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Mon cher Oscar, "Une naissance, ça n'arrive qu'une seule fois"

- 17.11.2012

Tribune - Lettres du Mont Moulin - correspondance - lettre à un mai


Elles sont grinçantes ou douces, elles nous parlent de nous, de notre société, c'est la rubrique estivale de ActuaLitté : les Lettres du Mont Moulin... Et pour votre plus grand plaisir, Les Lettres se prolongent à la rentrée !

 

 

Mon Cher Oscar,

 

Une naissance, ça n'arrive qu'une seule fois. Après, vous ne rencontrerez très épisodiquement que des renaissances, mais ces témoignages d'un renouveau à la vie ne révèlent plus jamais la même respiration. Il leur manque toujours ce quelque chose d'indéfinissable qui fait que votre arrivée est célébrée par vos parents (ces personnes qui savent déjà qu'elles vous sont très proches avant même que vous n'ayez pu le découvrir), mais aussi se glorifiera chaque année : c'est ce que l'on appelle les anniversaires.

 

Alors, cette lettre qui accompagne une salopette bleue (c'était une idée de la vendeuse, mais sans doute fuyez-vous pour l'instant la mécanique salissante que j'associe naturellement à ce vêtement de travail ?) est un peu la première bouteille à la mer que vous recevrez d'un inconnu.

 

Philomène, qui s'attache à élargir le cercle de ses nombreux admirateurs, a vu à cette occasion le parti qu'elle pourrait retirer plus tard de faire votre connaissance, car le meilleur clientélisme est celui que l'on pratique au quotidien. Pourtant, cette idée de vous écrire lui est apparue loufoque.

 

Elle a bougonné quelque chose comme « de toute manière il sera bien incapable de te lire avant plusieurs années » et encore « pour te comprendre, il va falloir attendre qu'il ait achevé sa thèse de doctorat et tu seras alors très certainement sénile ».

 

 

 

 

 

Ceci n'est qu'un mauvais procès qu'elle me fait et je sais bien que je n'ai aucun courrier à attendre de votre part, sans doute une certaine réticence, voisine de la pudeur, que vous manifesterez à répondre à un inconnu, ce que les écrivains désignent par retenue de style et que je saisis parfaitement. Nous attendrons donc le moment d'être présentés.

 

Pour l'instant, au sortir de ces quelques mois passés dans un climat chaud et singulièrement humide, vous devez conserver une certaine méfiance quant aux facéties de votre entourage. Méfiez-vous tout particulièrement de cet escogriffe qui va vous tripoter vigoureusement dans tous les sens à l'occasion de

sorties régulières et, devant lequel vos parents adoptent volontiers un ton humble et reconnaissant.

 

Il s'appelle le pédiatre. Retenez bien ce nom.

 

J'arrête ici mes bavardages, car je vous sens impatient de reprendre le cours de vos digestions lactées.

 

Je vous souhaite une belle existence, Oscar, vous la mériterez par l'affection que l'on vous portera et par les bonheurs que vous susciterez.

 

Bien à vous