“S'affranchir d'Amazon... Nous c'est fait !”

Auteur invité - 30.04.2020

Tribune - librairie occasion indépendante - livres anciens modernes - Amazon affranchir départ


Il aura fallu un confinement et le cynisme poussé à son maximum de la part de la direction pour que nous sautions le pas et décidions enfin de fermer définitivement notre boutique Amazon... Mais pourquoi avons-nous décidé, un jour, d'ouvrir une boutique sur cette plateforme inhumaine ?
 

par la Librairie et Caetera - Librairie des Liserons




 

Lorsque nous avons démarré la vente de livres en ligne (en 1999), nous n'avions nul besoin d'Amazon, nous vendions sur Chapitre, Galaxidion, Livre-rare-book, Abebooks... Nous parvenions à gagner notre vie.
 

En 2008, notre activité ne nous permettant plus de dégager un revenu suffisant pour vivre, nous avons repris les marchés, qui, malheureusement, ne rapportaient pas grand-chose non plus... Plusieurs collègues nous ont conseillé de rejoindre Amazon : "On y bosse" disaient-ils... C'est en désespoir de cause que nous y avons ouvert un compte ; il y avait les gosses à nourrir, les emprunts à rembourser...


Eh oui ! "On y bossait" en effet...


Damned ! C'était donc là qu'avaient migré une bonne partie de lectrices et lecteurs et nous y avons retrouvé quelques connaissances ...


Et voilà, la grosse machine avait trouvé la façon d'embarquer un maximum de personnes dans son entreprise d'algorithmisation du monde...


C'est par "facilité" que nous y sommes restés si longtemps... Mais, si ce n'est un apport financier quasi "garanti", nous n'avons trouvé aucune satisfaction à exercer notre métier sur cette plateforme. Notre degré de souffrance n'est, bien entendu, pas comparable à celui des salariés des entrepôts, mais nous nous sommes trouvés noyés au milieu d'une masse des livres à des prix aberrants (le prix d'un même livre peut varier de 1 centime à 1965,37 €), en proie à la "fusion" des offres dénaturant nos descriptions, interdits de communication directe avec nos clients, minutés, évalués, fliqués, incités à être toujours plus compétitifs, infantilisés, mal considérés et menacés de suspension de notre compte à la moindre protestation... Chez Amazon, le client a toujours raison, le "collaborateur" marketplace a donc toujours tort...
 

Et que dire du malaise éprouvé à l'idée d'être acteurs de cette catastrophique dérive du monde et de notre propre aliénation ?


Et que dire du dépit à l'idée de participer à l'accroissement de la fortune indécente de Jeff Bezos(grosso modo 20% du montant de nos ventes étaient prélevés par Amazon) ?


Nous n'étions pas clients Amazon et l'intention de quitter ce navire était là depuis l'origine. Nous sommes très heureux d'avoir aujourd'hui l'audace de faire ce pas de côté. Même si nous ne savons pas trop où nous allons en nous privant d'un tiers de notre revenu, cette décision nous réjouit... En nous libérant de cette "tyrannie de la commodité" nous allons certainement gagner en inventivité et, en attendant, nous plantons des patates. 
 

Je souris en lisant les messages larmoyants de la direction : le méchant tribunal qui empêche Amazon d'apporter "de l'aide" à ses clients en cette période exceptionnelle, le virus qui affecte notre "communauté"... l'assurance que notre partenariat est apprécié... J'ai récemment relu mon contrat, je n'y ai pas trouvé trace de cet esprit communautaire...
 

Nous invitons chacun et chacune à s'affranchir de ce mode de consommation et, d'une façon générale, à se demander avant tout achat "des personnes ont-elles été maltraitées pour que, moi, je puisse accéder à ce bien de consommation ?" Cette Éthique minimale réduira rapidement notre impact social et environnemental !
 

Pour continuer à exercer notre beau métier, nous rejoignons des plateformes indépendantes : Leslibraires.fr, plateforme française dédiée au livre, et nous tentons l'Amérique avec Biblio.com et peut-être l'Espagne avec Uniliber.
 

