Livres du lundi #7 : Tintin et la guerre des étoiles

Xavier S. Thomann - 10.06.2013

Tribune - Tintin - Jean-Marie Apostolidès - Star Wars


Aujourd'hui, on vous propose une BD pour rire et un livre pour réfléchir à la BD. Pour se détendre, on peut en effet jeter un oeil au nouveau volume de blagues de Thierry Vivien sur l'univers Star Wars. Et pour être un peu plus sérieux, on peut lire les essais de Jean-Marie Apostolidès sur Tintin. Au choix.

 

Les célèbres albums d'Hergé ne cessent de faire réfléchir les penseurs et les intellectuels en tout genre. Comment ce petit reporter a-t-il pu traverser les années, sans prendre une ride ou presque ? Dans sa Lettre à Hergé, Jean-Marie Apostolidès revient notamment sur cette question, et propose quelques réponses. Car le succès des aventures de Tintin n'est pas dû au hasard. 

 

Selon Apostolidès, et pour parodier la formule classique, le personnage d'Hergé réveille en chaque enfant l'adulte qui sommeille en lui. Il le dit très clairement dans la première partie de l'ouvrage, sa Lettre à Hergé, dans laquelle il s'adresse directement au papa de Tintin. « Le succès de votre petit reporter tient au fait que Tintin a facilité l'éclosion de l'adulte qui tourmentait chacun de vos lecteurs. » Ou encore : « Vous avez facilité la compréhension de l'adulte idéal que chacun de nous souhaitait devenir dans le futur ».

 

 

Fusée Tintin avec flash

 magic_quote, CC BY 2.0

 

 

Dans cette lettre, Apostolidès mélange hommage et regard critique lucide. La passion de l'auteur pour Tintin, l'importance que ces lectures ont eue pour lui sur un plan strictement personnel, ne l'empêchent pas d'analyser le phénomène Tintin de manière parfaitement raisonnée. 

 

Tintin immortel

 

Dans l'essai qui suit, intitulé « Trois Tintins », Apostolidès, qui n'en est pas à son premier ouvrage sur l'univers d'Hergé, revient sur les incarnations successives du personnage. Il début avec une évocation tout à fait claire et érudite du personnage qui a vraisemblablement été une grande source d'inspiration pour Hergé : Tintin-Lutin, personnage de la fin du 19e siècle qui est apparu dans les livres de Benjamin Rabier et Fred Isly. Hergé se défendait d'avoir été influencé par les dessins de Rabier, sauf pour les animaux dans Tintin au pays des Soviets

 

Apostolidès montre clairement l'étendue de l'influence de ce premier Tintin, sans rien retirer pour autant au génie d'Hergé. Il poursuit son étude en examinant les rapports entre Tintin et le réel, avec plusieurs pages fort instructives sur la stratégie mise en place dans les premiers temps de la publication pour faire croire aux lecteurs du Petit Vingtième que Tintin existait vraiment. 

 

Enfin, la dernière partie du livre est consacré au Tintin vu par la caméra de Speilberg. À cet égard, on appréciera l'analyse mesurée des films du réalisateur américain. Au lieu de jeter la pierre, comme l'ont fait certains, il montre habilement les enjeux de cette « rupture » fidèle entre cette incarnation récente de Tintin et celui d'Hergé. Car la thèse est bien celle d'une série d'incarnations successives : « Les Tintins se succèdent et ne se ressemblent pas, tout comme nous. Pourtant, chaque Tintin n'est qu'une variante d'un seul et même personnage ».

 

Les bonnes blagues de Dark Vador

 

Bref, des essais tout à fait pertinents, et qui plus est, parfaitement accessibles. Un style fluide au service d'une pensée claire. Mais si ces considérations sur le plus célèbre des petits reporters ne vous intéressent guère, vous pouvez toujours vous plonger dans la relecture, par Thierry Vivien, de l'univers Star Wars. 

 

Le mois dernier est sorti chez Jungle ! le deuxième tome de la Guerre du retour contre attaque. Sur près de deux cents pages, Vivien distille une interprétation très personnelle de l'univers et des héros de George Lucas. Chaque page est l'occasion d'une blague sur Dark Vador, Obi-Wan, Luke Skywalker et Cie. L'humour provient d'un décalage entre des personnages pas toujours très futés et des éléments de notre monde à nous. 

 

Par exemple : Luke visite une exposition de Malevitch et déclare à Obi-Wan : « Tu as vu ça ? Ils ont mis une carte de Hoth ». En fait, il regarde une toile blanche. On pourrait aussi mentionner Luke, Leia et Obi-Wan qui confondent une boîte de Lego avec les plans de l'Étoile Noire. Les jeux de mots sont toujours bien trouvés et l'humour noir est au rendez-vous. Une réussite. 

 

 

Lettre à Hergé, de Jean-Marie Apostolidès, Les Impressions Nouvelles, 176 pages, 15 euros.

 

Le Retour de la Guerre du retour contre attaque, Thierry Vivien, Jungle !, 192 pages, 15 euros.