“Qui a peur des droits des auteurs ?“, par Sara Doke

Auteur invité - 13.06.2018

Tribune - droit auteurs France - Sara Doke auteurs - précarité auteurs cotisations


À l’heure où les droits des auteurs se réduisent comme peau de chagrin sous les coups de boutoir de réformes de plus en plus inégalitaires. 
 

À l’heure où il faut une décision de la Cour de justice européenne pour que l’État français reconnaisse qu’une loi, qu’un dispositif (Hadopi ou ReLire) sont anticonstitutionnels tout en refusant la rétroactivité. 
 

À l’heure où 40 % des auteurs reconnus professionnels par la Sécurité sociale elle-même survivent avec des revenus inférieurs au SMIC, où 180 000 autres se retrouvent sous le seuil de pauvreté. 
 

À l’heure où les représentants du gouvernement français brillent par leur absence aux États généraux du livre. 
 

À l’heure où le salon Livre Paris, dont le prix d’entrée ne fait qu’augmenter, préfère payer les plantes vertes plutôt que les auteurs intervenants, provoquant ainsi un tollé pour une fois médiatisé. 
 

À l’heure où nous refusons de vivre d’amour et d’eau fraîche, on vient s’étonner que les auteurs soient en colère ! Et, croyez-moi, cette colère ne se calmera pas de sitôt.

Les auteurs refont Mai 68 à Angoulême

ActuaLitté, CC BY SA 2.0



La situation des créateurs est de plus en plus précaire. Quelle autre profession ne reçoit paiement qu’une à deux (pour les vrais chanceux) fois par an ? Une seule activité est aussi maltraitée, celle des agriculteurs dont on ne paie ni le travail ni le temps passé à l’exécuter, dont on ne paie, comme c’est le cas des auteurs, que le « produit ».
 

Tatiana de Rosnay : “La précarité des auteurs
m’inquiète de plus en plus”

 


Et, si les « bénéfices » des 4 à 10% (0,5 à 2,5% pour les traducteurs, ou plutôt, dans la majorité des cas, les traductrices) de droits pécuniaires qu’on daigne nous offrir sur la vente de ce « produit » ne sont pas assez élevés, n’atteignent donc pas les 8 000 et quelques euros exigés par l’AGESSA, prochainement Maison des auteurs, point de couverture sociale. Par contre, les prélèvements obligatoires afférent à cette inexistante couverture sociale sont, bien sûr, imposés à tous, quels que soient les revenus.
 

Cette situation du créateur, si elle ne date pas d’hier, ne fait qu’empirer depuis plus de 10 ans et la baisse réelle du pouvoir d’achat consécutive à la « crise » de 2008 n’en est pas la seule responsable. Certains accusent la surproduction, avec des phrases comme « les gens ne lisent plus, ils écrivent » ; d’autres mettent en cause le numérique et le piratage ; d’autres, enfin, pointent du doigt les éditeurs et les diffuseurs qui manquent à leur devoir contractuel de promotion des livres, d’autant qu’aujourd’hui, c’est souvent le diffuseur qui dicte sa politique à l’éditeur.


Cette précarité ne date tellement pas d’hier qu’en 1975 et 1976 se créaient respectivement la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et le Syndicat des écrivains de langue française. Qu’en 1996 la Charte obtenait le paiement des interventions des créateurs de l’écrit en bibliothèques ou dans les écoles sous forme de droits d’auteurs selon une stricte grille tarifaire qui s’applique aujourd’hui à tous les écrivains. Qu’en 2000 quelques fous fondaient le Droit du serf autour d’Ayerdhal pour créer de nouveaux contrats plus justes, lutter contre le prêt payant et tant d’autres choses. Qu’en 2008, Yves Frémion, membre historique et ancien président du SELF créait l’Observatoire du livre et de l’écrit en Île-de-France, le MOTif et imposait la rémunération des auteurs intervenant dans la région.

Et, enfin, qu’en 2014, Vincent Monadé, président du Centre national du livre (et ancien président du MOTif) conditionnait l’obtention des subventions aux festivals à la rémunération des auteurs selon une grille exponentielle tandis que, peu après, la SOFIA renchérissait en faisant appliquer quant à elle les tarifs de la Charte.
 

Payer les auteurs, “un danger pour la manifestation”,
estiment les salons

 

« Ça met des épinards dans la margarine » disait Ayerdhal. Eh bien non. Car nombre de salons et festivals renâclent à payer les auteurs, tout en acceptant autant de subventions que possible. Car, un événement comme Étonnants voyageurs, à Saint-Malo, reçoit 115 000 euros du CNL et fait la sourde oreille à ses invités qui osent demander l’obole. Car un autre comme les Imaginales, à Épinal, ne réussit à se tirer l’épine du pied qu’en promettant de payer tout le monde en… 2019.

