Milo Manara, l'homme aux femmes parfaites

Florent D. - 18.06.2014

Tribune - Milo Manara - érotisme galerie - retrospective exposition


L'auteur italien fera, après sa mort, l'objet d'un culte, dans lequel on retrouvera les adorateurs de la BD noir et blanc, des adorateurs de l'érotisme parfois le plus cru, et d'autres, peut-être simples curieux, séduits par l'audace du style, et l'impudique forme des courbes. Milo Manara, indissociablement lié à l'érotisme dans le monde de la bande dessinée, est né en septembre 1945, à Luson, et à compter du 20 juin, et jusqu'au 6 septembre, une grande rétrospective est organisée à la galerie Huberty Breyne.

 

Dessins originaux, planches qui ne le sont pas moins, c'est un parcours de 40 années de carrière dans le phylactère que retracera l'exposition. Ce sera également l'occasion de découvrir quelques-unes des planches de Le Caravage, un nouveau titre qui sortira chez Glénat imminement sous peu.

 

Les femmes, elles sont au coeur de l'oeuvre de Manara. Sublimée, dénudée, pervertie, trompée, trahie, mais éternellement idéalisée. Toujours ces personnages aux cambrures insolentes et aux silhouettes de rêve, plastiques impeccables pour des univers invraisemblables. Une forme de perfection que l'on imaginerait italienne, bien évidemment, mais qui balaye aussi tous les portraits féminins, et tous les caractères. « Tour à tour femmes fatales, sensibles, insolentes, ou aguicheuses, ses héroïnes brillent d'élégance et de sensualité », explique la galerie. 

 

 

 

Des premiers coups de crayon à la fin des années 60 au succès international du Déclic, Manara est passé maître dans l'art de sublimer le corps et l'âme féminine. D'abord assis- tant du sculpteur Berrocal, Milo Manara entame sa carrière de dessinateur pour payer ses études d'architecture.

C'est Barbarella, l'héroïne de Jean-Claude Forest inspirée par Bri- gitte Bardot, qui lui donnera le goût de l'érotisme. Il débute en 1969 en publiant Génius, bientôt suivi d'une adaptation du Décaméron (1974) de Boccace, du Singe (1976), et de plusieurs épisodes de l'Histoire de France et de La décou- verte de monde en Bande Dessinée. Mais c'est avec le suc- cès immédiat des séries Les Aventures de Giuseppe Bergman (1978) et Le Déclic (1984) que l'œuvre de Manara prend une nouvelle direction et propulse l'auteur au rang de maitre de l'érotisme.

Débute alors une carrière prolifique qui évoluera au gré de ses rencontres. Dans les années 80, il collabore avec Federico Fellini pour la mise en image de Voyage à Tu- lum (1984) puis signe avec son ami Hugo Pratt Un été indien (1987) et El Gaucho (1995).

 

Quelles qu'elles soient, les femmes sont avant tout des moteurs, des catalyseurs, qui véhiculent une énergie, une puissance de séduction dont l'homme ne peut détacher les yeux. Une forme de super pouvoir, presque, qui allait jusqu'aux travaux réalisés avec Marvel, pour l'album X-Women, en 2011. Et depuis 2013 , il aura signé une douzaine de couvertures. Et l'on verra, à la galerie, dix aquarelles des grands formats qui ont servi aux pour Marvel, justement. 

 

 

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Milo Manara

Lo Spazio Bianco - Nel cuore del fumetto!, CC BY NC SA 2.0, sur Flickr

 

 

« Il y a une sacralité dans la séduction et dans l'érotisme. Une sacralité presque religieuse ! Pour moi, l'érotisme est une religion ! Ce n'est pas un hasard si, dans la Grèce antique, Eros était un dieu ! », expliquait l'artiste, dans un entretien à Marie-Madeleine Rigopoulos. C'était en 2009, et rien n'a changé depuis. Rien, sinon le fait que pour amoureux inconditionnel du corps féminin, Manara s'est également lancé dans plusieurs expérimentations. Elles sont historiques, aux relents baroques, et toujours feutrées d'une sensualité en plein éveil… 

Après avoir mis en dessin le récit de la famille Borgia, Milo Manara s'attaque à une autre figure emblématique du Cinquecento, celle du Caravage. Manara choisit le personnage d'Anna Bianchini, jeune courtisane ayant servi de modèle au peintre, pour conter la vie fantasque de ce trublion de l'art. En prenant une prostituée pour donner un visage religieux à quatre de ses plus grands chefs d'œuvre dont la Mort de Vierge, Madeleine Repentante ou encore Le Repos Pendant La Fuite En Egypte, Le Caravage déchaine la critique et les foudres de l'Eglise.

A l'instar de Lucrèce Borgia qui tenait « le sort de Rome entre ses cuisses », Manara exprime à nouveau sa fascination pour les femmes et l'influence qu'elles exercent. Une sélection de planches extraites du premier tome de ce dytique sera à découvrir en avant-première au cours de l'exposition.

 

Il y a, chez Milo, des influences que l'on ne soupçonnera jamais, au premier regard. Des artistes qui ont pesé de tout leur poids, sur le dessinateur et scénariste. Bien entendu, de noms évocateurs et puissants proviennent d'Italie, comme Léonard de Vinci auquel Manara empruntera l'esthétique de courbes parfaites. Il livre, dans un dessin, une interprétation de L'Homme de Vitruve dans lequel il place la femme «au centre de l'Univers». A travers une grande aquarelle, il revisite La Liberté Guidant le Peuple en clin d'œil à Delacroix. Seront également présentées, les lavis d'une série illustrant les douze signes du zodiaque.

 

Et puis, Le Caravage, bien entendu, peintre italien né en septembre 1571 - le 29, Manara est né le 12. Le premier, placé sous le signe de la Balance, le second, sous celui de la Vierge : parlerait-on de hasard ?  

 

En complément de cette rétrospective, la galerie consacre également un espace à Alain Declerq, qui livre un Tribute to Manara : six oeuvres en hommage à celui avec qui il travailla, en 2013, pour un diptyque. « A cette occasion, Alain Declercq passe au crible les héroïnes du Maestro italien. Sur la toile, il esquisse à coup de balles de revolver les courbes gracieuses des femmes créées par le précurseur de l'érotisme chic », assure la galerie.