Renaudot : Besson, Le Clézio, Garcin, “sans nous, trouvez un autre job”

Auteur invité - 13.09.2018

Tribune - librairie Amazon Renaudot - jurés prix Renaudot - coup gueule libraire


Depuis la révélation de la première liste du prix Renaudot, les esprits s’échauffent, les langues se délient : mais que diable un ouvrage autopublié via Amazon vient faire ici ? Les libraires s’inquiètent, les éditeurs restent passablement silencieux... Les lecteurs ne mesurent pas forcément les enjeux...

 

Isabelle Charkos, de la Librairie La petite marchande de prose, à Sainte-Savine, compte parmi les premières à avoir réagi. Alors que la polémique enfle, elle nous adresse un courrier incisif, prenant à partie les membres du jury. Alors, que faire ?


Angry guy
Adrian Tombu, CC BY 2.0
 

 

Lettre d’une libraire farouchement indépendante aux membres du jury Renaudot

 

À quel moment un auteur accepte-t-il de cautionner l’autoédition par Amazon ?

 

Est-ce que les auteurs membres du jury pour le prix Renaudot savent que leurs livres se vendent sur Amazon uniquement grâce aux libraires qui en parlent, les lisent et les défendent dans leurs librairies physiques ?

Sans nous, il ne vous reste plus qu’à vous trouver un nouveau job ; et ce ne sera certainement plus écrivain…

 

Vous êtes intelligents, réjouissants, formidables ; nous, libraires, vibrons en vous lisant, en vous conseillant auprès de nos chers lecteurs. 

 

Parce que dans tout cela, nous libraires, imaginions que nous étions du même bord, unis par la même certitude que la culture à la « française » est précieuse et particulièrement fragile tout comme la chaîne du livre (les libraires indépendants et les éditeurs indépendants).

 

Pensez-vous que certains auteurs aujourd’hui fer de lance ou références incontournables de l’éventail éditorial auraient eu le même retentissement s’ils avaient été juste commandables sur Amazon ?!!!! (La première gorgée de bière de Philippe Delerm)
 

N’avez-vous pas compris ce que représente Amazon ? Amazon souhaite contrôler non seulement la distribution, mais à terme la diffusion totale et l’édition.

 

Dans ce cas, que deviendrait notre multitude de petits éditeurs indépendants chez qui on trouve de véritables pépites (Finitude par exemple avec En attendant Bojangles ou Toussaint Louverture, Picquier, Allia…).
 

Excédés, des libraires boycottent
le prix Renaudot et son livre Amazon

 

Monsieur Le Clezio (Prix Nobel de littérature), croyez-vous que Amazon soit capable de vous porter, comme nous l’avons fait toutes générations de libraires confondues, auprès des lecteurs, de faire découvrir vos œuvres aux plus jeunes et d’installer votre notoriété jusqu’à l’obtention de ce fameux prix ?

 

Pourquoi, si vous pensez qu’Amazon a sa place en tant que libraire, diffuseur et éditeur, ne leur donneriez-vous pas votre prochain roman, monsieur Patrick Besson ? Combien en vendriez-vous ? 

 

Monsieur Jérôme Garcin, je suis abasourdie en apprenant que vous cautionnez ce choix, vous qui animez Le masque et la plume. Cette émission littéraire si anti conformiste et drôle. Alors c’était juste « pour de faux » comme disent les enfants. En réalité vous n’aspirez qu’à lire ce qu’Amazon programme pour vous !!!
 

Qu’en pensent vos comparses pince-sans-rire, si agaçants, mais si attachants ? Le dimanche soir, je vous trouve tous si pétillants d’intelligence que même si je ne suis pas d’accord avec certaines de vos critiques je ris franchement de vos sorties toujours si à propos, si drôles et parfois même émouvants.

 

Alors à tous, je demande de retirer ce livre de la sélection dès maintenant. 

 

Après tout si ce roman est si formidable, demandez à vos éditeurs respectifs de le prendre en charge…

 

Affaire Renaudot : hors-la-loi, Amazon
plonge les libraires dans l'illégalité

 

Enfin, mais que font la ministre de la Culture, Madame Françoise Nyssen éditrice de la prestigieuse et pourtant si atypique Actes Sud et Monsieur Macron chantre de la littérature française et francophone. Lui qui a si ardemment défendu et couvert d’éloges le dernier livre d’Ali Zamir aux éditions Tripode lors de la dernière fête de la francophonie ? 

