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Vivre comme un poète français au XXIe siècle

Auteur invité - 19.06.2018

Tribune - vie poète France - écriture poésie composition - France poésie existence


Aujourd’hui, tout le monde peut se proclamer « poète », à cause de l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Dans l’histoire de la poésie française, jamais autant de poèmes n’ont été écrits. Il y a plus de poètes vivants, que de poètes morts, et chacun pense être « poète », à sa façon. C’est pourquoi la poésie n’a jamais été aussi vivante, en France.

par Nicolas Grenier
 

Noir corset
Yohann Legrand, CC BY SA 2.0

 

« Pro Deo amur et pro Christian poblo et nostro commun salvament »,

Serment de Strasbourg, 14 février 842.



Au XXIe siècle, un poète français a une connaissance bien plus grande de la poésie ― en apparence ―, que celle qu’ont pu en avoir ses pairs, Jean de Sponde, Nicolas Boileau ou André Chénier. Dans l’Antiquité classique, la langue des poètes était celle des dieux… ou des fous.

La poésie, elle, a toujours été la forme la plus noble de la littérature, et le poète, lui, figure parmi les derniers aristocrates, c’est ce qu’on pourrait appeler la « noblesse de plume ». Dans la poésie, il n’y aura plus de figures tutélaires, qui éclaireront les siècles.

Au fond, qu’est-ce qu’être poète français, au XXIe siècle ?
 

Être poète français, c’est avoir, dans le sang, la foi chrétienne, la langue de ses ancêtres, les dialectes et cette langue française, qui résonnent, jusque dans son patronyme, et ce qu’il y a de plus grec et de plus latin, dans son esprit. Le poète a toujours été, depuis l’Antiquité, un fils d’Athènes et de Rome.

Dans son âme, c’est toute l’Histoire de France, qui respire, tous ces rois, les Mérovingiens, les Carolingiens et les Capétiens, le clergé, et tout ce peuple, l’aristocratie, la paysannerie qui ont construit la France, cette « fille aînée de l’Église ».

Et aussi toutes les abbayes, les basiliques, les nécropoles. Le poète peut, à loisir, contempler les hameaux, le clocher du village… et un crucifix de pierre à la croisée des routes. Et les vallées, les montagnes, le ciel, car, où que vous soyez, la poésie, et les poètes, font partie de l’âme du pays.
 

La France a le plus beau patrimoine poétique dans l’histoire de la poésie universelle, avec les Grecs et les Romains, c’est ce qu’on appelle le génie français. Cette contrée a toujours été une terre de poètes. Tout Français aura le privilège de lire, dans le texte, cette poésie millénaire, et le XIXe siècle est le dernier joyau de son histoire.

Comme un clerc, le poète a, dans son cœur, tout ce trésor, depuis le Moyen-Âge, avec les troubadours, les trouvères, les poètes de la Pléiade, qui constitue le berceau de cette poésie nationale, dont l’épicentre serait, selon toute vraisemblance, la « Cantilène de Sainte Eulalie », écrite au IXe siècle, à l’abbaye de Saint-Amand. Et également toute cette poésie occitane, provençale, bretonne entre autres, qui ouvre des paysages encore plus pittoresques.

C’est tout le miracle de cette langue française, sa grammaire, son orthographe, ses encyclopédies.

Au fil du temps, l’alexandrin, et plus encore le sonnet, ont construit cette poésie. Tout cet esprit classique se place à mille lieues de la poésie française qui est née depuis la Grande Guerre, et d’une certaine façon, après la loi de séparation des Églises et de l’État.
 

Les puissants ont écrit une histoire de cette poésie, depuis 1789. C’est une construction, qui rassemble tout un cortège de noms, hélas ce ne sont pas les saints chrétiens, comme Dieu est mort, ― d’après certains esprits mal logés ―. Les marchands du Temple, l’État, l’Université ont le droit de vie ou de mort sur l’œuvre de chaque poète.

Certains poètes seront célébrés, d’autres tomberont dans l’oubli, car seule une poésie, en particulier, aurait des vertus qui pourraient guider, paraît-il, le peuple, et faire vibrer les bancs de l’école. Dans la mémoire d’un pays, le dictionnaire pourra fixer la vie d’un poète ― en quelques lignes ―, pour une postérité, plus ou moins longue.


Le poète, lui, a tour à tour, été un soldat, un roi, un saint, car il a toujours offert ses bons offices, à son royaume, à un comté, à un évêché. Dans le monde, vulgaire et totalitaire, que les élites au XXIe siècle façonnent à leur goût, le poète souhaite délivrer son expérience poétique du monde. Il a, dès l’origine, compris que sa mission était extraordinaire, comme il défendra sa langue, celle de ses aïeux, les poètes ― ses frères d’armes ―, sa patrie, l’amour et la mort. Sa force, ce sont ses racines qui s’ancrent dans les temps les plus anciens.

Le poète, lui, aura toujours les yeux tournés vers l’avenir !
 




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