Réforme des retraites : “l'énormité de la spoliation” pour les auteurs

Auteur invité - 22.04.2019

Tribune - réforme retraite France - régime retraite auteurs - Franck Riester retrait


Alors que la réforme du régime des retraite se profile, les artistes-auteurs se mobilisent pour alerter les pouvoirs publics. Qualifié de bombe à retardement, ce processus ne manque pas d’inquiéter, tant il représente une véritable menace. ActuaLitté avait déjà souligné les multiples dangers et risques qu’implique la réforme, pointant entre autres que toute l’interprofession serait concernée.

Sophie Chauveau, écrivain et administratrice de la SGDL et de SOFIA, vient de faire parvenir une lettre ouverte à Franck Riester, ministre de la Culture, que nous reproduisons ici dans son intégralité.

Retired scissors
Fulvio Spada, CC BY SA 2.0
 
 

Lettre ouverte à Franck Riester, ministre de la Culture.
 

Monsieur le ministre, pour autant que vous preniez la parole, je vous écoute, et j’entends bien que vous avez l’intention de « soutenir », de mettre au centre de vos préoccupations les auteurs.
 

Auteurs ! Vous avez souvent ce mot à la bouche, et donc peut-être à l’esprit, j’en accepte l’augure. Or, loin de s’améliorer, leur situation, que ce soit en début de carrière où les conditions pour être considéré comme auteur, relèvent du parcours du combattant, ou tout au long de la vie, où les aléas tels grossesse, maladie, etc. ne sont que péniblement pris en charge, ou pis encore, à l’approche de l’heure de la retraite puisqu’on ne saurait plus parler d’âge désormais, tout cela n’a fait qu’empirer.


À l’instant où les auteurs les plus âgés font les comptes et c’est souvent très tard : Gens de lettres, les chiffres leur sont langue étrangères pour la plupart, ils découvrent, après moult explications chantournées, que l’Agessa ne les avait ni prévenus ni surtout alertés qu’ils auraient dû cotiser le double de ce qu’ils cotisaient pour ouvrir des droits à la retraite.


L’énormité de la spoliation est telle qu’on est en droit de se demander si l’Agessa ne s’est pas abstenue d’informer les gens intentionnellement, histoire de décourager, ou du moins de ne pas encourager les auteurs à prétendre un jour à une retraite.
 

La France à l'heure de l'extinction culturelle


Certes, désormais, me répondrez-vous, à partir de cette année — et j’ai 66 ans (!) —, tous les auteurs seront automatiquement affiliés ET assujettis. Mais ça n’est rétroactif qu’à condition d’avoir de gros moyens pour se racheter des trimestres et s’offrir ainsi une retraite à prix d’or. Comme les écrivains dans leur majorité ignoraient la différence que ça ferait à l’arrivée, seuls les riches resteront riches et auront le droit de vieillir à l’abri.


Ce qui fait qu’après une vie de labeur, certes choisie et souvent heureuse, mais on peut aussi imaginer qu’ils ont rendu ce bonheur à leur lecteur, ils découvrent, ahuris, leur situation.
 

Pour exemple, mon cas : même en ayant vendu correctement plus d’une vingtaine d’ouvrages, souvent à plus de cent mille exemplaires, mais là généralement en collection de poche (nos lecteurs aussi ont été paupérisés), vous savez comme moi, monsieur le ministre, ce que les livres de poche nous rapportent… Donc je toucherai vaillamment entre 270 à 300 € de retraite mensuelle.


Vous en connaissez beaucoup qui pourraient en vivre ?


D’autant que tout au long de notre existence, nous, les écrivains, n’avons jamais bénéficié du moindre jour chômé donc pris en charge, et pour ceux qui ignoraient qu’ils devaient en plus s’affilier, et, on l’a dit, ils sont nombreux : pas le moindre arrêt de travail médical. Et, triple peine, nous découvrons à l’heure de prendre quelques repos, pas non plus de retraite ! Ou si peu que ça s’appelle l’aumône.


J’ai été élue par mes pairs administratrice à la Sofia et la SGDL, j’ai siégé pendant quatre ans assidument aux comités qui gèrent nos différentes instances et, hélas, je n’ai pu qu’y mesurer l’étendue de notre misère. Et le relatif niveau d’impuissance de toutes nos institutions d’auteurs. Nonobstant, ces instances sont indispensables pour nous représenter puisque nous demeurons non syndicables, nos statuts à chacun sont toujours tellement différents qu’il est légitimement difficile de répondre aux doléances de tous.


Nous le savons, et hélas n’y pouvons, mais.


Et vous ?


