croyais les avoir écrits de manière discontinue, à coups d'oublis successifs, mais souvent les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases reviennent de l'un à l'autre, comme les motifs d'une tapisserie que l'on aurait tissée dans un demi-sommeil. »

 

D'aucuns disent que Modiano se répète, qu'il écrit toujours plus ou moins le même livre. On préfère y voir la subtile déclinaison, au fil des années, de quelques thèmes fondateurs. Des thèmes comme l'identité personnelle, la famille, le passé. Chaque livre est l'opportunité d'aller toujours un peu plus loin dans cet univers et cette ambiance inmitiables. À tel point, qu'on a vu naître l'adjectif « modianesque », utilisé pour parler d'un roman mystérieux et mélancolique. 

 

Dans leur ensemble, les romans présentés ici sont bien connus du public littéraire. Qu'il s'agisse de Villa triste, de Livret de famille ou Dans le café de la jeunesse perdue, tous ces livres ont marqué de nombreux lecteurs. Ce volume présente l'occasion de redécouvrir ces chefs-d'oeuvre de finesse et de sensibilité. De concision aussi : quelques phrases suffisent pour faire naître une émotion et une atmosphère.

 

Le tout agrémenté de photos et de quelques documents, qui donnent un autre aperçu de l'oeuvre, mais surtout de l'homme. En effet, Patrick Modiano fait partie de ces écrivains que leur discrétion honore. Les « photos de famille » présentées ici permettent de connaître un peu mieux la vie de cet écrivain à l'oeuvre si personnelle et à la vie si mystérieuse.

 

L'absence d'appareil critique une bonne chose. Ce volume est moins une muséification de l'oeuvre de Modiano  qu'un point d'étape d'une écriture bel et bien vivante. À la rentrée dernière, Modiano a sorti L'Herbe des nuits. À ranger en bonne place dans sa bibliothèque.

 

Romans, de Patrick Modiano, Gallimard, Quarto, 1088 pages, 23,50 euros.