« Pour que vive la littérature… », Par Alain Mala

Editions La Différence - 16.05.2013

Tribune - littérature - parole - publications


Les Éditions de la Différence sont aujourd'hui heureuses de donner la plume à Alain Mala, fondateur il y a plus de trente ans des Éditions CénomaneAlain Mala explique le sens de la ligne éditoriale et du rythme annuel qu'il a choisi de donner à sa production. Il exprime aussi les raisons de sa décision de rejoindre la diffusion des Éditions de la Différence. Il présente enfin les cinq nouveautés que Cénomane publiera en septembre, octobre et novembre prochains.

 

 


 

 

Tous ceux qui connaissent le catalogue de La Différence comprendront à la lecture de cette tribune d'Alain Mala, pourquoi nous l'avons accueilli avec le sentiment profond d'inscrire la diversité des publications dans l'homogénéité et la cohérence des sensibilités et des approches.

 

 

 

 

« Pour que vive la littérature… »

Par Alain Mala

 

Depuis bientôt trente ans, les Éditions Cénomane ont constitué un catalogue fondé sur l'exigence des choix éditoriaux et l'accompagnement des auteurs dans la durée. Exigence et inscription dans la durée, c'est-à-dire ne publier que ce que l'on juge nécessaire, ce qui sous-entend une singularité, un lieu où se glisse le désir. Celui d'une littérature qui met des mots et des formes sur notre part d'ombre. Une littérature qui est en soi un acte de résistance par le simple fait d'exister. Face au monde, face à la normalisation des pensées et des affects, face à l'autre et à soi-même, face à la mort.

 

Cette exigence suppose pour les Éditions Cénomane de travailler avec une structure éditoriale légère qui n'implique pas l'obligation économique d'éditer : c'est donc au rythme de six à sept livres par an que s'est constitué le catalogue. Une structure qui implique, en revanche, le désir et la nécessité de créer les liens qui permettent à ces livres-là de rencontrer leurs lecteurs. C'est pourquoi, pour cette rentrée littéraire, les Éditions Cénomane vont rejoindre la diffusion des Éditions de la Différence (distribution Volumen).

 

C'est, dans le contexte actuel, en compagnonnage avec une maison dont la richesse et l'exigence du catalogue, la conception du métier d'éditeur et l'engagement sont essentiels, construire les bases d'un espace de propositions communes, cohérentes et nécessaires. S'appuyant sur la librairie de création, ce n'est pas seulement intégrer une structure de diffusion, mais mettre en acte un vivre ensemble doué de sens et de volonté de transformation : remettre les contenus au cœur du « commerce », ouvrir des espaces de réflexion, de plaisir, de liberté. Parce que des lecteurs désirent ces livres-là, et que le simple fait que ces lecteurs existent et que ces livres existent, est la preuve de leur nécessité. Un coin enfoncé dans un système destructeur qui souhaite que rien ne lui échappe.

 

C'est dans cette perspective que s'est développée depuis près de quinze ans la collection « & Littérature », qui réunit des auteurs de langue suédoise ou same (Suède, Finlande), de langue espagnole (Espagne, Salvador, Argentine) ou française. Nombre d'entre eux ont été publiés pour la première fois en France dans cette collection. Rendons hommage au passage, ce n'est pas si courant, au travail inlassable des traducteurs, premiers vrais découvreurs de ces écrivains qui font la richesse d'un catalogue.

 

Paraîtront ainsi en octobre et novembre 2013, quatre nouveaux titres. 

 

Tout d'abord, le premier tome des cinq volumes qui constituent le « cycle mexicain » de Rafael Menjívar Ochoa, écrivain salvadorien décédé en 2011, considéré comme le chef de file de ceux que l'on a appelé la génération désabusée, en Amérique centrale. Les Années flétries (De certaines façons de mourir, T. 1) se présente au premier abord comme un roman « noir » aux résonances politiques. Mais, comme le dit son traducteur Thierry Davo, à propos de Treize, ce qui préoccupe l'auteur comme ses personnages, c'est de « savoir vivre, ne pas savoir vivre, savoir mourir, ne pas savoir mourir, savoir ne pas mourir »… Le cycle se rattache en cela subtilement à l'œuvre plus directement littéraire de l'auteur dont les Éditions Cénomane ont déjà publié six titres.

 

 

{CARROUSEL}

 

 

Ensuite, Invasion de Fernando Marías. Quatrième livre de l'auteur traduit en français (les trois précédents également parus aux Éditions Cénomane), ce roman, fondé sur une critique de l'engagement d'un contingent espagnol en Irak, explore ce qu'il advient d'un type « bien » quand les circonstances font de lui un assassin. Thématique centrale chez Marías que celle du bien et du mal, poussée jusqu'à ses terribles extrémités, comme dans L'Enfant des colonels qui ressortira en poche (Babel, Actes Sud) à la même période.

 

S'ajouteront à ces deux titres, en novembre, le premier des quatre volumes du « cycle Minelli » (le personnage récurrent de la série, confronté aux errances d'une mémoire douloureuse et d'une réalité fuyante), Composition de lieu, de l'écrivain argentin Juan Martini et un recueil d'une centaine des textes poétiques, inédits en français, du prix Nobel 1974, le Suédois Harry Martinson : Le livre des cent poèmes.

 

Enfin, dès fin septembre, sortira le huitième titre de la collection « mots-nambules » : Entre soi de Sylvain Coher, sidérant travail poétique auquel font suite les textes de l'atelier d'écriture qu'il a mené avec des personnes éloignées du livre et de la lecture.

 

Pour que vive la littérature…