Non aux livres numérisés. Oui à la création numérique !

Clément Solym - 22.04.2010

Tribune - manga - numerique - oeuvres


Si l’on examine l’offre de bandes dessinées disponible depuis son ouverture sur l’App Store, le magasin d’applications pour iPhone et iPod Touch d’Apple, ou bien encore sur le net en général, l’on est contraint d’établir un bien triste constat.

Les diffuseurs se contentent de proposer des copies de livres déjà disponibles en version papier, numérisés pour l’occasion, et tentent de faire croire aux lecteurs que la révolution numérique est en marche alors qu’elle n’en est qu’à ses balbutiements.

Les ouvrages sont souvent présentés tels qu’ils sont commercialisés en librairie et sont en général peu adaptés à une lecture mobile. Tout au plus, un diaporama permet de naviguer de case en case plus ou moins aisément, évitant ainsi au lecteur de zoomer sur les pages résolument trop grandes pour être lues sur de petits écrans.


Difficile alors de s’étonner que le lectorat n’ait pas le sentiment d’acquérir une véritable oeuvre numérique, mais plutôt d’acheter une énième version de la énième vie d’une bande dessinée.

L’offre numérisée est aujourd’hui seule face à bien peu de projets pensés pour le numérique et intégralement conçus comme tels. Et le bilan est le même partout dans le monde. Le manga n’échappe pas à la règle. Au Japon, la lecture sur téléphone portable s’est démocratisée, mais ne donne pas naissance à des projets numériques d’envergure.

On assiste encore une fois à une procédure de numérisation plus ou moins confortable en fonction de la taille des écrans, qui n’apporte pas le plaisir de lecture que l’on peut retrouver en lisant un manga dans sa version papier.

Car si l’offre en matière d’ouvrages numérisés grandit, le confort de lecture décroît. Et si la numérisation en masse pose la question du confort de lecture, elle est la cause de conséquences plus dommageables encore. À force de diffusion en masse d’ouvrages papier sur tous les supports numériques possibles, la création numérique n’en est que plus limitée.

Ne nous trompons pas, il est nécessaire d’opérer une distinction nette entre ouvrage numérisé et oeuvre numérique. La dématérialisation ne répond à aucun processus créatif et conduit même le lecteur à opérer une comparaison quasi systématique entre l’ouvrage d’origine et sa version scannée. Et l’exercice conduit généralement à une dévalorisation du numérisé.

Le lectorat est induit en erreur. Une bande dessinée, un manga, numérisés, n’ont de numérique que le support qui les accueille. C’est dans cette lutte terminologique que réside le véritable combat que doivent mener les éditeurs numériques. Un éditeur numérique - qui ne doit pas être confondu avec un diffuseur de contenus numérisés - n’a pas pour but de faire disparaître le papier.

En tant qu’éditeur numérique, nous éprouvons toujours autant de plaisir à feuilleter un manga papier, mais nous apprécions également les nouvelles technologies et aimons utiliser nos écrans mobiles comme supports de lecture. Notre but n’est autre que de montrer que ces extraordinaires nouveaux supports peuvent cohabiter avec le papier, tout en proposant des contenus originaux, inédits, et surtout adaptés.


La diffusion d’un contenu qui n’est pas à l’origine pensée pour une lecture sur écran n’a pas lieu d’être. Tenter de miniaturiser une page dans un iPhone par exemple, entre en totale contradiction avec le mode de conception et de narration de l’oeuvre à l’origine.

Si l’on examine la mise en scène d’un manga papier, on s’aperçoit qu’elle répond à une conception graphique qui englobe la page dans son entier. Si le découpage de la narration se fait case par case, c’est l’ensemble de la composition graphique que l’oeil du lecteur regarde en premier.

Pour créer et proposer des oeuvres adaptées aux nouveaux supports de lecture que sont, entre autres, l’iPhone ou encore l’iPod Touch, auteurs et éditeurs numériques doivent s’affranchir de toute référence à la page. De nombreux créateurs, auteurs et scénaristes ont adopté ces nouvelles bases de conception. Certains dessinateurs ne jurent plus que par la palette graphique et travaillent même directement sur ordinateur.

Pour ces auteurs qui ont l’envie d’offrir aux lecteurs un autre type de bandes dessinées, nous devons oublier les livres numérisés, inadaptés à une lecture sur mobile, et favoriser la création numérique.

Notre rôle d’éditeur numérique n’est pas de proposer des ouvrages numérisés, mais d’ouvrir la technologie de ces nouveaux supports de lecture aux auteurs, suivre des initiatives créatrices, porter des projets, proposer des outils de lecture qui mettront en valeur les contenus et offrir aux lecteurs une véritable expérience numérique.

Une expérience numérique qui ne trouvera pas son pendant dans l’édition papier, et qui sans la supplanter, ne contribuera qu’à l’enrichir plus encore.

Source Mangako



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