Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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Avec Anastème, imaginer une relation plus étroite avec les lecteurs

La rédaction - 19.08.2017

Zone 51 - Chez Wam - feuilleton littéraire Anastème - Sébastien Celimon Tipee - Anasteme héros Celimon


Nous avions brièvement présenté le projet d’écriture Anastème cette semaine, une aventure tant dans l’approche littéraire qu’à travers la démarche professionnelle. En choisissant des publications multisupports, Sébastien Celimon a choisi Tipeee pour regrouper ses lecteurs et disposer d’un outil pour fidéliser et monétiser. Parce que, oui, un auteur doit aussi payer son loyer.


Power!
Joe Dykes, CC BY ND 2.0


 

À compter de la semaine prochaine, ActuaLitté publiera un feuilleton lié à l’univers d’Anastème — des épisodes parallèles au récit central. Sébastien Célimon, l’auteur, explique sa démarche à travers Tipeee, et ce que cette plateforme change dans les relations entre auteurs et lecteurs.

 

Tipeee et calame de la paix

 

Le choix de démarrer la toute première étape du projet Anastème sur Tipeee tient dans l’attrait formidable de son modèle. Le contrat entre le créateur et le tipeur/souscripteur est très simple : tu aimes, tu me soutiens et tu bénéficies de contenus exclusifs. Il y a plusieurs possibilités dans les tips, soit pour une fois, soit à chaque publication (ce qui revient à de l’abonnement), soit sur une durée (par mois/par semaine etc.).

Plus de 90 % du don va au créateur, et Tipeee donne accès aux coordonnées des tipeurs, ce qui permet de se constituer une base concrète de lecteurs. Les revenus évidemment doivent être déclarés et selon son statut c’est très simple. En outre, point fondamental, Tipeee ne revendique strictement aucun droit sur les contenus. Ils demeurent la pleine et entière propriété de leur créateur — et ça, c’est vital.
 

Dans l’absolu, c’est extraordinaire de se dire qu’un livre en cours d’écriture génère déjà de l’intérêt et des revenus. Tipeee propose des outils et c’est aux créateurs de les penser et les tester en fonction de leurs projets. Dans la logique d’un blog, je publie un chapitre par semaine et je fidélise mon lectorat.

C’est hyper stimulant d’avoir ainsi ce rendez-vous. Les premiers retours étant très encourageants (et pas seulement, tant s’en faut, sur le strict aspect économique), cela donne de la bonne énergie : l’auteur ne se sent pas isolé dans sa création. Il est possible en outre de corriger un contenu quand on le veut, il devient dès lors malléable, souple et s’affine ainsi.
 

Tipeee s’inscrit dans une réflexion beaucoup plus large dans le développement et le déploiement d’un projet éditorial comme Anastème. Il est pour l’heure le point névralgique, car c’est là qu’a commencé et se poursuivra le premier récit, mais pour le faire connaître il faut mobiliser par de nombreux biais traditionnels et numériques. Il faut en d’autres termes intéresser les médias, faire jouer ses réseaux, tester la publicité sur Facebook et consorts, sceller des partenariats…

Le feuilleton peut donner un recueil, le recueil peut être proposé en papier et en numérique, en différentes éditions. Les Fragments constitueront également un réservoir intéressant pour enrichir l’univers d’Anastème. Ils invitent à d’autres déclinaisons, d’autres expériences. L’histoire du projet Anastème n’en est qu’à ses balbutiements.
 

Evolution constante entre auteur et lecteurs


J’ai été 4 ans blogueur au Monde.fr et les audiences étaient significatives, avec leur lot de commentaires, de critiques, de compliments ou d’attaques. C’était stimulant, mais comme de très nombreux blogueurs, il y avait des limites. La première d’entre elles c’est que ceux qui prennent la parole sont souvent les plus véhéments ou les plus vindicatifs. La très grande majorité des lecteurs ne réagit pas pour des raisons qui leur sont propres. Mais ils lisaient, avec assiduité souvent, et revenaient donc. Bien sûr, être en première page du Monde.fr à l’époque était en soi une exposition qui entraînait mécaniquement une audience importante.
 

Rien de tel à ce stade pour Anastème, même si je suis convaincu que des projets sur ce modèle (et peut-être, qui sait, ce projet-là) pourraient drainer des audiences très fortes et entraîner une implication du lecteur à différents niveaux. 


Je fais partie des auteurs qui seraient très flattés de voir des fans fictions apparaître à partir de ses écrits. Ou du cosplay. Ou des illustrations. Mais avant d’en arriver là, il faut laisser le lecteur s’emparer à son rythme de votre univers, de vos personnages, de vos idées. Cela demande du temps, et ce n’est pas compatible avec la partie « physique » de l’édition aujourd’hui. Rendez-vous compte : j’écris un livre aujourd’hui qui sera proposé en linéaires dans un an. Et la sortie du tome 2 risque d’être dépendante des résultats du tome 1, donc au mieux dans deux ans, et dans des mises en place qui pourraient d’emblée condamner la série. Alors qu’à mon rythme d’écriture, si j’en faisais mon activité principale, je pourrais sortir deux ou trois livres par an…

Ce que cette démarche a de plaisant, c’est que sitôt conclu le premier récit sur Baltimore et Venus, je n’ai pas à attendre pour embrayer sur la suite et ainsi assurer une continuité pour le lecteur. Ceux qui veulent le premier récit d’un seul tenant, ils achèteront le recueil. Et s’ils sont vraiment accros ils pourront très vite attaquer la suite sur Tipeee, et ainsi de suite…
 

La concurrence est rude en librairies. Beaucoup de bons livres et de beaux projets ne trouvent pas leur public et cette casse me terrifie. Je ne veux pas qu’un tel sort soit fait à Anastème, ou plus exactement, s’il devait être un échec en librairies traditionnelles, en livre papier, je dois le faire suffisamment fort, varié, original et malléable pour qu’il continue d’exister.

Faire un livre papier coûte de l’argent, et il existe des systèmes qui permettent de limiter considérablement, voire d’annuler, le pilon. Ces systèmes sont hors cadre du circuit traditionnel du livre, mais sont une partie de la solution pour demain, pas seulement dans une logique de supprimer les intermédiaires, mais de mieux vendre à un lectorat plus accessible (l’équation magique).
 

Anastème, de Sébastien Célimon : le feuilleton à retrouver chaque jour sur ActuaLitté


Dans les développements autour du récit principal d’Anastème j’envisage de mettre en place des sondages, de créer un Wiki, de demander à des amis artistes, contre juste rémunération, d’en proposer une vision exploitable, de publier en partenariat d’autres Fragments et ainsi de suite. Je veux créer des versions audio, des lectures publiques, des rencontres privées, des versions anglaises…

Je ne veux pas dicter la conduite des lecteurs, je veux juste qu’ils soient satisfaits du temps voire de l’argent qu’ils consacrent à Anastème. J’aime l’idée de dialoguer autour d’un verre avec des lecteurs, sans que cela ne vire à l’autocongratulation, à l’assouvissement d’une mégalomanie. Je cherche le plaisir simple de la rencontre autour d’un projet en commun.
 

Pour ce faire, plusieurs possibilités s’offrent à moi : soit chercher à tout faire tout seul vaille que vaille. Soit avancer étape par étape, au gré des revenus générés, de mon temps et recruter les compétences au fil de l’eau. Soit trouver un ou plusieurs partenaires qui comprennent et veulent soutenir la démarche globale, en être partie prenante. Rien de tout cela ne me semble impossible, ce qui est déjà génial à ce stade du projet !