M. Bondoux : “Apprenez à respecter les auteur.e.s de bande dessinée”

La rédaction - 04.04.2016

Tribune - FIBD Angoulême - auteure lettre ouverte - Franck Bondoux


Marie Gloris Bardiaux-Vaïente fait partie des auteur.e.s qui ont lu avec attention l'interview publiée la semaine passée : le responsable de 9e Art +, Franck Bondoux revenait largement sur l'édition 2016, une fois encore frappée par un grand nombre de polémiques. Cette année, les tensions ont été particulièrement fortes : les éditeurs de bande dessinée du SNE et du SEA ont interpellé la ministre de la Culture, pour obtenir qu'un médiateur soit nommé. Ce dernier doit arriver à concilier les parties – les organisateurs d'un côté, les éditeurs de l'autre, qui ont menacé de boycotter la prochaine édition.

 

Angoulême FIBD

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

 

— Lettre ouverte à Franck Bondoux –

 

Monsieur,

 

Je vous écris aujourd’hui en mon nom propre afin d’avoir des éclaircissements, suite à vos propos dans l’interview que vous avez donnée au site ActuaBD.

 

Je vous cite :

 

« Je vous invite à parler avec tous les spécialistes de la bande dessinée. Ce que je vois, moi, aujourd’hui, c’est que les auteures ont utilisé cet événement, cette erreur, cet incident, pour parler d’elles. »

 

Comprenez que, suite à la polémique de la dernière édition du FIBD, je suis très étonnée de constater que 2 mois plus tard vous reveniez ainsi, avec morgue et mépris, sur l’existence des autrices.


Sachez que le mois de janvier fut probablement très chahuté pour vous, mais qu’il en fut de même depuis ma « petite place » de créatrice.


En effet, suite à votre sélection pour le Grand prix, j’ai été très occupée à répondre (je n’étais pas la seule, loin de là, mais comme précisé je vous écris ce jour en mon nom propre, et sous ma seule et unique responsabilité), à m’expliquer, à redire encore et encore pourquoi ne pas avoir sélectionné une seule femme dans un prix international était une négation totale de notre existence.


Vous avez botté en touche à de multiples reprises.
 

Je vous fais grâce du résumé.

 

Le FIBD passa donc, avec ses couacs nombreux (vous ne pourrez me dire le contraire), et aujourd’hui, vous revenez à la charge, comme si cela devenait pour vous une distraction que de vous mettre une profession entière à dos.
 

Sachez que je n’ai rien de personnel contre vous. Il y a quelques mois encore votre existence m’était inconnue.
 

Toutefois, je vous trouve extrêmement malhonnête de pouvoir dire que nous, femmes créatrices de bande dessinée avons UTILISÉ cette énorme bourde (je préfère passer sur le terme « incident », fortement déplaisant : le jour où l’on vous rayera d’un trait de crayon, vous et l’ensemble de votre sexe, vous ne trouverez sans doute pas qu’il s’agisse d’un incident, mais bien d’un mal plus profond…) pour faire parler de nous.


Avez-vous conscience une seule seconde de l’énergie que nous, femmes auteures, avons dû déployer pour expliquer en quoi cette liste était injustifiable ? Avez-vous songé un seul instant aux nombreuses journées de travail, passées à répondre aux uns et aux autres, perdues pour notre Art ?


Pensez-vous réellement qu’il s’agissait d’une partie de plaisir ?

 

Eh bien non, Monsieur, sachez-le, je n’ai pas rigolé pendant toutes ces journées.
 

Mes consœurs non plus.
 

Et nous nous serions bien passées de « faire parler de nous » dans de telles conditions.

 

Apprenez à respecter les auteur.e.s de bande dessinée, l’ensemble de ses acteurs et actrices, et cessez de vous glorifier de vos petites mesquineries. Nous ne vous devons rien.
 

La bande dessinée n’a pas attendu Franck Bondoux pour exister, et elle n’a pas besoin de Franck Bondoux pour perdurer.

 

Salutations,

 

Marie Gloris Bardiaux-Vaïente

 

- Lettre ouverte à Franck Bondoux –Monsieur,Je vous écris aujourd’hui en mon nom propre afin d’avoir des é...

Posté par Marie Gloris Bardiaux Vaïente sur samedi 2 avril 2016

 

 

 

Rappelons que, voilà quinze jours, le maire d’Angoulême, Xavier Bonnefont, a clairement exprimé sa position : « Le festival de la BD ne me convient plus. Comme il ne convient plus aux Angoumoisins. »

 

Audrey Azoulay a par ailleurs nommé un médiateur, Jacques Renard, diplômé de l'ENA et qui a travaillé dans l’administration culturelle au cours de sa carrière (cabinet de Jack Lang entre 1988 et 1992, direction de la BnF, présidence de Centre des monuments nationaux et direction du Centre national de la cnahson des variétés et du jazz).