Rouvrir la librairie : “Nous sommes d’accord, lire est essentiel. Mais à quel prix  ?”

Auteur invité - 20.04.2020

Tribune - réouverture librairies COVID19 - libraires protéger clients - masques gels coronavirus


Depuis le début du confinement, les libraires subissent une pression psychologique démesurée au nom d’une idée. Le 14 mars, la librairie a été classée parmi les commerces non essentiels, comme un très grand nombre d’autres magasins. Imaginez les réactions « comment ose-t-on qualifier les livres de non essentiels » ?

Les libraires, d’abord paniqués par la survie de leur entreprise, se sont vite rendus à l’évidence : pour nous protéger tous du virus, c’était la seule solution. Le livre n’est pas vital, il ne sauve personne.


Librairie L'Attrape Plume

 
Les consignes du gouvernement étant très floues (ô surprise), nous comprenons à demi-mot que nous sommes autorisés à faire des livraisons ou des retraits devant nos libraires. Les clients ayant interdiction de rentrer sauf pour paiement.

Les libraires se déchirent alors. Certains refusent toujours de proposer des solutions pour diverses raisons, d’autres s’engouffrent dans la brèche afin de sauver leur librairie et sauvegarder les emplois qu’ils ont créés. Il y en a qui céderont malgré leur peur. Pourquoi ?
 
Les médias dans un premier temps. Depuis le début, ils donnent la parole aux ministres, aux sociologues, à M. Tartempion qui se posent en grands défenseurs de la culture, de la liberté de s’instruire, de la sacralisation du livre. Dans leurs interventions, on érige les libraires qui ont mis en place un système pour assouvir le besoin de lecture de leurs clients au statut de héros, de combattant, de résistant. Comme si ce virus invisible était personnifié en envahisseur. 

Pendant ce temps, la libraire que je suis, et bien d’autres, culpabilisent. Nous n’en faisons pas assez pour nos clients, nous ne sommes pas prêts à braver le virus pour sauver nos librairies, nous sommes fainéants.

Dans un second temps, notre entourage ajoute à cette pression. Plein de bonnes volontés, qu’ils soient amis, de la famille ou nos clients, tous les jours (presque toutes les heures) on nous propose des « solutions », des pistes de réflexion, on nous montre que tel libraire a fait ça. 

Je le dis sans syndrome de supériorité : tout ce que vous nous dites, nous l’avons pensé des centaines de fois. Nous y avons passé des nuits d’insomnie, nous avons débattu avec nos confrères jusqu’à en être fâchés (le mot est faible), la profession est divisée.

Que nous ayons choisi de livrer/proposer un retrait de livres ou non, nous essayons d’assumer nos choix qui seront lourds de conséquences pour chacun d’entre nous.

Aujourd’hui (enfin, ce 17 avril), c’est un nouveau tournant que prennent nos vies de libraires épuisés. La librairie devrait être un des premiers commerces à rouvrir. Nous sommes d’accord, lire est essentiel. Mais à quel prix ? Aurons-nous des masques et du gel ? Pourrons-nous protéger nos clients, mais aussi nous-mêmes et nos proches ? Je vois des lecteurs et des personnalités politiques se réjouir de cette nouvelle que nous devrions même ouvrir avant. Mais quel engouement pour le livre ! 

Comment se fait-il que nos librairies ferment les unes après les autres depuis des dizaines d’années, pourquoi les libraires ne sont-ils pas millionnaires quand chaque français est si désespéré de ne plus y avoir accès ? Pourquoi le gouvernement laisse-t-il la profession s’éteindre alors que nous sommes si indispensables ?

En plus de culpabiliser de ne rien proposer à mes clients, je suis fatiguée psychologiquement. Les nerfs lâchent devant cette mauvaise attention alors que toute l’année nous devons soulever des montagnes pour exister.

Ministres, sociologues, journalistes, M. Tartempion, je vous attends à la réouverture. Par centaines.
 
Jeanne Marchiset
Librairie L'Attrape Plume
38 Grand rue
67120 Dorlisheim


À retrouver, en écho à cette tribune, le texte de Sandrine Maliver-Perrin, qui fait un point sur les situations communes de la librairie et des établissements de prêt : Librairie ouverte, bibliothèque fermée ? Des imbéciles et des livres...
 
Tout aussi crucial.
 



Commentaires
Que vos nerfs ne lâchent pas alors que vous tutoyez la vérité!
Vous avez bien raison de vous protéger, vous et vos employé•e•s. Je m'interroge sur ces gens qui hurlent à la nécessité absolue du livre, et qui n'en ont pas déjà une bonne pile sous le coude pour le « quand j'aurai le temps » (c'est maintenant) et/ou une liseuse pour emmener quelques centaines de romans en voyage sans alourdir la valise, et qui peut magiquement se remplir en confinement, ou encore qui disposent d'une appli de lecture de livre audio sur leur tablette ou leur téléphone. Tous les gros lecteurs et grosses lectrices que je connais ont des réserves de livres, ils sont équipés. Ils ont le temps de voir venir avant que la famine livresque s'installe réellement, et ils ont des moyens de la contourner sans sortir du confinement. Ils connaissent même le plaisir de relire un livre lu des années auparavant, et de le re-découvrir sous un jour nouveau.

