Très Saint Père, "Il en est du sexe comme de la malbouffe"

Clément Solym - 01.09.2012

Tribune - Lettres - Mont Moulin - contraception


Elles sont grinçantes ou douces, elles nous parlent de nous, de notre société, c'est la rubrique estivale de ActuaLitté : les Lettres du Mont Moulin... Et pour votre plus grand plaisir, Les Lettres se prolongent à la rentrée !

 

 

Très Saint-Père,

 

Aucune de vos ouailles ne songerait à mettre en doute votre benoîte expérience sur l'usage du préservatif. Votre compétence de la sexualité, forgée au fil des ans dans les couloirs du Vatican, suppose une connaissance intime de la procréation. Pour nous, qui sommes vos fils et vos filles, je pressens encore que si votre vocation de géniteur avait pu être comblée, vous nous auriez enfantés dans la douleur, ce qui est tellement plus drôle. Néanmoins, votre vérité sur les méfaits de la capote n'est qu'un truisme.

 

Tout le monde connaît bien les effets dévastateurs de cette enveloppe de latex. Nous avons réussi à décimer la végétation d'une bonne partie de l'Asie du Sud-est et du continent africain au profit de ces plantations d'Hevea brasiliensis. En privant les populations de ces zones tropicales d'une agriculture de subsistance, nous avons perpétué d'une manière chronique leur déficit alimentaire. En leur permettant de baiser en toute sécurité, nous leur avons enlevé la nourriture: bouffer ou niquer, il faut choisir.

 

Je le répète : le cytoplasme de l'arbre ne doit pas servir à gâcher la semence de l'homme, tellement plus noble. Aussi, faudrait-il passer sous silence ces désastreuses allergies causées par le port intensif du latex qui provoque des prurits impérieux que l'on calme par de furieux grattages inconvenants de l'entrejambe ? Dans ce cas, souvenez-vous que la vêture la plus appropriée est toujours la soutane, jamais le pantalon.

 

Quant au confort, parlons-en : des réservoirs inadaptés à la production pléthorique de nos jeunes mâles, des enveloppes souvent étranglées, des lubrifications à l'huile de vidange, des indications en japonais sur le sens de la pose, car l'envers vaut parfois l'endroit. J'éviterai enfin d'évoquer le désastre esthétique du fourreau après l'acte, représentation d'un élastique pendouillant, tel un failli poursuivi par ses créanciers. Essuyons une larme de regret sur le bon vieux temps, où chemise de nuit un peu rêche et vessie de porc consacraient la contraception de nos campagnes.

 

Nous n'avons peut-être pas su donner à l'Afrique nos meilleurs exemples. Nos missionnaires, les prosélytes de la chrétienté, y ont introduit non seulement la religion, mais aussi leur position favorite, enseignement facilement répandu si l'on en croit les mœurs actuelles. L'Église aborde l'Amour, mais ne parle que de braguette. Si SATAN n'avait pas eu la queue fourchue aurait-on diabolisé le désir ?

 

Aussi, il est infiniment regrettable que vos propos ne fussent pas entendus par ceux qui forniquent. Si l'élévation de l'âme se méritait au rythme de la vitalité sexuelle, Rocco SIFFREDI, il stallone italiano, serait le plus grand théologien de sa génération.

 

Toutefois, je trouve votre catholicisme fort tempéré. Il en est du sexe comme de la malbouffe. À force de poser le choix entre baiser moins et baiser meilleur, on en oublie l'abstinence qui n'a jamais tué personne. S'il y a très longtemps que le patch sur la verge ne sert plus à rien pour arrêter de copuler, les techniques du carcan de contention et du porté cilice sur le membre devraient être réhabilitées. L'inquisition, ce bras vengeur de l'Église n'existant plus, je vous suggère de remettre au goût du jour l'excommunication contre les aficionados de la capote.

 

Un de mes amis rabbins me susurrait à l'oreille l'autre jour « si les zones de progression de l'islam en Afrique coïncident avec celles du SIDA, il ne subsistera bientôt plus que des musulmans moribonds. »

 

Alors, en stratège subtil, vous aurez vaincu les infidèles sans combattre.

 

Croyez, mon très Saint-Père, à l'assurance de ma virilité apostolique et romaine.