Alain Robbe-Grillet tourne la page du nouveau roman

Clément Solym - 18.02.2008

Zone 51 - Insolite - Alain - Robbe - Grillet


C'est l'Académie française qui s'est fait le héraut mortuaire, relayant l'annonce du décès du romancier Alain Robbe-Grillet, à l'âge de 84 ans. « Le pape du nouveau roman » comme Breton fut celui du surréalisme, son oeuvre aura marqué la littérature d'après-guerre.

Décédé au Centre hospitalier universitaire de Caen, il avait été accueilli ce week-end pour des problèmes cardiaques. « J'ai beau être un monument littéraire, je peux continuer à écrire », avait-il lancé une autre fois.

Romancier aux côtés de Michel Butor ou Nathalie Sarraute, il inventa ou réinventa la forme dans laquelle l'auteur doit « voir le monde qui l'entoure avec des yeux libres ». Cinéaste, Jacques Chessex le décrit : « Ce qui lui plaisait dans le cinéma c'était de pouvoir réaliser ses fantasmes de femmes esclaves et torturées ». « Il y a un sadisme assez évident dans sa littérature comme dans ses films. »

Ambigu ou licencieux, évoquant La Reprise, il avoue : « J'assume ce goût érotique ! Depuis l'âge de douze ans, j'aime les petites filles et les adolescentes plus ou moins pubères, je ne l'ai jamais caché, je n'ai jamais changé. »

Une dizaine de romans, presque autant de films, le mieux est encore de consulter sa biographie par lui-même...

L'Élysée n'a pas manqué de communiquer sa « profonde tristesse ». « Avec lui c'est un pan de l'histoire littéraire et intellectuelle française qui disparaît » explique un communiqué. « Il était aussi bon intellectuel qu'il était grand écrivain, aussi à l'aise dans l'expression de ses fantasmes les plus intimes que dans l'analyse lucide et dépassionnée des concepts. »

Né le 18 août 1922 à Brest, sa formation d'ingénieur agronome le mènera par la suite à INS puis à travers divers voyages, au Maroc, en Guinée française, à la Martinique puis à la Guadeloupe. Il enseignera aussi aux États-Unis, à la New York University et à la Washington University, puis dirigera le Centre de sociologie de la littérature à l'université de Bruxelles de 1980 à 1988.

Le 17 mars 2004, il entre dans la confrérie des Immortels, sans avoir prononcé de discours ni même jamais siégé quai Conti. Membre illustre et rebelle, assurément, il avait sorti son dernier roman, Roman sentimental, dont Victor vous avait proposé la critique.