Un code-barres manque au livre, et voici Amazon tout désemparé

Auteur invité - 30.01.2020

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Amazon, Alpha et Omega des maux que rencontre l’industrie du livre et tout particulièrement les petites structures, dépendantes des ventes qu’opère le géant américain. Mais Amazon incarne aussi ce monstre robotisé, qui ne supporte pas la nuance ni l’absence d’uniformisation. Quand on est éditeur, on sait que le diable est dans les détails : il suffit de trouver celui qui enrayera la machine…


 

Emmanuel Requette, éditeur et libraire de Vies parallèles, a fait parvenir aux libraires de France, Belgique et Suisse un courrier, anodin. Presque l’air de ne pas y toucher. Une sorte de manifeste anti-Amazon, prononcé du bout des lèvres : l’insurrection qui gronde, mais avec un sourire narquois. Son texte est ici reproduit dans son intégralité.

 

Chère libraire, cher libraire,
 

Sans doute l’aurez-vous remarqué si vous avez suivi ou commandé pour un de vos clients un des derniers livres que nous avons édité : le code-barres est soit manquant, soit non-fonctionnel, soit dissimulé à l’intérieur du livre. Peut-être même cela vous aura intrigué, voire irrité (libraires nous-mêmes, nous connaissons ce petit agacement produit par un code-barres manquant ou « qui ne passe pas »).

Cela n’est nullement l’effet du hasard. Nous souhaitons ici vous en expliquer les raisons.
 

Se passer d'Amazon ?
 

Peut-être le savez-vous, il n’est pas aussi aisé que cela, pour un éditeur, de se passer d’Amazon. Non seulement il représente une puissance médiatique et financière gigantesque dont il peut être compliqué de se passer en tant qu’éditeur. Ensuite, quand bien même un éditeur ferait le choix de suivre sa conscience et de s’en passer, il ne pourrait pas le faire comme il l’entend.

En effet, Amazon étant légalement considéré comme un libraire comme un autre, refuser de le servir uniquement pour des motifs éthiques tomberait imparablement sous le coup de ce que l’on appelle « le refus de vente ». Les logiques économiques et juridiques ne font pas toujours bon ménage avec l’éthique…
 

Mais voilà… il se trouve qu’Amazon exige (quand on est très très très gros, on peut exiger) que chaque livre soit muni d’un code-barres fonctionnel sur la première ou sur la quatrième de couverture. Si celui-ci fait défaut, le livre ne pourra passer dans les chaînes ultra-automatisées du e-libraire et sera en conséquence refusé par ses services. À charge alors pour le diffuseur/distributeur (dans notre cas BLDD) d’étiqueter le livre en question et de répercuter les coûts de cette opération chez l’éditeur.

Il suffira donc, pour l’éditeur qui voudra ménager sa conscience sans être trainé en justice pour « refus de vente », de rater convenablement le code-barres, de l’omettre, ou de le glisser à l’intérieur du livre et d’informer son distributeur qu’il ne supportera en aucun cas les coûts d’un étiquetage.
 

Passer par(-dessus) Amazon...


Après mûres réflexions, nous avons décidé de procéder de la sorte. Les livres de Vies Parallèles, depuis La Mort par les plantes, ne sont donc plus en vente sur Amazon. Hormis Acedia, dont nous avons oublié de « rater » le code-barres (c’est ballot…). Ce qui ne veut pas dire que nos livres ne sont plus référencés sur le site du e-marchand, la volonté de ce dernier étant aussi d’agréger vers lui un maximum du trafic de recherche. Nos livres y sont proposés, souvent d’occasion, plus rarement neufs, via ce que l’on appelle des « market placers » indépendants.

Ce que l’on peut vérifier en constatant que pour les livres ne sont pas mentionnés de stocks, y sont souvent proposés plus chers (entre autres à cause de frais d’envoi majorés) et dans des délais bien plus longs (jusqu’à trois mois au lieu des promesses habituelles de livraison en 24 ou 48 h).

Et à partir d’Une présence amoureuse, qui sort en mars, un code-barres sera systématiquement intégré à l’intérieur du livre. Un éditeur qui se retire d’Amazon n’est pas, par définition, un éditeur « pointu » ou un éditeur « qui de toute façon ne vend pas de livre et n’a rien à perdre ». Si nous publions bien certains textes dits « pointus » — mais qu’est-ce qu’un texte « pointu » si ce n’est un texte qui ne trouve pas directement un assentiment immédiat et conséquent… et a donc bien besoin du libraire pour continuer à exister —, d’autres ont bien vocation à trouver un public large.

C’est ainsi que nous avons déjà bientôt vendu 5000 exemplaires de La Mort par les plantes ! Cela prouve remarquablement qu’il est tout à fait possible de connaître un succès commercial uniquement grâce au réseau de librairies et sans « l’aide » du géant américain.
 

Laisser passer Amazon
 

Nous pensons, évidemment en tant que libraire, mais aussi en tant qu’éditeur, qu’Amazon et le monde qu’il propose est à combattre. Non seulement parce qu’il est en totale contradiction avec les principes éthiques, écologiques, sociaux et politiques que nous défendons, mais aussi car, très pragmatiquement, les principes fonctionnels de son monde enterrent celui que nous appelons de nos vœux.

