Réponse à Monsieur Guillaume Widmann , Mme Régine Corbet et M. Franck Alizondes éditions Mic Mac - WAL Sarl

Clément Solym - 27.04.2012

Tribune - auteurs - illustrateurs - jeunesse


En septembre 2011, la Charte des auteurs et illustrateurs Jeunesse a publié sur son site un communiqué dénonçant un certain nombre de dysfonctionnements au sein des éditions Mic Mac. La veille de la sortie de ce communiqué, Monsieur Widmann a diffusé, à tous les créateurs ayant travaillé avec lui, une lettre qui se voulait poignante.


Lettre qu'il a également mise en ligne sur le site des éditions Mic Mac un certain temps. Il y affirmait :


…Nous serons en mesure de régler nos dettes fournisseurs et auteurs dès cette fin d'année ou au plus tard en tout début 2012. Nous sommes néanmoins confiants sur le fait que 80% de nos dettes auteurs pourront être réglées entre début novembre et mi-décembre. Nous pouvons vous l'annoncer aujourd'hui, le programme prévu pour la fin d'année pourra être respecté, l'ensemble des livres est en transport ou sur le point d'être imprimés…


Contrairement aux propos tenus par le gérant des éditions Micmac, au 26 avril 2012, certains livres annoncées pour 2011, voir 2010 ne sont toujours pas sortis. Par contre, d'autres non prévus, sont disponibles à la vente sans que les auteurs en soient informés (formats souples, collectifs remastérisés). Quant aux dettes, de nombreux auteurs restent en attente d'un règlement total de leur à-valoir ou de leurs droits d'auteur sur les ventes 2010 (lorsqu'ils ont, bien sûr, connaissance de ces ventes).


…Enfin, j'ai bien entendu été mis au courant de la démarche personnelle et collective que certains d'entre vous ont eu auprès de mes partenaires afin de savoir si oui ou non les éditions [MiC_MaC] trompe ses auteurs sur les chiffres de vente. Je regrette que cela se fasse par des moyens détournés sans que la question me soit posée en premier lieu. Car je vous l'affirme et je peux le prouver à quiconque me le demandera (pas tout le monde en même temps, s'il vous plaît), les redditions sont justes. Je n'ai aujourd'hui qu'une seule demande officielle depuis hier seulement. Et d'un auteur non adhérent à la charte par ailleurs. Et j'y répondrai, il n'y a strictement rien à cacher là-dessus…




Les redditions de compte sont justes ! Qui sait ? C'est la parole de l'éditeur contre ... aucune autre ... Car le seul moyen pour un auteur d'obtenir les chiffres de vente de ses ouvrages est de passer par le diffuseur !! Alors que faire, lorsque certains auteurs n'en voient pas la couleur !! Ils sont bien obligés de se tourner vers EDI Auzou, le diffuseur (qui ne répond pas aux courriers) ou vers La Sodis, le distributeur (qui ne se mouille pas plus et renvoie vers le diffuseur) pour tenter d'obtenir ne serait-ce qu'un début de réponse sur les ventes (bonnes ou mauvaises) de leurs livres. Certains attendent parfois depuis très longtemps, car déjà en 2008, des redditions de compte ne trouvaient pas le chemin de toutes les boîtes aux lettres ! Est-ce que l'éditeur a pour autant pris la peine d'y remédier ? Non. L'un des auteurs des débuts de la société nous confie ne jamais avoir eu ses chiffres de vente malgré les multiples relances.  


Aujourd'hui, plus de 20 créateurs sont touchés, sur une liste non exhaustive puisque tous les auteurs n'ont pas souhaité se prononcer, de peur d'envenimer la situation ou parce que leur dossier est dans les mains d'un avocat ou en attente d'une décision de justice. Nous n'avons également pas pu joindre les auteurs étrangers traduits. 


Ces auteurs ne sont bien évidemment pas restés les bras croisés : ils ont cherché à comprendre et ont effectué de nombreuses relances par mail, téléphone, et enfin par courriers recommandés auprès de Monsieur Widmann. Ils sont restés patients, compréhensifs. Ils ont offert de nombreuses chances à l'éditeur de "rattraper le coup" et ce, en vain. 


Dès à présent, les éditions Mic Mac doivent faire part des comptes pour l'année 2011. Comptes arrêtés depuis décembre 2011. Qui a déjà reçu son relevé de vente ? Les auteurs devront-ils à nouveau engager frais et procédures pour connaître la vie de leurs livres ? Les éditions Mic Mac pensent-elles qu'une fois le livre sorti, l'auteur l'oublie et ne se soucie pas de l'accueil que les lecteurs lui réservent ? Les auteurs sont-ils juste des prestataires à qui l'on peut faire subir toutes sortes de  mésaventures : albums parus sans en informer le ou les créateurs, albums parus sans contrat préalablement signé, albums soldés sans en avoir informé les créateurs, projets aboutis et sous contrats, mais non publiés, illustrations originales non restituées à leurs auteurs, etc. ? 


Car il nous a été également objecté que :

Dans cette période d'extrême tension financière, nous sommes restés à l'écoute des situations individuelles et un certain nombre de jeunes auteurs ont été privilégiés afin de répondre à certaines situations d'urgences personnelles.


Mais sur quels critères les éditions Mic Mac se permettent-elles de choisir les auteurs qu'elles paient et à qui elles rendent des comptes ? Quelle est la politique des éditions Mic Mac en ce qui concerne les contrats qui méritent d'être honorés par rapport à d'autres ? En effet, le retard de paiement ou de non-paiement est bien antérieur aux difficultés financières que Monsieur Widmann semble avancer. 

Tout le monde sera payé début mars. Je suis tributaire des banques, mais les sommes seront versées dans ces délais-là. »


Nous pensons que les auteurs (qui eux bien sûr ne sont pas tributaires des banques) ont été plus que patients. Nous rappelons qu'il ne s'agit pas de dénigrer ou de s'acharner. Monsieur Widmann n'est pas - comme il semble le penser - "l'homme à abattre". Plus que tout, les auteurs s'insurgent contre le système de fonctionnement aberrant et méprisant que les éditions Mic Mac ont instauré. 


Au-delà de l'aspect financier, nous sommes abasourdis de voir nos créations mises à mal comme certains projets retenus en otage, sans publication, depuis plus de trois ans !


Aucune justification ne peut cautionner ce travail bafoué et ce manque de respect. Usure et incompréhension sont donc les principaux motifs qui nous poussent aujourd'hui à exprimer publiquement notre indignation. 


L'éditeur ne doit pas oublier que, par le contrat qui le lie à un créateur, il détient des droits, mais il doit également respecter ses devoirs. Nous demandons que les éditions Mic Mac tiennent leurs engagements : fournir aux créateurs leurs redditions de compte et régler les sommes dues ; restituer les droits des œuvres non publiées et rendre aux illustrateurs leurs planches originales.



Le collectif des auteurs en colère