Alors qu'est-ce que c'est que ces gens qui se prennent soudain d'une passion dévorante pour la lecture sans être organisés pour l'assouvir, si ce n'est des poseurs et des poseuses qui aiment plus se prendre en photo avec un bouquin dans les mains et de la poster sur les réseaux sociaux que de le lire réellement ?

Ça doit faire bien longtemps qu'ils n'ont pas franchi le seuil d'une librairie, et sans la fermeture temporaire de celles-ci qui leur donne soudain une folle envie de l'interdit, ils ne contribueraient pas à leur survie. Ça ne vaut pas la peine de se mettre en danger pour des personnes comme ça.
Que c'est nombriliste, victimisant et arrogant. Que de mépris pour les lecteurs... Et le refus d'écouter et de dialoguer affiché comme principe...



Non nous n'irons plus dans votre librairie, si c'est pour être traité de la sorte.
Mme Tartempion, avec tout le respect que je ne vous dois pas, c'est votre commentaire qui est nombriliste, victimisant et arrogant. Quel mépris pour les libraires ! Votre refus d'écouter cette professionnelle du livre qui vous fait part de son vécu, de ses déchirements, de ses doutes, en toute sincérité, est flagrant. Allez donc confier votre clientèle à Amazon, qui ne vous infligera pas les états d'âme de ses esclaves (il leur est interdit d'en avoir). Je pense qu'elle ne manquera pas beaucoup aux militants du livre que sont les vrais libraires, ceux qu'aiment et soutiennent artistes-auteurs et lecteurs.
Je me dis que cette Mme Tartempion est une parodie, non?

Bon, je ne sais pas mais je vois de l'humour...
Cette charmante libraire tout à fait raison. Je suis une grosse lectrice et j'ai des milliers de livres que je relis avec beaucoup de plaisir sans compter les nombreuses piles de nouveaux livres qui m'attendent un peu partout dans la maison. Cependant vivement la réouverture des librairies car les grands lecteurs aiment avoir du choix. Merci aux libraires.
Mais enfin cette question de la réouverture des librairies ou non peut se poser pour tous les commerces et toutes les activités professionnelles !

Ce pays ne peut rester au point mort éternellement par peur panique du virus sinon le remède deviendra pire que le mal.

Ou on décrète la mort pure et simple des librairies et bibliothèques ?

Et quid des relais de presse et tabac (où on trouve un choix assez restreint de livres) ???

Ces gens pourraient se plaindre de la même façon et estimer que leurs points de vente ne sont pas de la première nécessité ?

Moi je suis pour que l'on prenne toutes les précautions d'usage mais on ne peut étrangler,tuer toute vie économique et culturelle.

Il FAUT impérativement protéger les libraires et bibliothécaires: c'est une évidence absolue.

Et toutes et celles et tous ceux qui travaillent en ayant un contact avec du publio,tout bêtement.

Moi je ne pourrai(s) absolument jamais me résoudre à ne lire qu'en ligne !

Le papier doit résister (il est vrai que le calamiteux Presstalis est un boulet pour les journaux et périodiques,c'est dramatique mais je m'éloigne un peu du sujet premier...).
Pauvres éditeurs si plus rien ne sort...
Oui, mais.

Si pour combler le trou de tréso, les libraires retournent la même valeur de leur stock, les éditeurs vont aussi tomber. Les plus petits, disons. Les librairies sont très peu rentables et ont donc peu de tréso, peu aussi de moyen de faire entrer rapidement de l'argent. Où est-il? Sur leurs étagères. Des retours massifs peuvent donc être aussi casse-gueule pour la chaine qu'une fermeture... Bref, vous me comprenez, c'est délicat tout ça, un effet domino.
Combien de personnes ont poussé les portes d'une librairie en 2020 ? Combien se sont dirigés vers le rayon littérature ? Combien en sont sortis avec un livre sous le bras ? Et combien l'ont lu de bout en bout ?
Réponse à Koinsky (message du 21 avril): moi-même, mon général !

Je recommande la librairie géante Filigranes,pour ce qui est de la maison-mère avenue des Arts à Bruxelles...tout près de l'Alliance française.

Fin du confinement belge en principe le lundi 4 mai...mais Filigranes est fermé(e)-ce qui fait un choc - et alors que j'écris cela,on ignore quand les librairies et bibliothèques belges rouvriront !
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