Cela s'ajoute à nos boutiques Abebooks (Filiale d'Amazon (eh oui...), mais sur laquelle il n'est pas désagréable de travailler, car elle permet encore, à ce jour, le contact direct entre vendeur et acheteur) et, livre-rare-book (notre lieu de travail préféré !)
 

livre-rare-book étant le seul site à ne pas prélever de commission sur les ventes, en passant votre commande sur ce site, c'est vous qui bénéficierez d'une remise.


Au plaisir de vous retrouver ici ou là...




Commentaires
Posez vous la question ! pourquoi Amazon est aussi grand ? ben parce que ça plait à beaucoup beaucoup de monde voilà. Alors condamner le géant ok ! et alors cela va changer quoi ? Les GAFA existent parce que les gens les ont fait grandir alors à qui la responsabilité ? Et que les patrons de ces entreprises gagnent de l'argent c'est normal, c'est la vie! Vous qui les condamnez devenez Patrons au lieu de les critiquer et arrêtons de dire cette phrase qui me sort par tous les trous ! exploitations des ouvriers ...cela ne veut rien dire, sans patrons l'industrie ne marche pas !
Super commentaire de quoi débattre longuement
Mes propos n'engagent que moi, et je n'ai pas prétention à convaincre les foules. Ce texte publié sur mon blog (plutôt confidentiel) était destiné aux amis et clients de la librairie qui le suivent. Je l'ai transmis à des collègues libraires et j'ai accepté qu'il soit relayé sur Actualitté, plutôt contente que des personnes trouvent mes propos dignes d'intérêt. Je ne suis pas une habituée de la polémique online (les libraires et autres documentalistes ont la réputation d'être discrets) et n'envisage pas d'y passer trop de temps, préférant de loin l'interaction en live. Cependant ce témoignage de mon expérience de « partenaire » marketplace et cette invitation à une réflexion plus générale sur la consommation semblent avoir agacé ou blessé pas mal de personnes et, de fait, je me sens un peu obligée de répondre pour clarifier mes propos. J'ai pas mal réfléchi, en ce beau dimanche ensoleillé, tout en binant mes patates, et ma réponse risque d'être un peu longue (est-ce que ça va rentrer dans la case prévue à cet effet ?) Mon compagnon se joint à moi, nous faisons un seul message en réponse aux commentaires et questions postés sur les différents sites. J'emploierai donc le nous (il sera plus facile à deux d'absorber les commentaires énervés et les !!!! s'il y en a en retour). Notre réflexion résulte du constat que le mode de consommation (et de vie) des pays industrialisés n'est pas soutenable pour la survie des espèces vivantes sur terre (je ne dis pas survie de la planète, elle survivra sans nous). Si vous doutez de ce postulat de départ, inutile de lire la suite... Pour répondre à "Pourquoi encore critiquer amazon et pas les autres grosses plateformes alors ?" Nous sommes loin de regretter uniquement le fonctionnement d'Amazon, nous ne connaissons pas "personnellement" les autres géants (si ce n'est priceminister quitté il y a déjà longtemps pour des raisons d'inconfort professionnel) et nous n'utilisons aucun d'eux. Nous parlons d'amazon car nous sortons tout juste de 12 ans de "partenariat" avec eux et nous en avons gros sur la patate. Un peu comme si amazon nous avait contraints à rejoindre sa "communauté" après nous avoir privé de 30 % de nos revenus en faisant péricliter les petites structures avec lesquelles nous travaillions auparavant (et ce en embarquant un grand nombre de clients), pour ensuite nous louer plus cher ses services (par ailleurs beaucoup moins satisfaisants pour nous). Alors oui, nous crachons dans la soupe (notre minuscule crachat ne souillera cependant certainement pas le bouillon commun). Nous ne mordons pas la main qui nous a nourris, nous dénonçons les pratiques abusives d'un "partenaire" que nous avons également nourri (nous lui avons donné quelques 5000 euros l'an passé). Par ce message, nous ne souhaitions pas exprimer une quelconque rancœur car nous n'avons de reproches à faire qu'à nous-mêmes, de nous être laissés embarquer et d'avoir pensé pendant si longtemps que rester "là" était incontournable. Nous souhaitions simplement partager une expérience, une réflexion, prévenir... et questionner chaque personne sur ce qu'elle se sent capable de faire pour conserver ce qu'elle veut conserver ou pour ne pas perdre ce à quoi à elle tient. Cette période troublée et troublante de confinement nous semblait propice à ce type de réflexion sur les priorités que chacune et chacun a envie de se donner. Nous sommes tout à fait d'accord sur le fait que ce qui a fait