Non-respect du Code du Travail : Amazon doit rembourser les Français

La rédaction - 18.05.2015

Tribune - Amazon - Code du travail sécurité - subventions région Bourgo


Ce lundi 18 mai, le journal L'Humanité a révélé des pratiques plutôt inquiétantes en matière de sécurité dans l'un des entrepôts de la firme Amazon sur le territoire français. Le journaliste Jean-Baptiste Malet, auteur du livre En Amazonie. Infiltré dans le « meilleur des mondes », met en avant, entre autres, une fausse déclaration à la Sécurité sociale, pour dissimuler les chiffres des accidents du travail... Il cosigne dans nos colonnes une tribune avec Renny Aupetit, libraire (Le Comptoir des Mots) et directeur associé de lalibrairie.com.

 

 

La multinationale Amazon, numéro un mondial du e-commerce, a perçu plusieurs millions d'euros d'aides publiques depuis son arrivée en France en 1999. Ses entrepôts logistiques, où la main d'œuvre est pilotée par ordinateurs, ont reçu des subventions lors de leurs implantations.

 

Ce fut notamment le cas du troisième site implanté à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) à l'automne 2012, du temps où Arnaud Montebourg, ancien président du Conseil Général du département, était ministre de l'Industrie. Prime d'aménagement du territoire, aides en matière de service de ramassage des salariés du Grand Chalon, investissements dans des crèches pour les enfants des parents qui travailleront chez Amazon, aides départementales et régionales de « création à l'emploi », crédit d'impôt compétitivité emploi...

 

Aujourd'hui encore, l'opacité règne sur la somme exacte de toutes les aides publiques françaises octroyées au plus puissant concurrent des commerçants français. En ce qui concerne les seules « aides à l'emploi », nous savons néanmoins que pour chaque emploi créé en Saône-et-Loire, Amazon a reçu de la région Bourgogne 3400€, du Conseil Général de Saône-et-Loire 1100€, et de l'État 1000 à 2000€. Soit au total une estimation d'environ  6000€ par emploi, pour une enveloppe globale de plus de 1,5M€ pour ce seul entrepôt. Il ne s'était point agi à l'époque d'un chèque en blanc, mais d'une convention établie entre la Région Bourgogne et Amazon...

 

 

Shipments from Amazon

(Public.Resource.Org, CC BY 2.0) 

 

 

En cas de non-respect de la législation française et du Code du Travail, la convention qui court sur 4 ans, prévoit explicitement l'annulation pure et simple de la subvention ainsi que le reversement des acomptes déjà versés. Aujourd'hui, tandis qu'un nouveau scandale vient d'éclater dans l'entrepôt logistique de Chalon-sur-Saône — le journal l'Humanité a révélé lundi 18 mai 2015 qu'un manager a adressé une fausse déclaration à la Sécurité sociale dans le but de camoufler un accident du travail - se pose donc la question du remboursement des aides publiques perçues par Amazon en Région Bourgogne.

 

Pourquoi des aides versées à Amazon ?

 

Alors que les commerçants domiciliés en France payent leurs impôts en France, ont des loyers en centre-ville et une main-d'œuvre qualifiée, les commerçants en ligne sont domiciliés à l'étranger, pratiquent l'évasion fiscale et utilisent des plateformes logistiques en zones périurbaines. Le coût de stockage y est moins cher ; la main d'œuvre intérimaire abondante. Ces usines où l'on produit du colis à la chaîne sont plus « productives » que les commerces de centre-ville.

 

Pour réaliser le même chiffre d'affaires, le commerce de proximité doit embaucher beaucoup plus que les commerçants en ligne : une étude montre que la productivité d'un seul manutentionnaire non-qualifié équivaut au travail de quatorze libraires qualifiés. Si bien qu'à regarder les chiffres de près, que l'on soit un consommateur satisfait des services d'Amazon ou non, on ne peut nier qu'Amazon détruit bien plus d'emplois dans le commerce que la multinationale n'en crée au sein de ses unités logistiques.

 

De plus, en France, seule la filiale logistique d'Amazon est assujettie à l'impôt ; la multinationale y déclare un chiffre d'affaires ridicule en comparaison de son volume d'activité commerciale, son tiroir-caisse étant domicilié au Luxembourg. Pourquoi une entreprise ayant recours à des précaires, pratiquant l'optimisation fiscale et réalisant de fausses déclarations percevrait-elle des subventions des pouvoirs publics ? Il faut que désormais s'applique la convention de la Région Bourgogne et qu'Amazon rembourse les Français.

 

 

Pour signer la pétition, cliquez sur le lien « Amazon doit rembourser les Français » 

 

Jean-Baptiste Malet, journaliste, auteur de l'enquête En Amazonie. Infiltré dans le « meilleur des mondes » (Pluriel, 2015). 

 

Renny Aupetit, libraire, auteur de la tribune « Qui pour arrêter Amazon, le voyou  ?». Le Monde 3/9/14.