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Pinar Selek : la Turquie poursuit sa guerre contre la pensée (éditeur)

La rédaction - 30.01.2017

Tribune - PInar Selek Turquie - LIana Levy Pinar Selek - Turquie repression


Voilà deux jours, et après 19 années de procédure, l’auteure Pinal Selek, sociologue turque, vivant en France, voit la juridiction turque remettre en cause l’acquittement obtenu en décembre 2014. Les éditions Liana Levi, qui ont traduit et publié ses livres, lancent un appel, chronologie à l’appui, pour dénoncer cette parodie de justice. Il est ici publié dans son intégralité.

 

 

 

La Turquie poursuit sa guerre contre la pensée : le procureur de la Cour suprême demande l’annulation de l’acquittement de Pinar Selek

 

Injustement accusée de terrorisme, acquittée à quatre reprises, la sociologue et écrivain Pinar Selek subit depuis 19 ans une véritable torture judiciaire. Aujourd’hui, le 25 janvier 2017, le procureur général de la Cour suprême turque demande l’annulation de la quatrième décision d’acquittement prononcée en 2014 sans aucune nouvelle preuve, ni aucun nouvel élément.

 

Ce nouvel appel, visant à intimider tous ceux qui osent critiquer un système basé sur la violence et la répression, est une menace pour Pinar Selek exilée en France depuis 2011 et pour sa famille en Turquie. Une menace pour la liberté de conscience et d’expression.

 

Née en 1971 à Istanbul, Pinar Selek est la petite-fille d’Haki Selek, pionnier de la gauche révolutionnaire, et la fille d’Alp Selek, défenseur des droits de l’Homme et avocat. Elle obtient en 1997 un DEA de sociologie à l’université de Mimar Sinan d’Istanbul. Ses travaux portent sur les rapports de domination et la violence.

 

Elle s’engage aux côtés des exclus de la République turque (femmes, enfants des rues, sans domicile fixe, transsexuels, antimilitaristes…). Parallèlement, elle entame des recherches sur la question kurde et effectue plusieurs voyages au Kurdistan, en France et en Allemagne pour réaliser des entretiens.

 

En juillet 1998, elle est arrêtée par la police. Incarcérée pour complicité avec le PKK, elle est torturée car elle refuse de livrer les noms de ses interlocuteurs. Elle apprend en prison qu’elle est inculpée pour attentat terroriste après l’explosion d’une bombe au marché aux épices d’Istanbul. L’accusation repose sur un unique témoignage arraché sous la torture.

 

Plusieurs rapports d’experts certifient qu’il s’agit d’une explosion accidentelle due au gaz. Mais Pinar Selek passera deux ans et demi en prison. Durant cette période, elle écrit beaucoup mais tous ses textes sont confisqués. Elle s’associe à la « révolte des prisons », un vaste mouvement des détenus en lutte contre la mise en isolement des prisonniers politiques.

 

Un réseau de solidarité réunissant de nombreux avocats et intellectuels se met en place. Libérée en 2000, elle continue à lutter et écrire. En 2009, une nouvelle décision de la Cour suprême la pousse à quitter le pays.

 

Exilée en Allemagne puis en France pendant que se poursuit son interminable procès en Turquie, elle devient en 2013 docteur honoris causa à l’École Normale Supérieure de Lyon et obtient en 2014 un doctorat en sciences politiques à Strasbourg. Aujourd’hui, elle enseigne à l’Université Sophia-Antipolis de Nice.

 

Ramize Erer, dessinatrice turque, reçoit le prix Couilles au cul 2017 

 

Un procès kafkaïen : Pinar Selek est relaxée en décembre 2000 mais le ministère de l’Intérieur et le département de la police d’Istanbul protestent et versent au dossier un nouveau rapport insistant sur le caractère criminel de l’explosion. C’est le début d’un procès interminable.

 

2006 : 1er acquittement, la cour d’Assises acte la non existence de preuves matérielles.

 

2007 : Appel, le procureur demande la condamnation aggravée à perpétuité.

 

2008 : 2e acquittement.

 

2009 : 2e appel du procureur. L’affaire est renvoyée devant une nouvelle Cour d’assises.

 

2011 : 3e acquittement.

 

2012 : La Cour annule son propre acquittement, une procédure inédite dans l’histoire du droit.

 

2013 : La Cour condamne Pinar Selek à la prison à perpétuité et émet un mandat d’arrêt. Ses avocats contestent la légalité de la décision.

 

2014 : 4e acquittement après annulation de la condamnation. 4e appel.

 

2017 : le 25 janvier, le procureur général de la Cour Suprême publie son réquisitoire après trois ans de silence : il demande une condamnation à perpétuité.