Bartleby préférerait ne pas vous dire : l'histoire de Houellebecq et Nadeau

Bartleby - 17.06.2013

Zone 51 - Bartelby - Michel Houellebecq - Maurice Nadeau - Extension du domaine de la lutte


Depuis ce matin, les dépêches ont fusé pour rendre hommage à Maurice Nadeau. Avec, dans chacune, cette histoire légendaire : l'éditeur fut le premier à publier Michel Houellebecq, et son Extension du domaine de la lutte. Peut-être serait-il bon de rectifier légèrement le tir sur ce point précis. Précisément, je vais m'y employer.

 

 


 

 

Michel Thomas, alias Michel Houellebecq fit en effet paraître en 1994 Extension du domaine de la lutte, par Maurice Nadeau. Le livre, refusé un peu partout, connaîtra le succès qu'on lui sait, avec largement plus de 200.000 exemplaires vendus, toutes collections confondues. Chose qui, j'en conviens, fait saliver.

 

Le fait est que Nadeau ne tenait pas réellement à publier ce livre - doux euphémisme -, mais que Houellebecq, lui, avait vraiment pour projet d'être publié par l'éditeur qui avait mis sur le devant de la scène Georges Perec. Sait-on jamais, dès fois que le talent déteigne, et que ce soit l'éditeur qui fasse la littérature. D'ailleurs, après Extension, Houellebecq soumit un ouvrage, un recueil de poèmes, que Nadeau refusa. 

 

Il semble plutôt que ce soit une véritable pression, exercée par sa deuxième épouse, qui aurait fini par payer, et convaincu Nadeau de commercialiser Extension. On raconte souvent que c'est Dominique Noguez qui exerça les pressions, mais en fait, Nadeau a souvent raconté des choses diverses et variées sur cette question. 

 

Quatre ans plus tard, Houellebecq passait dans les mains de Raphaël Sorin, qui fit paraître en 1998 Les particules élémentaires, justement chez Flammarion, avec une rémunération qui permit de travailler durant un an et demi au manuscrit. Juste avant, le recueil de poésie refusées, Le sens du combat, avait été publié en 1996. Sorin avait eu le manuscrit de Extension, par l'intermédiaire de Noguez, effectivement, mais aussi répondu à Houellebecq qu'il publierait tout ce que le romancier ferait... par la suite. 

 

Ce sont des histoires qu'il faudrait raconter aux enfants.