 

Une dernière chose, comme un vilain soupçon qui vient effleurer mon esprit : serait-ce une manière comme une autre de faire parler du Prix Renaudot ? Ou bien ce commerce en ligne a-t-il des ramifications financières jusque dans vos instances ?

 




Commentaires

Je me demande si les nombreuses flatteries que contient cette lettre d’une libraire « farouchement indépendante » à des auteurs qui sont tout sauf « farouchement indépendants » (le summum de la flatterie mensongère étant atteint par : « M. Macron, chantre de la littérature française et de la francophonie »), est de mise dans ce qui me semble un rapport de force.

Dans ce rapport de force, la seule arme me semble être le chantage au boycottage et au renvoi des livres de ces messieurs les membres du jury Renaudot s’ils persistent dans leur publicité contre-productive pour le système qu’ils représentent et dont ils vivent.
On aurait pu croire le surréalisme moribond, mais fort heureusement, cette lettre nous trouve qu’il n’en est rien. Qu’y voyons-nous ? Une libraire invective des auteurs reconnus pour leur demander, tel Adalbert, « qui t’a fait roi ? » et, persuadée que le distributeur est largement supérieur à l’auteur, en appelle à eux, puis au pouvoir (ministre éditrice, sauve-moi ! Président bien aimé, défenseur de la culture française - dont il a bien précisé qu’elle n’existait pas - à moi ! ») avant de suspecter un coup de pub ; voire, à mots couverts, d’accuser le jury de corruption.



Et le morceau de bravoure « sans nous, vous n’aurez qu’à trouver un autre job ». Chiche.

Parce qu’il faudrait rappeler à madame la libraire une réalité de la chaine du livre, si belle et si brillante, si efficace, merveilleuse et sublime, à laquelle elle est si fière d’appartenir : 96
Peut-être faudrait-il aborder autrement la question de l'auto-édition reconnue par la validation d'un ouvrage sélectionné par l'équipe du Renaudot. Les auteurs qui s'auto-éditent le font depuis longtemps (voir entre autres exemples l'oeuvre d'Anaïs Nin). Au nom d'un adage qui a finalement sa raison d'être "On est mieux servi par soi-même", le livre auto-édité peut avoir sa raison d'exister, surtout quand il est refusé par les éditeurs et que l'auteur lui est convaincu des qualités de son oeuvre littéraire. Imaginons que ce titre sélectionné par le Renaudot remporte le prix, les libraires vont avoir aussi leur part du gâteau, car aujourd'hui on imprime les livres en 24 heures. J'imagine que dès aujourd'hui cet auteur auto publié engage des relations commerciales avec différentes institutions pour assurer la diffusion de son oeuvre. Les enjeux financiers sont énormes. Où est le problème ? L'éditeur, s'il existe encore, a un regard distancié sur l'oeuvre à publier. L'auteur ne l'a pas, c'est son "bébé" et c'est le plus beau. L'éditeur assure lire et relire le texte. Il cautionne la qualité du texte. C'est très important dans les secteurs académiques où l'éditeur accorde une garantie scientifique de l'ouvrage en le publiant. Amazon ne cesse d'amplifier ses performances commerciales. Quand on travaille en tant qu'éditeur avec la plateforme Amazon, on lui cède 50% du CA. Aucune négociation possible. Aucune distinction n'est faite entre petits et grands éditeurs. La chaîne du livre en France et dans le monde n'a pas réussi à s'opposer à la puissance de feu déployée par ce géant de l'internet. Encore moins les libraires. C'est un débat d'arrière garde que de contester le choix du Renaudot. Il faut accepter que les libraires vendent des livres. Amazon, le reste, c'est-à-dire un très nombre de livres auto-édités invendables. La situation des livres auto-édités était pire à l'époque où le numérique n'existait pas. Un gâchis de papier et des imprimeurs peu scrupuleux qui faisaient payer le prix fort à des écrivains en herbe, prêts à dépenser toutes leurs économies pour avoir leur livre entre les mains.

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.