"On est arrivé à l'ère de la toile et du téléphone portable" (Michel Butor)

La rédaction - 02.10.2014

Tribune - Michel Butor - improvisation - réédition


La Différence réédite, en format poche, les Improvisations sur Michel Butor, initialement publiées en 1993 et reprises dans le volume IX des Œuvres complètes. 

 

Rédigées à l'invitation des professeurs de l'Université de Genève pour sa dernière année de cours avant la retraite, elles clôturent le cycle des Improvisations (Flaubert, Balzac, Michaux) en traitant des problèmes rencontrés par les écrivains français depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale en prenant pour exemple son propre parcours.

 

Véritable essai sur la littérature et sur Butor-écrivain, ces Improvisations sur Michel Butor permettent de le découvrir, lui qui se nomme, non sans humour, « L'illustre inconnu ».

 

Michel Butor sera le 6 décembre prochain, à 16h00, à la Maison de Balzac à Paris, en compagnie de Mireille Calle-Gruber, pour parler de Balzac.

 

Nous reprenons ici l'introduction de Michel Butor à ses Improvisations.

 

Monsieur Michel Butor

Françoise Lesage, CC BY ND 2.0

 

 

Les somptueux volumes des Œuvres complètes sont d'un maniement un peu lourd. Parfaits pour l'étude dans une bibliothèque, ils sont difficiles à lire dans un moyen de transport. Le passage au format de poche permet d'atteindre une nouvelle couche de lecteurs, mais aussi un nouveau mode de lecture. On s'y promène plus aisément, les allers-retours peuvent se multiplier sans dommage. On peut même corner la page.

 

Ce texte a été improvisé lors de mon dernier cours à l'Université de Genève en 1991. Il a certes été révisé profondément pour sa première publication en 1993 mais cela fait quand même plus de vingt ans. La correction des épreuves de cette nouvelle édition m'a donné l'occasion de le relire. J'avais peur de le trouver très daté. Que de choses sont arrivées depuis !

 

On est passé non seulement du XXe au XXIe siècle, mais du second au troisième millénaire, ce qui aurait dû nous faire plus d'effet. On est arrivé à l'ère de la toile et du téléphone portable, ce qui a bouleversé en profondeur nos conditions de vie. Nous avons beaucoup de mal en apprécier les conséquences. Leningrad est redevenu Saint-Pétersbourg, ce que nul n'aurait osé imaginer alors.

 

N'y aurait-il donc pas quelque épilogue à ajouter ?

 

Mais en fait non. Presque toutes les questions posées attendent encore leurs réponses. Dans certains domaines le temps galope, dans d'autres il se traîne. Certes il y aurait beaucoup d'autres choses à dire, chaque jour davantage. Justement il y en aurait trop. Il serait nécessaire de faire un autre livre, par exemple des « Improvisations sur l'âge » lesquelles sont déjà esquissées dans quelques poèmes récents.

 

Michel Butor – Juin 2014