Car ce même festival, ô combien festif et convivial, quand il organise une rencontre autour de la rémunération des auteurs et y invite deux représentantes de la Charte et du SELF, ne leur laisse qu’à peine la parole. Regardez à ce sujet les petits schémas réalisé par un auteur taquin assistant à cette table ronde qui a choqué bon nombre de lecteurs.


Et n’hésitez pas à en écouter la retranscription sur le site d’ActuSF (lien)
 

Le Salon Livre Paris a renoncé à ses plantes vertes, les Imaginales rémunèreront tous les auteurs intervenants en 2019, le CNL et le Conseil permanent des écrivains, comme la SOFIA, durcissent leurs exigences mais le statut des créateurs reste honteusement précaire et la valse des réformes sociales l’enfonce joyeusement dans les abysses de la pauvreté.
 

Etats généraux du livre :
les auteurs entre consternation et mépris

 

Oui, c’est profondément injuste. Contrairement à ce que disait Madame Filippetti, ce sont les écrivains qui font la littérature… pas de statut, pas de rémunération, pas de revenus, pas d’auteur… pas d’auteur, pas de livres.

 

Le 21 juin, un rassemblement pour les droits des auteurs aura lieu devant le Ministère de la Culture (Place Colette, 75001 Paris, métro Palais Royal) à 11h30. 
 

L’enjeu dépasse de loin les seuls auteurs : si vous voulez continuer à lire, c’est le moment d’y aller ! 
 


Commentaires

Sara « oublie » deux détails :

1. les Imaginales est le premier festival d'imaginaire, en France, à avoir décidé de mettre en place, dès 2019, la rémunération de toutes les interventions des écrivains invités. En souhaitant que cette démarche soit mise en place plus rapidement, tu étais dans ton rôle de syndicaliste. Maintenant, que tu as obtenu gain de cause, je ne vois plus l'intérêt de ressasser le passé. Ceci dit,aux Imaginales, la gratuité des entrées favorise la venues des jeunes, des familles et des populations modestes, mais rend notre modèle économique plus fragile. Vous nous avez incités à faire évoluer notre modèle, et à désormais tout rémunérer en invitant (un peu) moins. Comme le disait avec humour un syndicaliste auteur, citant Lénine : « Mieux vaut moins, mais mieux » !

2. Le petit tableau vise à montrer que les responsables du festival (qui, hormis les fonctionnaires territoriaux sont, comme Sara Doke, des auteur•e•s) ont monopolisé la parole, ett qu'ils sont très méchants... En réalité, Sara et ceux qui partageaient sa position se sont exprimés seul•e•s sur les réseaux sociaux pendant des semaines, et les responsables du festival - dans ce contexte très particulier – se sont uniquement exprimés le dimanche matin, à la fin du festival. La vraie répartition du temps de parole est donc, peu ou prou, de 99% en faveur de Sara (et ses amis...). Et ça, le tableau ne le montre évidemment pas... wink

3. En réalité, seuls 29 auteurs sur près de 140 invités ont signé la lettre-pétition en faveur de la rémunération intégrale des interventions, et la moitié d'entre eux à condition qu'elle ne soit pas rendue publique, tout simplement parce que le festival avait officiellement confirmé que la rémunération totale serait mise en place à compter de 2019, en lien avec l'augmentation de nos subventions et des mécénats privés (dont certains éditeurs que je salue à cette occasion, car ils soutiennent ainsi le festival et leurs auteurs)..

Je m'interroge enfin : quand une syndicaliste a obtenue satisfaction sur 100% ses demandes, pourquoi continuer sur les sites et les réseaux sociaux une polémique devenue sans objet ? Les Imaginales, festival à entrée gratuite, est désormais le premier festival d'imaginaire en France à décider d'appliquer la rémunération totale des interventions des écrivains invités. Ne serait-il pas temps d'interroger les autres grands festivals sur l'évolution de leur rémunération des auteurs ? Mais attention : en leur laissant également le temps de faire évoluer leur modèle ! Ceci précisé, et en conformité avec la politique de rémunération validée par les Imaginales, je vais désormais applique moi aussi les consignes syndicales : je viens donc de demander, pour moi-même et les autres auteurs concernés, une rémunération pour participer à de futurs débats (une soirée à thème, et un festival important). Mais je le fais courtoisement, en expliquant ma position, et ne me limitant à décliner l'invitation si cela relèvait du bénévolat (le bénévolat, je le réserve à mes activités associatives wink
Mon message ayant été tronçonné, sans doute bien involontairement (je dois être trop bavarde wink, pourriez-vous l'effacer ? Avec sa phrase coupée, et sans sa conclusion, les lecteurs vont s'interroger... Et après tout, le festival ayant adopté la rémunération à 100% pour ses prochaines éditions, ce débat est désormais derrière nous.
En effet, un problème d'affichage avec un caractère a coupé la suite du message, on se charge de corriger dans un premier temps.

merci
Tiens, comme c'est amusant... Je ne me suis pas exprimée sur les réseaux sociaux, et certainement pas personnellement. On ne parle que de moi dans ce commentaire alors que d'autres auteurs et surtout d'autres associations se sont exprimés de manière bien plus virulente.

