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Samantha Bailly : éditeurs, “nous devons dialoguer. Nous devons nous comprendre”

Charte La - 31.05.2017

Tribune - Samantha Bailly Charte - auteurs illustrateurs jeunesse - relations auteurs éditeurs


Récemment élue à la présidence de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Samantha Bailly a souhaité faire parvenir un message fort, adressé tout à la fois aux auteurs et aux éditeurs. C'est dans les colonnes de ActuaLitté, en partenariat avec la Charte, que nous proposons cette tribune.
 

Le stand de La Charte, par Anouk Ricard - Salon du Livre et de la Presse Jeunesse (SLPJ) - Montreuil
Anouk Ricard - ActuaLitté, CC BY SA 2.0 
 


Adhérente de La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse depuis 2013, je ne saurais dire à quel point cette association m’a aidée à me construire et a nourri mon parcours. À travers les informations transmises, les outils juridiques, le partage d’expériences, j’ai réellement appris le métier d’auteur. Et dans une très grande période de précarité que j’ai vécue en 2014, j’ai pu y puiser un soutien incroyable. Le genre de soutien qu’on n’oublie pas. 

 

Aujourd’hui, il me paraît naturel de rendre ce que l’on m’a donné. De poursuivre cette chaîne de solidarité entre auteurs, pour être toujours plus informés et plus forts ensemble. 

 

Depuis sept mois, j’aide le CA de La Charte, afin de prêter main-forte sur la communication et les relations éditeurs. J’ai découvert une association vivante, diversifiée, engagée. Un Conseil d’Administration plein d’énergie, des personnes aux opinions variées, des salariés investis, des partenaires extérieurs fidèles et d’un grand soutien, ainsi qu’une présidente courageuse, qui porte ses convictions en bandoulière. De nombreuses discussions passionnantes, des points de vue affirmés, et cette capacité incroyable à réfléchir ensemble.
 

Carole Trébor : “Sans auteurs, pas de livre. Notre cause est juste.”


En tant qu’auteure, merci à la Charte et à tous ses membres, vraiment, pour ce travail de représentation de la littérature jeunesse, d’information, de défense de nos droits, de sensibilisation. Ces dernières années, la Charte a vécu un grand tournant, avec des campagnes de communication fortes, en posant des mots sur ce qui est. J’adresse ici un merci tout particulier à Carole Trébor, qui a porté ce combat loin, avec son énergie, sa volonté de faire bouger les lignes, avec son sentiment d’injustice si légitime. Carole, bravo, car incarner publiquement tant de revendications tout en poursuivant son travail d’auteur est une charge aussi lourde qu’importante. 

 

J’ai longuement hésité avant de me présenter, de peur, justement, que cette charge soit trop lourde. Car j’ai été témoin ces derniers mois de l’incroyable travail que représente la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, et d’extérieur, je ne voyais clairement que la partie émergée de l’iceberg. Peu de personnes réalisent, je crois, la dureté du combat mené pour la reconnaissance de ce qui devrait être normal, simple et évident : que la littérature jeunesse soit considérée comme une littérature comme les autres, sur les plans culturel et social. Car ces deux plans sont intimement liés.

 

Par mes choix récents et revendiqués, comme la représentation par un agent littéraire, ma professionnalisation dans son ensemble, mes conditions se sont améliorées. C’est dans ce moment-là que se joue un choix crucial : continuer sa route seule, avec ses acquis, ou bien partager et soutenir les autres auteurs. Pour aller jusqu’au bout de la démarche, me voici donc au service de mes pairs auteurs et des illustrateurs. Une démarche qui s’inscrit dans la continuité de mon travail d’information et de pédagogie via ma chaîne Youtube, qui a pour vocation de montrer les coulisses du métier d’écrivain avec réalisme. Car tous, nous sommes dans le même bateau. Nous nous connaissons ou non, nous avons nos affinités et nos divergences, mais nous pouvons être ensemble.
 

Nous respectons le travail des membres de la chaîne du livre, mais nous voulons simplement que l’on nous redonne notre juste place.

Samantha Bailly

 

Un éditeur est une entreprise, et un individu seul face à une entreprise est plus fragile, vulnérable, et d’autant plus lorsqu’il vient apporter une œuvre qui fut en gestation en lui. Pour un auteur ou un illustrateur, supporter ce rapport de force individuellement, en se sentant isolé, est très difficile. Mais nous ne sommes pas seuls. Rien qu’à la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, nous sommes 1300.

 

Tous ensemble, nous poursuivrons les chantiers en cours et allons en amorcer de nouveaux. Travailler au rayonnement de la littérature jeunesse sur le plan culturel, faire grandir nos partenariats, créer des campagnes de communication originales et audacieuses, veiller aux enjeux autour du droit d’auteur, se battre pour une rémunération plus juste. Nous défendons la place des créateurs : une place périphérique au sein du monde du livre, alors qu’elle devrait être centrale. Sans auteurs et illustrateurs, pas de livres. Nous respectons le travail des membres de la chaîne du livre, mais nous voulons simplement que l’on nous redonne notre juste place. Nous souhaitons que nous reconnaissions notre valeur, notre travail, notre statut professionnel, pour une situation plus équilibrée. 

 

Aujourd’hui, par cette lettre et ce relais qui se crée, je lance deux appels.

 

Le premier, aux auteurs et illustrateurs. N’hésitez pas à nous écrire, à remonter vos besoins, vos questionnements : la Charte est là pour vous. Nous sommes ouverts, à l’écoute, et voulons vous représenter de la façon la plus cohérente possible. Aussi, d’autres auteurs peuvent vous conseiller, vous aider dans votre parcours. Les conditions que nous acceptons sont contextuelles, mais nous devons aussi prendre notre part de responsabilité : nous les acceptons bien trop souvent, par manque d’information, de formation ou par isolement. 

 

Le second appel, aux éditeurs. Nous devons dialoguer. Nous devons nous comprendre. La colère des auteurs et illustrateurs jeunesse existe, et cette colère doit être entendue. Nous sommes dans un monde mouvant, en changement. Le fait que le différentiel de traitement auteur adulte et jeunesse soit dans les usages n’est pas une réponse. Notre société évolue, les prises de conscience ont lieu, le rapport auteur-éditeur évolue également, de façon inévitable. La réponse que nous attendons est la suivante : nous sommes prêts à vous écouter, et à trouver des solutions.

 

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse poursuit donc son travail avec énergie, créativité et détermination, dans sa philosophie première : pour les auteurs, par les auteurs.

 

Samantha Bailly