Alors que nos livres proposent de la différence et ne peuvent exister sans la curiosité qu’elle induit, le principe algorithmique d’Amazon (qui ne vous propose que ce que vous êtes censés rechercher) ne fait que proliférer sur ce qui se ressemble. Vendre nos livres sur cette plateforme revient à enrichir la mécanique qui nous pousse vers la tombe aseptisée du même.
 

Il est trop facile, dans le chef de l’éditeur, de rappeler sans cesse au lecteur qu’il peut ou doit se passer d’Amazon, qu’il est « responsable » ou « coupable » de ses modes de consommation si, dans le même temps, il ne se saisit pas, ou feint d’ignorer, ses propres responsabilités. Tout autant que les autres acteurs de la chaîne du livre, il peut, à son échelle, poser des actes en faveur de celle-ci.

Libraires, éditeurs, lecteurs, si nous voulons préserver un intérêt à ce monde du livre que nous aimons tant, nous nous devons de faire corps ensemble. À charge pour l’éditeur de prendre le risque d’une production de qualité (qualité dont participe aussi la forme) et de marquer son entière confiance en un réseau de librairies qui a fait ses preuves. À charge pour le libraire de lui offrir son expérience et un espace où déployer, dans le temps, sa différence.

La curiosité de demain est à ce prix. J’espère que vous nous suivrez dans cette voie.
 

Pour Vies Parallèles,

Emmanuel Requette.




Commentaires
Bonjour,



Je suis un peu étonnée par les pratiques de cet éditeur. Nul besoin de tant de complications pour se passer d'Amazon ! En effet, lorsque le client est un professionnel, le refus de vente est autorisé par la loi (loi Galland du 1er juillet 1996). N'importe quel éditeur avec un tant soit peu d'éthique peut donc légalement interdire à son distributeur d'envoyer des livres à Amazon, ce que, pour notre part, nous nous sommes empressées de faire wink
Déjà que le code barre c'est moche ils le mettent dans le bouquin gulp mad angry
On devrait faire comme les Japonais : https://www.youtube.com/watch?v=rtQE26K1kUs



(bon c'est vrai qu'il y a le problème du plastique mais au moins leurs livres seront plus défigurés)
(youpi CBS va sortir la S9 d'Hawaii 5-0 / mais avec code barre)



(la S8 était indiqué comme Ultimate Saison / mais avec code barre)
"Il est trop facile, dans le chef de l’éditeur, de rappeler sans cesse au lecteur qu’il peut ou doit se passer d’Amazon, qu’il est « responsable » ou « coupable » de ses modes de consommation si, dans le même temps, il ne se saisit pas, ou feint d’ignorer, ses propres responsabilités. Tout autant que les autres acteurs de la chaîne du livre, il peut, à son échelle, poser des actes en faveur de celle-ci."



J'ai peur de sortir (et j'aime pas ça / Janvier = 744h je suis sorti à tout casser 1h/744h et c’était pas du tout agréable) ; j'ai aussi peur des gens (trop de monde absolument partout), je m'estime légitime à passer par Amazon pour m’éviter un stress important pour des livres, sans que le contact avec le dit libraire m'apporte en plus quoi que soit.
Oui, mais... Au delà du code barre, que dire du libraire qui boycotte tous les livres qui ne lui sont pas suggérés par les poids lourds de l'édition ? Dans ces conditions, hélas! anti-commerciales, on se tourne vers une plate-forme de vente qui, elle, ne se pince pas le nez!
Bonjour,

Bien sûr que l'acheteur a une part de responsabilité, d'abord acheter dans le commerce local, puis choisir ses fournisseurs, pas toujours au plus facile.

Si vous voulez vraiment acheter vos livres sur Internet, pourquoi pas, on peut s'adresser à des libraires français qui vendent par correspondance, certains proposent un service de bonne qualité. Pour l'occasion, il y a aussi le choix en dehors de Amazon
Librairie typique = Asadora! T1 (ma dernière commande) avec les FDP le tome revient à 14,45€ (vrai prix 7,45€) big surprise

lalibrairie.com = 11,45€ big surprise

la Fnac c'est à 0,01€ ça va (je commande parfois à la Fnac), mais je suis Prime (pour Prime Vidéo) pourquoi je commanderais ailleurs vu que le service de livraison rapide fait partie du package question



Sans compter le risque d'un mauvais SAV avec une petite structure (voir les nombreuses critiques négatives pour lalibrairie.com).



Y a un abus de FDP exemple "Le Seuil" commandé chez l’éditeur = 8€ de FDP angry



Ou parfois un soucis pour fournir la gratuité comme Le Lézard Noir qui utilise Mondial Relay qui est pas du tout fiable.



Bref, je commande sur Amazon.
De plus la majorité des objets que j’achète chez Amazon sont des DVD et Blu-ray et des livres numériques (Comics sur comiXology).



(La Fnac fait payer les FDP pour les DVD et BR de moins de 25€, étant Prime je peux me faire livrer Perdrix 15€ pour rien).
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