Alors, découvrir qu’après une vie de travail, dont le public ignore toujours qu’un auteur qui ne fait que ça dépasse allégrement les 13 heures œuvrées par jour, souvent sans jouir de week-end ni de vacances, avec quels sous partirait-il ? Puisqu’ils ne gagnent toute leur vie qu’un peu plus ou un peu moins que le SMIC suivant les périodes, et ce dans le meilleur des cas.

Je ne vous fais pas l’injure de recopier nos statistiques, elles vous ont été remises et commentées. Vous savez donc que plus de 80 % des écrivains de littérature en France sont et seront tenus d’écrire jusqu’au cimetière sans répit possible.
 

Aussi croyez-moi, monsieur notre jeune ministre, le jour où l’on s’en aperçoit, ça fait un choc.
 

C’est évidemment dans les deux-trois années qui précèdent l’âge de la retraite des Français “normaux”, quand les rattrape quelque chose qui leur enjoint de lever le pied, que ce quelque chose s’apparente à une forme de fatigue, sans rien dire de la maladie…


Alors ceux qui sont seuls, se posent la question : comment vivre en travaillant un peu moins, de combien disposera-t-on si on a besoin d’un peu de répit ? Et pourtant… ? Non. Impossible.
 

 

Réforme du régime retraite : une calamité pour les auteurs


Pas avec 300 € par mois. D’ailleurs qui le peut ? À Paris ? Bien sûr on peut se délocaliser… mais comment refaire un tissu de liens et d’usage tant amicaux que professionnels loin de chez soi ? Beaucoup parmi nous y ont été contraints.


Certains vont dépendre de leurs enfants si ceux-ci le peuvent ou le veulent. Finalement, ne survivent parmi nous que ceux qui ont des conjoint(e)s avec un travail « normal », une retraite « normale » et qui sont capables de pourvoir à leurs besoins.
 

La France aime les lettres sinon les auteurs, à en juger par les nombreux médiatiques, du journaliste aux politiques, en passant par les sportifs ou les mannequins… qui ne rêvent que de leur patronyme en gras sur la couverture d’un livre à eux attribué, pourtant je crains que ce goût pour la chose littéraire relève davantage des bourgeois de Baudelaire. Vous vous rappelez : « Le bourgeois mange une fois par mois un poète rôti à sa table, mais sans se douter qu’il arrive au poète de manger lui aussi au moins une fois par jour. »


Nonobstant, ces mots vous sont adressés en toute sympathie, au sens fort, c’est-à-dire dans l’espérance que « vous souffrez avec nous » et trouverez quelque moyen d’y remédier.
 

Sophie Chauveau,

Ecrivain,

Administratrice de la SGDL et de la SOFIA




Commentaires
Tout est dit avec justesse dans ce long plaidoyer de Sophie Chauveau, auteure talentueuse, qui a le courage de réveiller les instances culturelles françaises, d'interpeller un peu le monde d'en haut. Ceux qui pensent que les auteurs n'ont qu'à se débrouiller devraient remonter le temps et lire ou relire les Pages Romantiques de Franz Liszt, écrites avec des larmes et bien de la misère artistique. Il est vrai qu'un auteur cotise à l'Agessa, le prélèvement sécu, CSG, retraite est automatique dès lors que vous touchez quelques droits déclarés. Maintenant ces droits, pour la plupart d'entre eux, ne seront jamais reversés... et c'est effectivement bizarre. Les trucs et machins de l'administration.

Merci à Sophie Chauveau, d'appeler un chat un chat, et un auteur qui vieillit: une branche à couper.
Rien contre Sophie Chauveau dont j'ignore tout, mais quant même, cessons d'être larmoyants, ça devient lourd. Nous sommes auteurs et devons être fiers de l'être. Là on en est encore à faire l'aumône : "Pitié, Monsieur le Ministre, voyez comme nous sommes bossus, pauvres et miséreux, voyez comme nos maigres retraites nous accablent ! Ayez pitié ! ". Alors, certes on est maltraités, certes on ne bénéficie pas comme tous les autres d'un régime de protection sociale digne de ce nom, et c'est d'une grande injustice, mais de grâce, cessons de nous complaire sans arrêt dans un rôle victimaire. Un auteur est le maillon faible (économiquement) d'une chaîne alimentaire parfois très bien nourrie grâce à lui et à lui seul. Convoquons des états généraux et réunissons tous les maillons de la chaîne autour d'une table pour rebattre les cartes. Exigeons la part du gâteau qui nous revient. Remettons le contrat d'édition à plat et étudions-le sous toutes ses coutures. Si on ne se prend pas au sérieux, qui nous prendra au sérieux ? être auteur commence par le respect de soi. Notre destin est entre nos mains, mais nous avons une peur bleue de nous en saisir. Il faut jouer le rôle du libéralisme : si succès commercial il y a, alors les droits d'auteurs doivent suivre. Il faut grandir un peu et arrêter d'attendre la becquée de l'Etat comme de petits oisillons disgracieux. Négocions, nous sommes en mesure de le faire. Sinon, organisons notre propre chaîne éditoriale sans eux et fixons nos propres règles.
Une honte pour la retraite 6oo euros par mois est trop peut quand vous avait travaillé toute une vie ou va la France on vie pas avec une somme pareil vous les ministres vous en avait rien à foutre de nous vous ête riche nous pauvre vous nous voler notre argent pur et simple soyer honnête un peut.
Une faute d'orthographe à chaque mot quand on commente un article consacré aux auteurs, ça passe mal !!

