Pourquoi les auteurs, à l’origine des livres, ne peuvent vivre du livre ?

La rédaction - 28.03.2017

Tribune - auteurs lettre ouverte - candidat présidence république - transparence comptes auteurs


Au sortir d’un salon du livre de Paris qui fut évidemment très marqué par l’actuelle situation politique, les auteurs reprennent le combat – jamais véritablement arrêté. Pour preuve, ce courrier signé par la présidente de la Société des Gens de Lettres, adressé aux candidats.

 

Si la culture manque cruellement dans les échanges politiques qui se jouent, les auteurs entendent bien ne pas se faire oublier. La lettre est ici publiée dans son intégralité.

 

La Marche des auteurs

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Lettre ouverte aux candidats à la présidence de la République

 

Paradoxe : jamais l’écrivain n’a été aussi réclamé, désiré, invité, écouté et jamais sa situation n’a été aussi bancale. Son statut symbolique fait rêver, mais sa situation économique n’a rien d’enviable.

 

Une récente étude réalisée pour le ministère de la Culture et de la Communication et le Centre National du Livre (CNL) montre que 41 % des auteurs « professionnels » (environ 8000 personnes) gagnent moins que le SMIC. Les à-valoir et les droits d’auteur se réduisent comme peau de chagrin, les tirages des livres sont de plus en plus courts et le nombre de titres ne cesse d’augmenter (200 nouveautés par jour).

 

Si quelques dizaines d’auteurs dont la presse se fait régulièrement l’écho gagnent plutôt bien leur vie avec leurs livres, la classe moyenne des auteurs a de plus en plus de mal à vivre de son activité, en particulier les plus jeunes d’entre eux. Un auteur gagne en moyenne un euro par exemplaire vendu et il n’est payé qu’une seule fois par an. Et pourtant le secteur du livre est la première industrie culturelle, pèse 4,5 milliards d’euros et emploie 80 000 personnes.

 

La chaîne du livre vit du livre, comme son nom l’indique. Pourquoi les auteurs, qui sont pourtant à l’origine des livres, ne peuvent-ils en faire autant ?

 

Guide de survie pour auteurs de livres en territoire (parfois) hostile 

 

Il est aujourd’hui impératif de :

 

Revoir le partage de la valeur du livre. Les pourcentages de droits d’auteur ne cessent de baisser alors que les coûts de fabrication se sont considérablement réduits. Il serait légitime que tous les auteurs perçoivent, avant toute négociation individuelle, une rémunération minimum garantie de 10 % du prix du livre papier et de 20 % pour un livre numérique.

 

Obtenir enfin une véritable transparence dans les relevés de comptes adressés à l’auteur, comme le permettent les systèmes d’information du XXIe siècle, et un accès direct des auteurs à tout ce qui concerne la vie de leur œuvre, à commencer par les chiffres de vente.

 

Permettre aux auteurs d’être sereinement rémunérés lorsqu’ils sont invités à participer à des salons ou à s’exprimer en public. Il est impératif de revoir la circulaire sur les revenus des auteurs qui empêche la plupart d’entre eux d’être rémunérés en droits d’auteurs quand ils interviennent en tant qu’auteurs.

 

Trouver d’autres sources de financement pour la retraite obligatoire des auteurs. Ce financement ne peut pas continuer à reposer sur une hausse systématique des cotisations des auteurs dont les revenus sont déjà irréguliers et fragiles. La perspective d’une légitime retraite ne doit pas avoir pour conséquence immédiate d’accentuer la précarisation des auteurs. Il est urgent que les auteurs puissent enfin se faire entendre du  ministère des Affaires sociales.

 

Traiter véritablement la question du livre d’occasion qui a pris une part importante et grandissante dans l’économie du livre et sur lequel les auteurs, comme les éditeurs, ne perçoivent aucune rémunération, contrairement à l’État qui prélève de la TVA.

 

Consolider les piliers du secteur du livre. Maintenir un droit d’auteur et un droit des auteurs forts, en France comme en Europe ; ne souffrir aucune dérogation au principe du prix unique du livre (réglementer les ventes soldées) ; préserver les institutions publiques du livre dans leurs missions et leurs moyens (ministère de la Culture, Centre National du Livre et Structures régionales pour le Livre).

 

Contrat, rémunération, numérique : quelles relations entre auteurs et

éditeurs ? 

 

Si la France souhaite une création littéraire indépendante, diversifiée et de qualité, il est urgent et capital que tous les acteurs de la chaîne du livre perçoivent un juste revenu de leur activité.

 

La convocation par le futur ministère de la Culture d’États généraux de l’édition sur les questions de rémunération, de transparence, de simplification et de modernisation serait à ce titre un premier acte fort.

 

Marie Sellier, présidente, et les auteurs de la Société des Gens de Lettres (SGDL)

28 mars 2017