Alors que le magasin Oyssée va rouvrir ses portes en début d’après-midi, une réunion est organisée ce matin, avec le mandataire et les équipes. Le sort des librairies Sauramps, dont la reprise était confiée au Furet du Nord, continue d’être ballotté. Après l’annonce d’une suspension de reprise, il faut réorganiser. Mais également faire le point sur la situation.


Nous diffusons ce matin la tribune d'un salarié de Sauramps, Julien Domergue, délégué syndical Sud Commerces et Services et délégué du personnel.


Grève à Sauramps Odyssée

ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Depuis l’annonce ce vendredi 7 juillet 2017 du recours suspensif validé par la première juge de la cour d’appel après l’appel de Jean-Marie Sevestre, l’ire est de mise au sein des troupes saurampsiennes.

 

Magasins fermés au Triangle et à Alès, salariés en grève, la rancœur affichée contre cette décision rend les rapports acerbes entre les 57 qui sont toujours maintenus et les 62 qui sont pour le moment en attente de licenciement. À chaud il est difficile de faire le tri dans les émotions, après 48h les sentiments sont mieux définis.

 

L’appel était la volonté d’une très grande majorité (pas de l’intégralité) du personnel. Au soir du mercredi 28 juin, l’ensemble du personnel était en larmes, choqué de voir 62 personnes quitter une aventure de 70 ans. La question de l’appel s’imposa, et sollicité, Jean-Marie Sevestre s’est vu quasi obligé d’exercer son droit de recours (seuls le parquet et lui le pouvaient) pour ce qui restera peut-être sa seule bonne décision depuis plus d’une décennie.

 

Entre temps, le Furet du Nord est entré dans les murs le 1er juillet, jour de mobilisation massive au Triangle, jour de témoignages d’amour de la part des Montpelliérains et Montpelliéraines envers leurs librairies.
 

Puis il y a le 3 juillet, le procureur annonce qu’il ne fera pas appel alors que son recours aurait été immédiatement suspensif, ce qui a posteriori fait perdre 5 précieux jours.
 

Ensuite l’audience du 5 juillet, houleuse, à la sortie de laquelle la juge demande deux jours de réflexion. Enfin la double décision du 7 juillet qui décide de suspendre l’exécution du verdict du tribunal de commerce (en faisant un rappel de la loi de 1985, jamais mentionné par ce dernier, qui définit les critères de ce type de cession) et de fixer une date d’audience le jeudi 13 juillet (ce qui est extrêmement rapide) pour entendre une dernière fois les différentes parties au dossier.

 

Ces nombreux rebondissements sur une très courte période ont achevé psychologiquement les salariés qui vivent une période difficile depuis de trop nombreuses années :

 

— janvier 2017 Sevestre présente le nouveau « propriétaire » des lieux au personnel, Matthieu de Monchalin arrive tout sourire et repart presque aussitôt après que le tribunal de commerce se soit étouffé à la lecture de son offre.

— novembre 2016 Jean-Marie Sevestre place son ego avant l’intérêt de ses salariés en refusant l’offre de Benoît Bougerol.

— juin 2016 Sauramps est mise sous mandat ad hoc (entreprise placée sous suivi du tribunal de commerce).

— décembre 2014 l’échec de la vente à l’ancien DG du groupe (Florent Moure).

— janvier 2012 un PSE est validé par la DUP, des départs qui ne changent rien, car accompagnés d’aucune restructuration structurelle, organisationnelle ou commerciale.

— avril 2007 la première année d’une décennie de pertes.

 

Des années de misères morales, au cours desquelles Jean-Marie Sevestre et Alain Panaget (son directeur de magasin et bras droit) ont été écœurants de médiocrité, qui amènent nécessairement les salariés à perdre patience et raison.

 

Car sans aucun doute la décision de la cour d’appel est logique. 
 

Le Furet n’a pas passé de commandes pendant une semaine, a encaissé les ventes d’un stock qu’il n’a pas acheté et ne se montrait pas désireux en attendant l’appel de changer quoi que ce soit.
 

Logique, là encore, dans la mesure où dans une semaine Pierre Coursières et ses équipes pourraient être sommés de quitter les lieux définitivement et donc ne pas profiter de ce qu’ils auraient pu investir.
 

Logique toujours dans la mesure où la cour d’appel se pose probablement des questions sur le fondement des motifs édictés en première instance qui paraissent toujours comme incompréhensibles pour de nombreux acteurs et observateurs du dossier. D’autant, que le bureau du procureur, l’administrateur judiciaire, le mandataire judiciaire, les représentants du personnel d’Odyssée et ceux du Triangle avaient tous émis un avis favorable à Ametis (ceux d’Alès ayant préférés la voie de Benoît Bougerol, vrai libraire indépendant aux antipodes de ce que le Furet peut être).

 

Bref, il ne faut pas se tromper de colère, Sauramps a beau être complexe comme un roman de Steinbeck, on en revient toujours aux mêmes : Sevestre et ses fidèles lieutenants.
 

Car, quel que soit le verdict final, tout aurait pu mieux se passer si ces personnes avaient montré plus d’humanité, de compétence, d’intelligence et de bon sens. Personne d’autre qu’eux n’est responsable de l’état des librairies et de ses troupes.
 

Quel que soit le repreneur, il devra faire table rase de ces années pourries où le management et les bons principes de gestions comptables et logistiques étaient aux abonnés absents.

 

Pour autant il reste encore des gens compétents. Il y a encore des libraires investis et des chefs d’équipes motivés. Des comptables performantes, des hôtes et hôtesses de caisses toujours aimables, des chargés de comptes collectivités qui ont créé des liens forts avec leurs clients, des logisticiens multitâches loin des préceptes fordiens d’une chaîne... du personnel qui a le droit de revendiquer haut et fort ne pas vouloir payer les erreurs d’une oligarchie défaillante.

 

Charge au futur repreneur de rompre définitivement avec le passé et de réinstaurer un climat de travail serein, rapidement et avec un maximum d’employés (sur Montpellier et Alès si possible). Ça commencera par une décision de justice incontestable après l’audience de ce jeudi 13 juillet à 9 h (à la cour d’appel), où nous invitons tous ceux qui le peuvent à venir nous soutenir.

 

 

Julien Domergue, délégué syndical Sud Commerces et Services et délégué du personnel.