Mes "amis" sont des auteurs qui se sont, pour la plupart, exprimés en leur nom propre, ou dans le cas de Samantha Bailly, que Stéphanie ne cite étonnamment pas, au nom de leur association.

Je ne ressasse rien, je constate, et je ne cite les Imaginales que comme un exemple parmi d'autres, et je rappelle que si les Imaginales avaient pu annoncer la rémunération pour 2019 avant la fameuse lettre (que j'ai en effet signé avec d'autres) notre réaction aurait été toute autre.

Si je reviens sur le temps de parole des participants à la table ronde sur la rémunération des auteurs c'est justement parce que le public présent a été choqué, autant que les auteurs par le peu d'attention donné à notre point de vue, qui n'aurait pourtant pas été si contraire que cela.

Maintenant, si on veut cristalliser tout le mécontentement des organisateurs de festival sur ma petite tribune, pourquoi pas.
Stéphanie Nicot, bonjour. Tu me sembles avoir une conception du syndicalisme asses réductrice, ce qui de ta part m'étonne. "Quand une syndicaliste a obtenue satisfaction sur 100% ses demandes, pourquoi continuer sur les sites et les réseaux sociaux une polémique devenue sans objet ?" Premièrement, on ne peut considérer que les auteurs, représentés par leurs syndicats ou non, aient obtenu satisfaction "à 100%", puisque leur demande était que cette rémunération pour chaque intervention (et non deux pour le prix d'une), soit respectée dès cette année, conformément aux préconisations du CNL qui vous subventionne pour cela. Deuxièmement, un/e syndicaliste ne fait pas de "polémique sur les réseaux sociaux", il a des revendications, et il ne se lasse pas de les rappeler, parce que c'est à force de taper sur un clou qu'il finit par s'enfoncer. (suite dans un autre com.)
Ensuite, comme Sara le souligne fort bien elle-même, son papier n'a pas pour objet les Imaginales mais la condition des auteurs qui ne cesse de se dégrader, comme tu le sais. (D'ailleurs, il se conclue sur un appel à rassemblement le 21 juin à 11h30 devant le ministère de la Culture, si tu peux venir, nous serons ravis de pouvoir en discuter de vive voix avec toi.) A cette table ronde des Imaginales, à notre demande elle avait bien voulu représenter le SELF, dont elle est la présidente d'honneur. Le sujet était donc bien d'évoquer la rémunération des auteurs pour leurs prestations en festival de manière générale, et pas seulement aux Imaginales. Encore eût-il fallu les laisser parler, elle et Samantha Bailly qui avait sûrement elle aussi bien des choses à dire (et bien des revendications à faire valoir) sur le sujet. Cette table ronde était l'occasion de laisser la parole aux auteurs, qui en ont bien besoin. Vous avez préféré en faire une tentative de justification des Imaginales, en somme, une opération de com qui prenait en otage ses participantes. Les spectateurs n'ont pas été dupes, (pas plus que les participantes), à présent assumez, au lieu de faire un mauvais procès à Sara.

Tu affiches volontiers ta volonté, en tant qu'autrice et directrice de festival, de nous rejoindre dans notre combat. Tu es la bienvenue, Stéphanie, nous avons besoin de toutes les énergies car l'heure est grave et c'est l'avenir même du métier d'auteur et d'une littérature diverse et de qualité qui est en jeu. Encore faut-il ne pas se tromper de combat.

Amicalement et syndicalement à toi. Lionel Evrard (président du SELF)
Dis, madame, "syndicaliste", c'est une vilaine maladie, non ?
Madame Nicot omet son omniprésence sur Tweeter qu’elle submerge de messages qui la peignent sous les traits d’une protectrice du festival des Imaginales, quasiment une organisation caritative pour les auteurs d’après elle. On pouvait en douter quand à l’égal des organisateurs des manifestations commerciales, elle consacrait un budget plus que conséquent au décor et remet à l’an prochain la rémunération légale des auteurs. On peut en douter encore plus quand, faisant peser constamment son poids médiatique (et c’est du lourd), elle transforme à présent les revendications normales des auteurs en injustices qu’on lui ferait personnellement.

Il serait bon qu’abandonnant sa pose médiatique et au lieu de cibler l’unique tribune publique (une !) de Sara Doke, une représentante honorable des droits des auteurs (de TOUS les auteurs depuis de nombreuses années), Stéphanie Nicot se souvienne que promettre en 2019 l’application des conditions légales exigées par l’obtention des subventions du CNL, conditions en vigueur depuis 2015, ce n’est ni protecteur ni respectable.

Avec l'espoir que Madame Nicot ouvre les yeux sur la situation critique des auteurs afin de leur apporter son concours solidaire et éclairer ainsi la sombre réalité qui place les artistes sous le seuil de la pauvreté.

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