Marseille : le défi 2013, au détriment du Centre de Poésie

Clément Solym - 08.03.2011

Tribune - marseille - gaudin - poesie


À l’heure même où le « coup d’envoi » de l’année capitale était donné par l’ensemble des collectivités territoriales, réunies avec enthousiasme autour du projet porté par Monsieur Bernard Latarjet lors de la conférence de presse du 24 février dernier, nous apprenions que la subvention octroyée par la Ville au Centre international de poésie Marseille [cipM] serait amputée en 2011 de 30.000 euros. (notre actualitté)

Nous sommes stupéfaits et outrés qu’une telle décision — dont la motivation n’a pas été donnée à ce jour — soit prise au moment même où il est demandé aux structures culturelles de la Ville de se mettre « en ordre de marche » pour relever le défi 2013, faisant fi des engagements pris solennellement par l’ensemble des collectivités - dont la Ville - de maintenir, à minima, les budgets de fonctionnement de nos structures.


Nous en appelons à votre responsabilité, Monsieur le Sénateur Maire, ainsi qu’à celle de nos élus à la Ville de Marseille, pour revenir sur cette décision qui, non seulement hypothèque ses projets engagés pour 2013, mais de plus, mettrait en péril le fonctionnement et les activités d’une structure qui, depuis plus de vingt ans, oeuvre à la promotion de la poésie contemporaine, aux plans local, national et international —notamment à travers des coopérations et des échanges fructueux et continus avec les pays du pourtour méditerranéen.

Nous rappelons ici que le cipM, c’est, chaque année :
  • Une soirée hebdomadaire de lectures données par des auteurs
  • La publication de 12 cahiers consacrés à ces auteurs invités
  • La publication de deux numéros d'une revue critique de poésie de plus de 300 pages
  • La publication d'ouvrages bilingues présentant les textes d’auteurs étrangers et français, résultant d'ateliers de traduction collective ; avec notamment des poètes de la Méditerranée [Syrie, Liban, Maroc, Algérie, Egypte, Palestine, Catalogne…]
  • La publication de livres
  • Une dizaine d’expositions
  • Un colloque
  • Quatre résidences d’auteurs, de plusieurs mois chacune ; dont deux résidences organisées au Maroc et au Liban.
  • Des stages et des ateliers de lecture et d’écriture pour les jeunes publics
  • Des événements co-produits avec de nombreux partenaires culturels du territoire
  • Un site internet ressource ...
De plus, le cipM a constitué une bibliothèque, dont le fonds — ouvert gracieusement au public — est riche de plus de 50.000 livres, revues, documents sonores et vidéographiques, dont la rareté et la diversité en font un centre de ressources unique en France [nous en voulons pour exemple la donation par Jacques Roubaud de sa bibliothèque américaine]. Le cipM est aujourd'hui en pourparlers avec la Bibliothèque Nationale de France pour en devenir un pôle associé dans le domaine de la poésie.

Son équipe est constituée de 7 permanents [6 équivalents temps plein], ce qui représente un minimum pour mener à bien toutes ces missions.

Par ce courrier, nous venons exprimer notre solidarité inconditionnelle à l’égard d’une structure dont le travail mené sur ce territoire est vital pour les auteurs, artistes, revues, éditeurs, et essentiel pour les publics de la poésie contemporaine ainsi que pour ses partenaires culturels, d’ici et d’ailleurs.

Une partie de la programmation 2011 du cipM est déjà annulée — notamment les rencontres Poésie & Rock qui devaient se tenir en mars, en partenariat avec le GRIM, sur plusieurs lieux de rencontres et de concerts [cipM, Bibliothèque de L'Alcazar, L'Enthropy, La Machine à Coudre, L'Embobineuse…].

Ces annulations seront accompagnées de licenciements si cette baisse annoncée n'est pas corrigée.

Nous exprimons donc notre détermination à combattre une décision que nous jugeons dangereuse pour l’avenir de la création contemporaine à Marseille, dont la poésie est l’une des composantes fondamentales.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Sénateur Maire, à l’assurance de nos sentiments respectueux,

Fait à Marseille, le 8 mars 2011

Voir la pétition