la grandeur d'amazon et de tous les GAFAM, ce sont les utilisateurs/consommateurs qui l'ont établi et consacré. Ils y ont été fortement incités, bon gré, mal gré, car ils y ont trouvé la commodité, un sentiment de sécurité et d'appartenance à une communauté que des spécialistes de la communication et des neurosciences ont su développer pour qu'ils y transposent la satisfaction de ces besoins fondamentaux dans le monde virtuel, au détriment du monde réel. (La série "dopamine" d'ARTE est intéressante à ce sujet). C’est donc à nous, les petites gens, que ces géants doivent leurs immenses fortunes. Nous avons souri au "Post de bourgeois ! Tout le monde n'a pas les moyens d'acheter ailleurs que sur amazon". Nous avons bien conscience que ce mode de consommation est commode pour beaucoup de personnes et nous ne jetons la pierre à personne. Nous pensons juste qu'il n'est pas incontournable. Vous vous souvenez ? Il n'y a pas si longtemps, nous savions vivre sans... Sommes-nous plus heureuses et heureux maintenant ? Les personnes qui évoquent ici cette absence d'alternative, sont-elles, elles-mêmes, privées d'autre possibilité pour effectuer leurs achats ? Encore une fois, n'effectuant pas d'achats sur ces plateformes, nous nous dispenserons d'avoir un avis sur la compétitivité des prix, mais concernant le livre (qui est une part importante du marché amazon), pour le neuf, ils sont au même prix que partout ailleurs et pour l'occasion, souvent moins chers ailleurs, sur des plateformes moins prédatrices en commissions. Sinon, nous ne sommes pas des bourgeois, même si nous nous sentons extrêmement privilégiés par notre qualité de vie, entourés d'arbres et d'animaux. Nous vivons de peu, matériellement parlant : une vieille Clio de 1985, des fringues d'occase, des téléphones préhistoriques, mais nous mangeons bio (je peux vous donner l'adresse d'une épicerie en ligne, éthique et pas chère - manger bio des produits non transformés coûte moins cher que manger des produits transformés non-bio - pour le prix d'une baguette Leclerc, je fais un pain de 600g). Avec des revenus mensuels de quelques 1000 euros par mois chacun, un loyer à payer et des gosses étudiants à aider, nous avons fait le choix de nous priver de 30 nos revenus, au moins dans un premier temps, car nous allons faire preuve d'inventivité et espérons trouver un moyen de renflouer les caisses. Dans cette prise de décision, l'aspect financier n'a pas été prépondérant. En cette période où tout est remis en question et où nous appréhendons le retour à l'anormal, le plus important nous semblait être de retrouver le plein accord avec nos valeurs. Nous allons, de fait, réduire notre participation à la surconsommation. Sachant que, pour que notre espèce survive, il faudrait que les sociétés occidentales réduisent leur consommation de quelque 80%, nous aurons fait notre petite part. Cela ne devrait pas être trop douloureux car nous travaillons déjà depuis longtemps à réduire notre "vouloir d'achat". Nous ne sommes pas des activistes, tout au plus des militants du minuscule. Nous avons bien envie de vivre dans un monde équitable, convivial, constitué de liens humains et d'entraide et nous avons fait le choix d'agir dans ce sens, avec pour objectif principal de ne nuire à quiconque. En aucun cas nous ne pouvons nous résigner au « les riches sont riches, les pauvres sont pauvres et c'est la vie ». Au sentiment d'impuissance que révèlent ces mots, nous opposons le sentiment que chacune et chacun a la capacité de tenter de vivre en accord avec ses valeurs, qu'il soit riche ou pauvre. Si cette opinion reste encore minoritaire, à la suite de chaque incident climatique (incendies, ouragans, covid-19, canicule de l'été prochain ?), le nombre de personnes qui réfléchissent à leur influence individuelle sur l'écosystème global augmente. Nous espérons que la conscience collective fera pencher la balance du côté de la vie avant qu'il ne soit trop tard. Si les valeurs partagées par le plus grand nombre demeurent en faveur d'un monde dirigé par les GAFAM dans lequel un seul être humain peut posséder une fortune équivalant à un salaire de smicard cumulé depuis le début de la vie sur terre, nous poursuivrons notre chemin "en marge" mais dans la bonne humeur, car nous cultivons avant tout, la joie de vivre. Bien à vous, Sophie et Marc
je me demande combien de personnes ont lu ce qui suit le postulat de départ, pour ma part oui, et votre message fait écho à ce que je ressens et à mon mode de vie... je vous/nous souhaite bonne chance pour la suite !
Bonjour,



