Tout poète se doit d’être « passeur » de la chose poétique

Auteur invité - 23.11.2017

Tribune - Capital des Mots - Éric Dubois poète - poésie Internet


Le Web est le lieu de la chose écrite, avant celles de l'audio et de la vidéo. Raison pour laquelle il a si bien su accueillir d'autres formes d'écritures et de publications, parfois salutaires. C'est notamment le cas pour la poésie, selon le poète Éric Dubois, créateur du magazine Le Capital des Mots. Tribune.


Éric Dubois (© Peter Gabor, 2017)



L’autre Capital, celui des Mots !

 

La poésie souffre d’un manque de visibilité dans les médias traditionnels, les bibliothèques et les librairies. Seul le Web peut être son avenir, sa chance. Les blogs et les réseaux sociaux diffusent depuis quelques années des poèmes, pas toujours de qualité et souvent dans une forme de confusion inhérente au mode de diffusion de la toile.

La vitesse, la simultanéité des informations et le fait que le simple quidam n’a plus à passer le filtre d’un comité de lecture éditorial ou le jugement de ses pairs pour publier au sens de rendre public ses textes sur le Net, sur certains sites populaires qui donnent de la voix à des auteurs souvent sous pseudo sans qu’on intervienne sur leur valeur littéraire ou poétique, ne sont pas une bonne chose pour le fonctionnement vital de la poésie.

Depuis 2007, et peut-être même quelques années avant, en gros, depuis l’avènement d’Internet, il y a une vingtaine d’années, il y a une pléthore de sites poétiques, de blogs d’auteur, sans parler des réseaux sociaux Facebook et autres Twitter et Tumblr.

 

Il y a cependant des exceptions, des sites formidables de véritables créateurs, fort heureusement, comme Le Tiers Livre de l’écrivain François Bon, également revue, qui existe depuis vingt ans, Fragments, chutes et conséquences de Joachim Sené, Fuir est une pulsion de Guillaume Vissac, etc.

 

Il existe aussi des revues en ligne exigeantes, qui préfèrent à la quantité anarchique des publications, une ligne éditoriale précise comme Recours au Poème, La Cause Littéraire, Levure Littéraire, Poezibao, Terre à ciel, Terres de femmes et des blogs poétiques comme La Pierre et le Sel de Pierre Kobel, etc.

 

 Il y a aussi Le Capital des Mots, Magazine qui vient d’avoir dix ans d’existence, que j’ai créé seul, qui n’a pas de comité éditorial, je suis donc le seul juge de ses publications, je sélectionne les textes qu’on m’envoie et ma ligne est la suivante : que les textes soient de qualité et s’inscrivent dans l’histoire de la poésie et de la littérature, mais je donne aussi des coups de pouce aux débutants prometteurs.

Internet

(Emil ., CC BY-SA 2.0)



Tout poète, tout écrivain, tout artiste se doit d’être « passeur » et militant de la chose poétique, tout poète, doit transmettre sa passion de la poésie et celle de ses contemporains et celle de ses grands anciens et faire montre de pédagogie à condition d’avoir de la clairvoyance, un certain savoir et du talent. Il s’agit de promouvoir dans l’exigence de la qualité, la poésie et les écritures dites « contemporaines » à destination du grand public qui peut très bien comprendre l’essence du poème, le travail des poètes si on ne verse pas dans un jargon universitaire trop complexe.

Poussée par les vagues des auteurs, propulsée par leurs mots et aussi de temps en temps par les miens, la revue de création collaborative, que j’ai mise en place, depuis une décennie est comme le bateau qui semble avancer sans avaries ni heurts ni incidents dans la bonne direction en espérant qu’il soit encore là dans dix ans et qu’il surnage sur l’océan du Web.