Sans contribuer à la réflexion, juste pour cracher un venin stérile, minable !
Je vous conseille vivement d'écouter Bernard Friot économiste et sociologue professeur émérite de la faculté de Nanterre :" le salaire à vie pour tous à partir de 18 ans... démantèlement du capitalisme ..." par la prise de conscience de l'existant mis en place il y a 60 par Croisat et Thorez :système de retraite et fonction publique: voir ses nombreux interviews et entretiens sur youtube
Précision : Je ne fais pas l'éloge du capitalisme, loin s'en faut. Je dis juste que dans un système quel qu'il soit, il y a 4 façons de faire : décider d'en jouir, en être victime et en pleurer, lutter et prendre les armes et le maquis, ou s'y adapter. Moi je choisis le 4e solution car je crois que la meilleure façon de ruiner un système inique ou une idéologie mortifère comme la nôtre, c'est en s'y glissant pour le/la miner de l'intérieur. Le monde éditorial, ce monde de l'entre-soit, de petits marquis arrogants et prétentieux, est déjà périmé depuis bien longtemps. Il ne doit sa survie qu'a la naïveté confondante de la plupart des auteurs qui ne cessent de l'alimenter, rêvant à des lendemains qui chantent.
Cher Koinsky, nous allons suivre vos conseils éclairés à la lettre et organiser dès le 4 Juin, les Etats Généraux du Livre, afin d'assoir tout le monde autour d'une même table. Dans le même temps, les associations représentatives et syndicats d'auteurs, de la SGDL à Ligue des Auteurs Professionnels en passant par la Charte des auteurs jeunesse et le SNAC, sont en négociation permanente depuis 5 ans avec le SNE.
" Yes ! " grin cheese Alors j'attendrai la fin des états généraux pour signer mon premier contrat d'édition au regard des avancées économiques et sociales que vous serez parvenus à arracher au destin..
Vous venez de découvrir le lot de mes parents agriculteurs qui comme vous ont travaillé 15 heures par jour sans repos ni congés payés ni récupération maladie ni week-end, ni heures supplémentaires, ni salaire pris en charge pour maladie donc pas d arrêt de travail. Ma mère en 2019 à fini sa vie avec530 euros de retraite pour un labeur débuté à 15 ans. Elle n aura jamais fait l objet d une seule ligne traitant cette information et donc d un désintérêt total de la France entière
Je pleurs, Monsieur le Ministre, je n'ai JAMAIS cotisé de ma vie, et je veux des droits à la retraite.

Je n'ai JAMAIS alimenté le système, JAMAIS été solidaire, et je veux des droits..

Marre de cette génération "et moi, et moi, et moi",

Vous avez arbitrer entre "cotiser" et " vous constituer un patrimoine".. Vendez, le patrimoine sert à cela.

Si vous avez tout depebse
Silence, sinistre crétin !



Tous les auteurs cotisent à 20
Tous les auteurs cotisent à vingt pour cent de leurs revenus en prélèvement OBLIGATOIRE à la source effectué par l'AGESSA. Pour les quatre-vingts pour cent d'entre eux qui ne dépassent pas le seuil d'affiliation, ils n'en reverront JAMAIS un seul centime de toute leur vie. Et certainement pas à l'âge de la retraite. Cela s'appelle du racket.

La prochaine fois, renseignez-vous vraiment sur la condition des artistes-auteurs avant de venir pondre votre bouse sur un sujet qui ne vous concerne en rien (il n'y a qu'à voir votre orthographe pour se rendre compte que vous n'êtes pas un auteur...).
Une honte percevoir une retraite de 1100€par mois pour une vie de travail de plus vous supprimer de votre a. P. L. Sans compter les charges à payer tousles mois reste pas grand chose à vivre merci le président
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