Entre adorateurs et contempteurs, Amazon fait toujours le buzz, et créé le troll !



Mais que de violences dans les propos, notamment contre cette pauvre libraire accusée de tous les maux !

N'a-t-on pas le droit de réaliser que l'on s'est fourvoyé dans un choix contraint à un moment par la nécessité de survivre ?

Combien se sont réellement enrichis grâce à la plateforme ? Hormis M. Bezos !



Alors oui Amazon a des aspects très pratiques et peut dépanner.

Oui on trouve de tout et on peut l'avoir en quelques jours quand ce n'est que quelques heures !

Oui Amazon a perdu des places en satisfaction client car à force de vouloir tout offrir on s'y perd, et parfois c'est plus devenu la Foir'fouille qu'autre chose !

Oui on peut appeler au boycott d'Amazon sans pour autant qu'il perde un seul cheveu !



Mais n'oublions pas qu'ici il s'agit de librairies, le sujet initial, et que moins il y en aura et plus des sites de ce genre auront un jour le droit de faire ce qu'ils veulent, y compris de ne pas distribuer ce qui leur déplaît.



Enfin n'oublions pas qu'Amazon triche et assassine et qu'un jour il sera trop tard. A charge ces deux articles édifiants !



https://korii.slate.fr/biz/algorithmes-donnees-data-amazon-tuer-concurrence-dependance-classement



https://www.wsj.com/articles/amazon-scooped-up-data-from-its-own-sellers-to-launch-competing-products-11587650015
Je suis auteure, je vends sur amazon, car : "je n'avance pas 100 et plus pour promouvoir mon livre et qui n'est jamais promu! et Je ne suis pas dans l'air du temps -pas de meurtres, pas de torture, pas de complots!" J'aime bien lire ces livres, mais le sang me gèle, le viol (pour l'avoir vu de près) me m'excite pas. Je suis ennuyeuse et moraliste! Même pas, simplement je suis du siècle dernier. Tristes Tropiques,un sang d'aquarelle, plutôt cela! Alors je m'yretrouve!

Cordialement lor
Amazon... Amazon... Amazon... Soit vous acceptez le capitalisme, et son principe de base qui est la satisfaction du client à moindre coût et la concentration des capitaux ; soit vous vendez votre baraque et votre librairie, et partez vivre sous une tente dans le Larzac à vous nourrir de gastéropodes. Il n'y a pas de troisième voie, désolé. Et le livre est une marchandise comme les autres, hélas. Qui peut rendre très très con – cf le Mom's Porn – ou à l'inverse, très intelligent. Une fois qu'on a compris cela, on a tout compris.
Bonjour esprit clair,

Désolée, je n'ai pas bien compris votre "leçon".

Je n'accepte plus le système amazon et pourtant je conserverai ma librairie. et nous vivrons en marge, ma librairie, mon potager, mes gastéropodes et moi...
Bonjour, je suis d'accord avec vous, en tant que cliente d'amazon, je ne renouvellerai pas contrat Amazon prime et de toute façon, je ne commande plus rien depuis 4 mois chez amazon!
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