Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Monsieur l'exhibitionniste, "l'absence de maquillage nuit à vos bas morceaux"

Clément Solym - 13.10.2012

Tribune - Lettres - Mont Moulin - exhibitionniste


Elles sont grinçantes ou douces, elles nous parlent de nous, de notre société, c'est la rubrique estivale de ActuaLitté : les Lettres du Mont Moulin... Et pour votre plus grand plaisir, Les Lettres se prolongent à la rentrée !

 

 

Monsieur l'exhibitionniste,

 

Je suis la maman de la petite Julie, à laquelle vous montrez vos parties génitales depuis bientôt quatre ans, à la sortie du collège Saint-Michel de Picpus. Je sais que notre quartier est relativement paisible et manque souvent d'animation, mais ce n'est pas un motif suffisant pour vouloir pimenter notre quotidien par des expositions d'une chair aussi triste que flasque.

 

Nous avons encore notre libre arbitre dans le choix de la culture que nous souhaitons donner à nos enfants et, à tout prendre, nous préférons encore les singes en rut du zoo de Vincennes. Leur vivacité dans le passage à l'acte est l'exemple d'une sexualité saine quoique légèrement brutale. Ces quelques images animalières du coït nous permettent ainsi d'expliquer à nos jeunes filles que la grande différence entre l'homme et la bête réside dans l'amour courtois qu'elles apprécieront à l'âge adulte, les femmes restant encore attachées à la qualité des préliminaires.

 

Avec une constance d'idiot, vous reproduisez – bien que le terme ne soit pas choisi en la circonstance – les mêmes démonstrations d'un imperméable relevé pendant quelques secondes sur votre bazar flaccide et tremblotant, la braguette très largement ouverte, tel Guignol guettant Gnafron derrière des rideaux. Je m'attends toujours que l'hiver vous punisse, ratatinant un peu plus cette virilité déchue. Mais voilà qu'avec le printemps, tous les espoirs vous semblent à nouveau permis, allant jusqu'à remplacer vos pantalons par des caleçons en tissu liberty aux motifs floraux, sous un trench-coat à la doublure écossaise.

 

Le contraste de ce décor vivement coloré avec l'exposition de vos chairs flasques ne peut que troubler les esprits les plus purs, car vous avez entendu ajouter à l'horreur une évidente dissonance de goût.

 

Avec le temps, les choses se sont dégradées, pas seulement vers le bas de votre personne, mais aussi dans votre acuité visuelle, en interpellant maintenant des jeunes garçons qui avaient été jusqu'alors épargnés. En modifiant votre terrain de chasse, vous traumatisez ces futurs petits mâles, car ils doutent de pouvoir accéder un jour à une virilité triomphante devant ces incitations permanentes à la débâcle.

Après quelques filatures discrètes, j'ai pu trouver votre adresse et Madame DA SILVA, votre jeune et jolie gardienne d'immeuble, m'a bien confirmé vos turpitudes.

 

Je connais tout de vos premiers essais devant les jardinières de sa loge et de vos autres tentatives au premier sous-sol devant les poubelles réservées au tri sélectif. Après avoir été prié de faire vos saletés ailleurs, vos déplacements sont devenus essentiellement scolaires, un parcours du tendre en quelque sorte, glissant de l'école maternelle au collège avec l'aisance d'un inspecteur d'académie en visite de la carte scolaire de sa région.

 

Je dispose maintenant de votre nom, d'une belle série de photos et d'une vidéo d'assez bonne qualité où vous exprimez pleinement la découverte de votre intimité. Alors qu'il existe une véritable audience pour des professionnels de l'outrage public à la pudeur, ces images démontrent qu'avec le temps votre spectacle ne peut espérer recevoir aucune subvention, votre amateurisme vous condamnant à une certaine forme de mendicité. Au-delà de la mise en scène navrante sur un dénouement auquel tout le monde s'attend, je formulerai également une critique sur l'absence de maquillage de vos bas morceaux qui auraient pu y gagner quelque éclat, à défaut d'intelligence du jeu.

 

Le montage audio-visuel que j'ai pu faire de ces images, sur un fond sirupeux de musique hawaïenne à en donner la nausée, ne dissimule ni votre nom, ni votre adresse, ni même votre numéro de téléphone, ni encore les coordonnées de votre employeur, de sorte que si vous ne cessiez immédiatement vos lamentables agissements, vous serez aisément reconnaissable sur «You Trouble», dès mercredi prochain. J'avais songé à emprunter à Jacques BREL, « ce plat pays qui est le mien», mais la formule ne me semblait pas assez corrosive en la circonstance. Aussi, je vous laisse le soin d'en deviner le titre.

 

Enfin, votre perversité dépasse le simple domaine du sexe. Protégé par un feutre à larges bords que vous inclinez sur le côté droit, vous laissez malgré tout entrevoir de votre visage des yeux petits et enfoncés, une bouche molle surmontée d'un nez rosâtre interminable, comme un appendice génital venu d'un autre monde.

 

Avec la tête impudique que vous avez, Monsieur, ce n'est plus un chapeau qu'il vous faut, c'est un string.

 

Signé : La maman de Julie