Marches et déambulations sur le littoral charentais

Editions La Différence - 05.06.2014

Tribune - Charente Maritime - départements - écritures


En Charente-Maritime, coexistent deux départements.

La Charente serpente à travers des près, des peupliers, des églises romanes. Le Maritime ouvre à des horizons où la mer et la terre se rejoignent et se fondent dans les mêmes tremblements de l'air et du ciel.

La Charente abrite des maisons où il fait bon vivre l'hiver, à la veillée, au coin du feu, entouré de vieux amis conteurs. Le Maritime est offert à de vastes étendues d'herbes rares, de canaux que la marée réveille, de routes blondes de sable ou blanches de soleil. Des chemins de solitaires.

Claude Margat et « l'homme qui marchait (avec lui) » sont des solitaires qui savent, chacun d'eux, écouter la solitude de l'autre. 

Lisez ce livre et vous écouterez rêver, ensemble, côte à côte, dans l'intimité de leurs découvertes partagées, ces deux solitudes.

 

Pourquoi j'ai écrit « L'homme qui marchait avec moi »

 

L'homme qui m'a accompagné pendant une quarantaine d'années dans mes déambulations sans limite à travers les vastes espaces  du littoral charentais  jouissait de mon point de vue de qualités exceptionnelles. Il possédait une vaste culture, un grand discernement et une lucidité rayonnante. Il fut, tout au long de ces années, mon principal ami, celui avec lequel j'ai partagé mes convictions les plus intimes et mes découvertes les plus essentielles dans la pratique de la voie. Au moment de définir cette amitié, je pourrais reprendre à mon compte la célèbre formule de Montaigne évoquant sa relation avec La Boétie : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi », mais en  réalité, il me semble rétrospectivement que notre relation dépassait largement le cercle circonstanciel de notre propre histoire. 

 

Dans les moments de grande solitude qui émaillaient nos parcours de refus, je me souviens qu'il faisait souvent référence à un déterminisme dont les effets renvoyaient comme par écho à une période de l'histoire humaine bien antérieure à nos deux vies. Il m'a souvent dit qu'il aurait aimé savoir combien d'individus de notre espèce poursuivaient aujourd'hui encore la quête du Mystère à travers une pratique de la déambulation sans projet particulier. Peu assurément, car même en Chine où la tradition des lettrés errants possède encore une présence certaine, les traces de cette posture grâce à laquelle  l'homme préservait une connivence nécessaire au maintien de son identité  cosmique sont devenues imperceptibles.   Lorsque nous évoquions la réalité de ce fait rare s'effectuait naturellement un retour vers les valeurs essentielles  de la vie : le  respect  d'autrui et des  différences en tant qu'expressions abouties  de l'intentionnalité cosmique. 

 


Claude Margat

 

 

Ni religieux ni agnostiques, nous recherchions ensemble les valeurs  par lesquelles il nous semblait possible de vivre autrement que sous le joug des règles stupides et inefficaces qui ont fini par conduire l'humanité toute entière dans les sables mouvants où elle se trouve pathétiquement enlisée aujourd'hui. Nous partagions la conviction que rien ne pouvait s'établir de solide qui n'eût été préalablement forgé à partir des matériaux du passé. Nous placions ainsi la Culture bien au-dessus de préoccupations économiques et politiques. 

 

La disparition précoce de ce remarquable ami m'a contraint à assumer seul le reste du parcours et je me sens désormais comme un homme privé de la moitié de la lumière à laquelle il s'était habitué. Il m'aura fallu une bonne dizaine d'années avant d'achever le travail de deuil nécessaire en pareilles circonstances. 

 

La première forme de ce travail s'est condensée en un poème intitulé « Epitaphe à Jean-Michel Loustaunou » publié dans la collection « Le vent refuse » que dirige mon amie auteure Jacqueline Merville, travail qui vient enfin de trouver son aboutissement chez mon principal éditeur grâce au regard attentif et bienveillant de Colette Lambrichs que je remercie très vivement. 

 

Si à l'issue de ce travail de mémoire et d'écriture je devais formuler un souhait, ce serait que ce livre agisse comme une incitation à déserter le territoire des vaines agitations qui conduisent sans aucune contrepartie à la désertion de soi-même et du monde.

 

          Claude Margat