“Sauver les librairies au coeur de nos villes”

Auteur invité - 01.12.2017

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La semaine passée, un amendement adopté au Sénat mettait le feu aux poudres : qu’est-ce qu’être libraire, interrogeait-il en substance ? Et comment définir les avantages fiscaux qui découlent d’un statut de librairie labellisée ? Le nœud gordien reste celui de la librairie de centre-ville, ses difficultés, son avenir, qu’elle soit dite indépendante ou sous la bannière d’une enseigne.

 

Différentes sociétés ont choisi de soutenir l’amendement en question, et signent dans ActuaLitté une tribune pour défendre leur vision. Nous en reproduisons ici le texte dans son intégralité.



 
 

Nous avons l’honneur et la chance d’exercer l’un des plus beaux métiers du monde : nous sommes libraires. C’est à travers nos entreprises et grâce à nos salariés que les Français accèdent à la lecture. Cette lecture dont Mario Vargas Llosa soulignait encore tout récemment au Collège de France qu’elle demeure le plus grand événement de sa vie.
 

Certaines de nos librairies sont centenaires et ont accompagné plusieurs générations de libraires et de lecteurs. Des familles, des enseignants, des jeunes, et moins jeunes viennent dans nos librairies partager des moments de bonheur, des coups de cœur, rencontrer des écrivains et écouter les conseils de nos libraires. Dans nombre de villes moyennes, elles sont devenues l’un des derniers espaces où se conjuguent la vie culturelle et la vie sociale. Le savoir lire est le meilleur allié du savoir vivre ensemble.
 

Pourtant, nos librairies sont aujourd’hui très vulnérables et nombre d’entre elles se battent pour survivre. Elles sont touchées par la digitalisation de l’édition. Elles subissent de plein fouet la concurrence déloyale des plates-formes numériques dont il a été montré que leur taux d’imposition est limité à 5,2 % en moyenne. Elles sont frappées par la polarisation de la population et du territoire, notamment par la désertification et la paupérisation de certaines régions ainsi que de nombreuses villes moyennes.
 

France : la librairie se déchire pour un amendement
et Amazon compte les points

 

Nous assistons ainsi à la multiplication des faillites de librairies petites, moyennes ou importantes, à l’image des librairies Gibert Jeune, reprises in extremis par le groupe Gibert Joseph, de librairies Chapitre, reprises par Albin Michel, ou de librairies Virgin, reprises par le Furet du Nord.
 

Le rôle irremplaçable des librairies dans la vie culturelle et sociale justifie que les pouvoirs publics se mobilisent pour leur survie. C’est la raison pour laquelle, le 24 novembre, le Sénat a voté à l’unanimité, avec le soutien du gouvernement, un amendement visant à faire bénéficier toutes les librairies, en dehors des grandes enseignes non spécialistes et des plates-formes numériques, de la possibilité offerte aux communes de les exonérer de la cotisation foncière des entreprises (CFE) et de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).
 

Cette disposition est vitale pour l’équilibre économique de toutes les librairies. Elle vient mettre fin à l’injustice qui, de facto, réservait ce dispositif à 500 librairies sur les 3 000 que compte notre pays. Et interdisait aux maires de décider seuls d’exonérer les librairies actives dans leurs villes.
 

Aujourd’hui, en effet, la demande d’exonération est subordonnée à l’obtention du label Librairie indépendante de référence (LIR), label accordé par une commission du Centre national du livre. Sur le principe, on ne peut que s’étonner, dans un Etat de droit, de voir un comité se substituer aux élus pour décider de l’accès à un avantage fiscal. Dans les faits, les pratiques de cette instance en limitent le bénéfice à une librairie sur six sur la base de critères contestables.


Nous nous réjouissons que 500 librairies bénéficient déjà de cette exonération. Beaucoup d’autres la méritent. Il est incompréhensible et injuste que les 2 500 librairies restantes soient exclues de ce dispositif. Qu’elles soient petites, moyennes ou grosses. Qu’elles soient encore détenues par une famille ou par d’autres actionnaires. Tout comme il est incompréhensible que le Syndicat de la librairie française, qui est censé représenter toutes les librairies, refuse cette extension.
 

Le métier de libraire, c'est vendre des livres
ou être exonéré de taxes ?

 

Au terme de la réforme adoptée par le Sénat, toutes les librairies de France, à l’exclusion des grandes enseignes généralistes et des plates-formes numériques, pourront présenter une demande d’exonération aux maires. Et il reviendra aux seuls élus, en fonction de la situation des villes dont ils ont la charge et du travail culturel et social effectué par les librairies présentes sur leur territoire, d’ouvrir ou non le bénéfice de l’exonération d’une partie des impôts locaux.


Cette mesure constitue un progrès pour toutes les librairies. Elle concilie l’efficacité économique avec le progrès de la justice, de la transparence et de la démocratie.
 

En 2017, personne ne se lance dans la librairie avec comme premier objectif de s’enrichir. C’est un métier dominé par la passion et l’engagement au service du livre, de la culture et du lien social. Nos librairies sont un facteur déterminant pour l’animation de nos villes. C’est un métier qui ne peut aujourd’hui survivre sans le soutien de l’Etat et des élus qui se battent pour faire vivre les territoires.


C’est la raison pour laquelle nous encourageons tous les libraires, mais aussi tous les acteurs de la filière du livre, tous les lecteurs et les passionnés de culture à soutenir la démarche engagée par le Sénat et appeler tous les parlementaires à s’engager pour la mener à son terme.
 

Les signataires : Pierre Coursières (Librairies Furet du Nord), Guillaume Decitre(Librairies Decitre), Guillaume Dervieux(Librairies Albin Michel), Franck Ferrière (Librairie Gibert Jeune), Yannick Poirier (Librairie Tschann), Olivier Pounit Gibert (Librairies Gibert Joseph).

 

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