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Livres numériques et indisponibles : de quelques idées (mal) reçues

Nicolas Gary - 20.04.2013

Tribune - oeuvres indisponibles - numérisation - registre ReLIRE


Dans la bataille ReLIRE, il y a les Contre, qui se font assez largement entendre, et il y a des Pour, que l'on a parfois du mal à trouver - et donc à entendre. Du moins, est-il compliqué d'avoir d'autres voix que celles des institutions impliquées, des syndicats engagés, etc. Mathias Lair Liaudet a pourtant pris son courage à deux mains, et sollicité ActuaLitté, « lassé des çonneries » que nous pouvons publier. « Ce n'est pas aider les auteurs ni les éditeurs que de laisser les seuls gueulards envahir vos écrans », nous explique-t-il. 

 

Ainsi, il nous a proposé un billet, que nous publions ici dans son intégralité, sous la forme d'une tribune. « Je l'ai écrit à mon titre personnel d'écrivain, et non pas au nom de quelque organisation que ce soit (comme ce fut le cas d'autres fois). Après tout, l'auteur est à lui seul une personne morale, au même titre qu'un éditeur ! »

 

 

Livres numériques et indisponibles : de quelques idées (mal) reçues

 

Étonnant de voir comme de jeunes éditeurs comme ActuSF, Mnémos, Les Moutons électriques (cités par Actualitté) attrapent vite la mentalité du propriétaire : rappelons qu'un éditeur ne « possède » pas les œuvres, comme ils semblent l'entendre. Ils ne font qu'en détenir les droits d'exploitation, trop souvent pour une durée de 70 ans après la mort de l'auteur.

 

Par ailleurs, les éditeurs ne détiennent généralement pas les droits numériques sur les œuvres antérieures à 2000, sauf à avoir fait récemment signer un avenant à leurs auteurs  

 

Rappelons également que l'étrange catégorie de ces livres qui ne sont ni morts ni vivants mais indisponibles est le produit d'une double faute :

  • le manquement des éditeurs qui, contrairement à leur engagement contractuel, n'exploitent plus l'œuvre ;
  • l'insouciance des auteurs qui n'ont pas récupéré leurs droits sur leurs œuvres en déshérence. 

C'est dire qu'un éditeur qui fait son boulot, c'est-à-dire qui commercialise une œuvre jusqu'à ce qu'elle tombe dans le domaine public ne s'en voit jamais « dépossédé »… mais quel est l'éditeur qui respecte entièrement cet engagement contractuel d'exploitation qu'il défend pourtant becs et ongles ? Aucun ! 

Comment, dès lors l'éditeur peut-il clamer des « exigences » à propos d'un catalogue qu'il a délaissé au mépris des lois, en l'occurrence, de celle du CPI  (Code de la propriété intellectuelle) ?   

 

Donc : il aurait suffi que les éditeurs aient été honnêtes, c'est-à-dire qu'ils aient honoré leurs engagements contractuels, pour qu'il n'y ait pas de livres indisponibles ! 

 

Ce à quoi l'accord SNE/CPE sur le livre numérique du 20 mars 2013 (qui fera l'objet d'une modification du CPI à la fin de l'année) va les contraindre : 

  • en cas de non exploitation numérique l'auteur peut reprendre automatiquement ses droits, après simple mise en demeure ;
  • en cas de non remise de la reddition des comptes par l'éditeur, et cela concerne le papier comme le numérique, l'auteur peut reprendre ses droits, là aussi sur simple mise en demeure. Il n'est plus besoin à l'auteur de démontrer que l'éditeur n'exploite plus son œuvre, ce qui était difficile. 

… Si l'auteur ne le fait pas, il ne pourra s'en prendre qu'à lui-même !

 

Mathias Lair Liaudet

Ces jeunes éditeurs (ActuSF, Mnémos, Les Moutons électriques, donc) ont vite appris la chanson du « dialogue entre éditeurs et auteurs » : qu'on ne nous dérange pas, disent-ils, nous faisons ensemble un si beau pas de deux… si bien que les négociations sur le numérique duraient depuis quatre ans… et dureraient encore si l'État n'était pas intervenu.

 

Pour une fois l'État a répondu à l'appel des auteurs : il a protégé le faible contre le fort, comme c'est son devoir régalien : est-ce cela qui gêne ? 

 

Il me semblait nécessaire de relever ces quelques çonneries parmi d'autres – qui sonnent le faux au nom d'une liberté qui se révèle néo-libérale plutôt que républicaine. Un dernier exemple : on peut lire sur l'écran d'Actualitté ce propos de Baptiste Marcel, secrétaire du Parti Pirate : « Se réveiller un matin, aller sur internet, voir un éditeur avec qui on a coupé les ponts depuis 30 ans faire de la pub pour votre livre, et apprendre qu'on ne peut rien y faire »

 

Comment peut-on publier de telles fausses vérités sans les mettre au moins en perspective ? Car si l'auteur a coupé les ponts, c'est-à-dire s'il a pris la peine de récupérer ses droits, une telle chose est impossible. Et il peut « y faire » : il lui suffit de déclarer sur l'honneur qu'il est auteur de son livre et d'accompagner sa demande de la copie de sa carte d'identité pour voir son œuvre retirée de la liste des livres indisponibles à numériser.

 

Quelle oppressante bureaucratie, n'est-ce pas ?    

 

Mathias Lair Liaudet, écrivain

 

 

Mathias Lair Liaudet est écrivain. C'est en son nom propre qu'il publie cette tribune, mais afin que les lecteurs de ActuaLitté puisse comprendre d'où vient sa voix, nous publions cette brève biographie :

  • Publie nouvelles et poèmes sous le nom de Mathias Lair : dernièrement, Oublis d'Ebloui (Ed. L'échappée belle), Enfin  (Ed. Gros textes)
  • Publie des essais sous le nom de J.-Cl. Liaudet : récemment, Telle homme quelle mère ? (Ed L'Archipel), La névrose française (Ed. Odile Jacob), Paroles de fragilité (Ed. Albin Michel) 
  • Anciennement secrétaire de l'Union des Écrivains, Mathias Lair Liaudet est actuellement administrateur du MOTif et de la SGDL, et président du Conseil de gestion des artistes auteurs de l'AFDAS (fonds de formation continue). Il est également secrétaire général de l'Union des poètes & Cie. 
  • A participé un temps aux négociations avec le SNE sur le numérique, au titre de représentant du Conseil permanent des écrivains

 




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